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résistance. J'ai trouvé des sujets chez qui les parties résistaient un peu. Alors au lieu de continuer à tirer sur les deux bouts en même temps, je ne tirais que sur l'un des deux et l'intestin rentrait facilement (1). »

Nous ne pouvons naturellement pas opérer ainsi chez nos patients; mais nous pouvons amener une action équivalente en provoquant des mouvements de contraction dans l'intestin par les purgatifs doux.

Il est un autre moyen peut-être trop oublié, c'est le pompement rectal de l'irlandais O'Beirn, à qui il a donné plus de quinze succès. Il consiste à introduire une sonde volumi. neuse dans le rectum aussi haut que possible, à donner un lavement émollient qu'on y laisse séjourner quelque temps, puis à le laisser échapper ou à le pomper, et à continuer ainsi jusqu'à ce que le bout inférieur de l'intestin soit vidé.

L'auteur ne donne pas la théorie de ce mode de traitement, mais les cas qu'il rapporte sont de nature à recommander une tentative aussi inoffensive.

Enfin, on pourrait essayer l'action de l'eau froide projetée sur la tumeur. J'ai toujours été frappé de ce cas remarquable cité par Jean-Louis Petit. Appelé auprès d'un homme de 20 à 22 ans, qui portait une hernie irréductible, il fit les tentatives de laxis les plus méthodiques. Il eut recours ensuite aux moyens adjuvants, aux saignées qu'il prodigua peut-être un peu, car dans l'espace de deux jours, il en fit sept. Ne parvenant pas à faire rentrer la partie déplacée, il prit la résolution d'opérer le sujet. A l'heure fixée, il arriva avec ses aides et trouva une vingtaine de personnes qui devaient être les témoins de l'opération et peut-être de son triomphe. Mais la grand'mère du jeune homme, arrivée dans l'inter(1) Gazette médicale, 1833, p. 525.

valle, ne consentit pas à laisser inciser la tumeur. Je vais, ditelle, guérir moi-même mon petit fils. Elle le fit étendre par terre sur une couverture et arrivant avec un seau d'eau toute froide, elle le projeta brusquement sur la partie malade. Il en résulta une réduction instantanée de la hernie.

Enfin, si la percussion indiquait la présence d'une certaine quantité de gaz, je n'hésiterais pas à recourir à l'usage d'un trocart fin. Cette petite opération que M. De Roubaix propose d'une manière un peu réservée, était déjà pratiquée du temps d'Ambroise Paré.

Voilà des moyens peut-être un peu vieux, mais qui n'ont pas d'inconvénients, et que l'on peut considérer comme des adjuvants qu'il est bon d'essayer avant de recourir à l'opération.

D'autres fois la difficulté de la réduction tient à ce que la hernie est enflammée. Je ne passerai pas en revue les causes d'inflammation. Ce sont des matières fécales ou des corps étaangers qui se sont introduits dans la hernie, les efforts, le frottement d'un mauvais bandage.

Dans ce cas les accidents marchent lentement, parce que la circulation de retour se fait encore facilement; il n'y a rien d'urgent. Dans ce cas, comme l'a très-bien exposé M. Thiry, c'est l'iuflammation qui joue le rôle prédominant, et il faut agir sur l'élément inflammatoire pour parvenir à réduire la hernie. Les saignées générales, les saignées locales et même les grands bains permettent souvent de réussir par

le taxis.

Voilà, Messieurs, les quelques considérations que je voulais exposer à l'Académie. Comme vous le voyez, je ne vous ai absolument rien dit de neuf. J'ai cherché dans les travaux des anciens chirurgiens les enseignements qu'ils nous ont

laissés, et véritablement, c'est une source précieuse. Il n'y a peut-être pas dans la chirurgie entière une maladie sur laquelle on ait des documents plus intéressants, plus précis, et venant de plumes plus autorisées, que sur la hernie étranglée.

J'ai tiré parti de ce que j'ai entendu dire autour de moi dans cette enceinte des communications d'une si puissante originalité de M. Thiry, du travail d'un sens si pratique de notre honorable doyen d'âge, M. Cambrelin, du discours magistral de M. De Roubaix, qui m'a surtout rendu le service d'abréger de moitié les considérations auxquelles je mets fin en ce moment. Enfin, j'ai médité les cas que j'ai rencontrés dans ma propre pratique. De ces sources diverses, j'ai tiré les conclusions que j'ai eu l'honneur de vous soumettre.

