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ÉTUDE sur la pathogénie de la diathèse urique , du diabète

et de l'obésité; par M. le docteur DURAND-FARDEL, Médecin inspecteur des sources d'Hauterive, à Vichy, Président de la Société d'hydrologie médicale de Paris, etc.

Je me propose d'appeler votre attention sur les liens de parenté qui existent entre trois états constitutionnels qui tiennent une place inégale en pathologie, mais dont le rapprochement me parait d'un grand intérêt : je veux parler des diathèses urique, sucrée et graisseuse, c'est-à-dire de la goutte et de la gravelle (urique), du diabète, enfin de l'obésité.

Permettez-moi, ceci est nécessaire à la méthode de mon argumentation, de mettre d'abord sous vos yeux quelques faits de physiologie qui sont le point de départ naturel d'une telle étude.

I

Les principes alimentaires qui sont directement utilisés par l'organisme se réduisent à trois séries : principes azotés ou qualernaires, principes sucrés, dérivés en grande partie des féculents, et principes yras, les uns et les autres ternaires, c'est-à-dire non azolés.

Les premiers sont spécialement destinés à l'entretien et à la rénovation des tissus organiques. Les autres paraissent surtout chargés de fournir des éléments de caloricité, condition indispensable de la vie : cependant, ils prennent également une certaine part à la constitution de nos tissus. Ils représentent donc principalement des éléments de combustion, bien que toutes les transformations organiques des

principes alimentaires se résument véritablement en des phénomènes de combustion ou d'oxydation.

C'est une chose remarquable que la richesse excessive de l'organisme en sources de produits de combustion. Le sucre et la graisse semblent naitre de toutes parts ou s'accumulent en approvisionnements.

On ne connaissait naguère d'origine aux matières sucrées de l'organisme que l'alimentation directe. M. Bernard a montré que le foie fabriquait du sucre, et l'on a reconnu depuis que du sucre se produisait encore dans bien d'autres points de l'économie par la propriété glycogénique diffuse. De sorte que, si l'introduction du sucre vient à faire défaut, l'organisme trouve à en produire de son propre fonds. Cependant celle question de l'origine du sucre dans l'organisme est moins simple qu'elle ne le paraissait récemment.

M. Bernard avait admis et semblait avoir démontré clairement que le soie devait à l'existence d'une matière particulière, contenue dans un des éléments spéciaux de sa texture, la propriété de former du sucre aux dépens des matériaux introduits par l'alimientation, et propres à en fournir les éléments. La découverte de la zoamyline de M. Rouget, c'est-à-dire d'une matière glycogène appartenant à des tissus différents, n'avait pas changé sensiblement les termes du problème physiologique. Que le sucre fût formé exclusivement dans le foie, ou principalement dans le foie, et en moindre proportion dans le reste de l'économie, il n'en restait pas moins acquis qu'il se produisait pour fournir au sang, par sa transformation immédiate, l'occasion d'un acte chinique nécessaire.

Cependant, des expériences, dues à M. Pavy (de Londres), semblent devoir changer la face de la question. M. Pavy a

reproduit toutes les expériences de M. Bernard et en a reconnu l'exactitude, mais à cela près d'une différence considérable dans l'interprélation : c'est que la formation du sucre dans le foie serait un phénomène post mortem, et que, ante mortem, le sang sus-hépalique ne renfermerait pas plus de sucre que le sang de la veine-porle.

M. Pavy recueille le sang du caur droit immediatement après la mort, ou, ce qui est plus sûr, pendant la vie, par l'introduction d'un tube dans les cavités droiles du ceur, et ne trouve dans ce sang que des traces de sucre ; mais si l'on tue l'animal ou si on laisse écouler quelques instants après la mort, on y trouve du sucre en abondance.

Le foie renfermerait donc effectivement une malière glycogène, appelée aussi walière amyloïde, propre, comme son nom l'indique, à faire du sucre, mais n'exerçant celle proprielė, dans l'état normal, qu'après la mort.

Je reviendrai tout à l'heure sur la signification qu'il est permis d'attribuer à ces faits. L'étude des tissus graisseux de l'organisme n'offre pas moins d'intérêt.

La graisse joue un rôle très-particulier dans l'organisme. C'est un des moins organisés parmi les tissus qui entrent dans sa composition. Elle ne fait point partie intégrante des tissus agissants de l'économie. Et, quand elle apparait dans leur sein, c'est toujours un témoigoage de déchéance et de mort. Elle tient cependant dans l'organisme une place importaule.

Le tissu graisseux sert à isoler les organes et à en faciliter le jeu ; il constitue, avec le tissu cellulaire ou lamineux qui l'accompagne loujours, un véritable organe d'interposition. Je ne parlerai pas de la part qui lui revient dans l'esthétique. Mais il sert à fournir des éléments aux phénomènes de combustion dont le sang est le siége nécessaire : voilà le rôle essentiel qui parait lui appartenir.

La graisse est introduile directement dans l'économie par l'alimentation. Elle pénètre dans le système circulatoire par les vaisseaux lymphatiques, après avoir été émulsionnée par le fluide pancréatique, la bile, el, le long du canal intestinal, par les liquides mixtes de l'intestin. Elle se détruit en partie dans le sang, dès qu'elle y a pénétré, el est en partie déposée dans les lames du tissu conjonctif.

La graisse se forme encore aux dépens d'une partie des principes lernaires de l'alimentation, fécule, sucre, gomme, sucre de lait, sucre de raisin (Liebig), qui se changent en corps gras, en perdant, sous l'influence de l'aclion vitale, une proportion de leur oxygène. Ceci se passe dans le sang lui-même.

Il est probable qu'une transformation analogue peut s'opérer dans l'intestin, sous l'influence des liquides intestinaux, aux dépens de ces mêmes principes ternaires, avant que ceux-ci aient été absorbés par les vaisseaux (Chambers).

Enfin, M. Boussingault et M. Wurtz ont démontré que les composés plus complexes, quaternaires ou azotés, peuvent eux-mêmes, sous l'influence des alcalis et de la chaleur, être convertis en graisse.

Et de même que nous voyons, par tout l'organisme, la substance glycogène, déposée par les matériaux féculents introduits, et préparée pour faire du sucre, nous voyons la graisse se déposer partout, dans les intervalles des tissus organiques et dans l'abdomen en particulier, qui en représente comme un grenier de réserve.

Il semble, au premier abord, que les prévisions relatives à la formation des principes azotés assimilables, qui sont cependant les principes essentiels de la nutrition ou de la forination des tissus, soient moindres. Il est vrai que l'azote prédomine à un haut point dans l'alimentation et qu'il n'y a pas une alimentation effective qui n'en soit largement pourvue, tandis qu'elle peut étre à peu près dépourvue d'aliments gras ou féculents, c'est-à-dire sucrés. Cependant, il faut tenir compte, dans les phénomènes métamorphosiques des tissus, de la rentrée dans le sang des principes azotés qui ont déjà servi à l'alimentation el qui peuvent être assimilés de nouveau, après élre rentrés dans le courant de la circulation.

De sorte que nous voyons l'organisme capable de se suffire à lui-mėme, à défaul de toute introduction du dehors, fournissant, de son propre fonds, du sucre par la propriété glycogénique diffuse et par celle du foie, de la graisse par les emmagasinements, des matériaux plastiques par la désassimilation en relour des tissus organiques. Ceci nous rend compte de la continuation de la nutrition et de la vie pendant l'abstinence, jusqu'à épuisement de ces sources intrinsèques d'alimentation effective.

II

Permettez-moi de me reporter à l'autre extrémité de mon sujet.

Les diathèses urique, sucrée et graisseuse, c'est-à-dire la goutte et la gravelle, le diabète, l'obésité sont des maladies cum materiâ. La matière de la goutte et de la gravelle est l'acide urique, celle du diabète est le sucre, celle de l'obésité est la graisse.

Mais que faut-il entendre par la matière d'une maladie ? L'anatomie pathologique s'est consacrée à l'étude de la

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