Elles différent de celles auxquelles est arrivé notre honorable vice-président. Ne vous en étonnez pas je combats dans les rangs de l'armée régulière; M. Thiry est le zouave de la chirurgie, ardent et chevaleresque. Les zouaves décident quelquefois du gain d'une bataille, mais si tous les soldats se laissaient entrainer à ces ardeurs, ne compromettraient-ils pas quelquefois la cause qu'ils voudraient servir?

-M. Thiry: Messieurs, avant tout, je dois remercier M. Lefebvre, des paroles bienveillantes qu'il m'a adressées; quoique produites sous une forme très-pittoresque, il ne m'est pas perinis de douter de leur véritable signification. M. Lefebvre n'est pas de mon bord, je le regrette, car je reconnais, après avoir entendu son discours, les avantages que mes opinions auraient retirées d'un si puissant appui. Quoi qu'il en soit, je constate que sur beaucoup de points nous sommes d'accord; pour le reste je vais essayer de le

convaincre. Peut-être nos dissidences sont-elles plus apparentes que réelles.

Si une mise en scène ordonnée avec art, une argumentation habile, des faits adroitement interprêtés pouvaient seuls motiver votre jugement, la cause que je défends serait incontestablement compromise. Je ne crois pas qu'il puisse en être ainsi. On peut nier l'évidence: mais ses plus ardents contempteurs finissent tôt ou tard par s'incliner devant elle. L'agitation qui s'est faite autour de mes principes doit les servir plutôt que de leur nuire. L'opposition qu'ils ont rencontrée, je l'entrevois dans un avenir plus ou moins prochain, lorsque le calme sera rentré dans les esprits, lorsque les différents éléments du procès qui se plaide actuellement devant vous auront été posés et appréciés à leur juste valeur, assurera leur triomphe.

Certes, mes honorables contradicteurs ont fait preuve d'un talent très-remarquable: l'honorable M. De Roubaix notamment a dirigé contre l'opinion que je défends les arguments les plus acérés de sa dialectique; mais, les traits dont il a voulu la frapper ont-ils atteint le but qu'il se proposait? Ne l'ont-ils pas dépassé? Ou, ne sont-ils pas restés en deça? C'est ce que je vais chercher à vous faire apprécier.

Avant tout, dégageons l'argumentation de mon habile adversaire de tout artifice de langage; dégageons-la surtout du cadre brillant dans lequel il l'a renfermée, afin que les faits nous apparaissent dans leur plus éclatante vérité.

M. De Roubaix a bien voulu reconnaître que j'avais fait chose utile en cherchant à dissiper les nuages qui planent encore sur la question des étranglements herniaires. En effet, si on n'a pas des renseignements exacts sur l'ennemi que l'on a à combattre, comment peut-on espérer de le

vaincre? Ne s'expose-t-on pas à s'égarer, à épuiser ses forces en efforts stériles? Et si, par hasard, on gagne la bataille, les sacrifices que l'on a faits n'en diminuent-ils pas le prix ? De la part de mon honorable contradicteur, cette concession, qu'il ne pouvait d'ailleurs me refuser, était une simple précaution oratoire; à peine entré dans le cœur de la question, il attaque, il contredit tous les principes que j'ai cru devoir énoncer dans mon dernier discours. Considéré dans son ensemble, le discours de M. De Roubaix est une négation autoritaire. Il nie ce que j'affirme et affirme ce que je nie, sans se préoccuper des arguments et des faits que j'apporte à l'appui des principes que je défends. C'est ainsi que, successivement, vous l'avez entendu contester le mécanisme de production que j'ai attribué aux étranglements herniaires, leurs caractères distinctifs, la classification que j'ai établie et les moyens curatifs que j'ai indiqués comme étant les plus efficaces pour les combattre avec succès.

Nous suivons, M. De Roubaix et moi, des voies différentes, des voies parallèles, où nous sommes bien sûrs de ne jamais nous rencontrer. C'est une méthode d'argumentation fort commode, vous en conviendrez; si je persistais, je pourrais, sans que cela puisse vous étonner, opposer mon premier discours à celui de M. De Roubaix, car il en est la meilleure et la plus complète réfutation. Mais, en agissant de cette manière, nous nous renfermerions dans une sorte de cercle vicieux qui ne servirait guère les intérêts de la science. D'ailleurs, j'ai une trop haute opinion du mérite de mon savant collègue pour me contenter d'un semblable procédé. J'examinerai donc les opinions de M. De Roubaix avec toute l'attention sérieuse qu'elles comportent, mais aussi avec la plus complète indépendance; heureux je serai, si ce que je

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