Images de page
PDF
ePub

symptome que nous avons relevé dans un cas : l'état paracinésique du membre inférieur droit. Qu'on se reporte aux expériences toutes récentes de M. Ch. Rouget sur la contraction musculaire, et l'on verra que l'accident dont nous venons de parler a pu trouver sa source dans un rétrécissement modéré de l'artère iliaque externe. D'après cet éminent physiologiste, la fibre primitive des muscles striés serait un ruban tordu en spirale et formerait une espèce de ressort organique. Le raccourcissement qui s'opère lors de la contraction est l'effet de l'élasticité propre à la disposition hélicoide de la fibrille; c'est un retour à l'état de repos. Tandis que l'allongement du muscle est au contraire produit par une cause de mouvement développée dans l'acte de la nutrition. Il existe ainsi entre l'état d'allongement ou de raccourcissement des muscles et les modifications de la nutrition un rapport intime de causalité. M. Rouget dit même explicitement que : « L'arrêt de la circulation par la compression du tronc artériel d'un membre peut déterminer la contracture des muscles. » L'artère iliaque externe est un tronc important, pauvre en branches anastomotiques, dont le rôle presque exclusif est d'amener du sang oxygéné dans le membre inférieur. N'est-il pas permis, d'après cela, de rallacher à une diminution du calibre de l'iliaque externe le trouble observé dans la motilité du membre inférieur correspondant, et au rétablissement physiologique de la circulation artérielle le retour du membre à son état normal? Si nous n'avons observé qu'une différence peu sensible entre le pouls de l'artère crurale des deux côtés, ce n'est pas là un fait contradictoire, car les instruments de précision nous faisant défaut, force nous a été de nous en rapporter à l'appréciation incidèle du doigt.

La veine iliaque aura échappé au même accident à cause de la protection que lui préte l'artère clle-mème; son calibre eût-il subi d'ailleurs quelque réduction, que les valvules dont liliaque externe est habituellement pourvue eussent attinué ou mème annihilė les effets de cette compression.

On concoit cependant que les accidents observés dans le second cas du côté du membre inférieur forment plutôt l'exception que la règle. Nous pensons qu'en thèse générale, les vaisseaux iliaques externes resteront indemnes de toule compression lorsqu'une lumeur mème volumineuse se développera aux dépens des glandes lymphatiques et du tissu conjonctif dont leur gaine se trouve entourée. Remarquons, en effet, que la résistance de cette dernière, jointe à la flaccidité du tissu qui l'environne, couvre déjà le faisceau vasculaire d'une protection efficace.

Notons, en outre, que la laxité des adhérences qui unissent le périloine à la gaine des vaisseaux, et l'extrime extensibilité du péritoine lui-même, due à la richesse de son réseau de fibres élastiques, ne permettent pas à la tumeur de prendre en avant un point d'appui assez résistant pour comprimer les vaisseaux par sa face postérieure, la seule qui puisse se trouver en contact avec eux puisqu'on ne rencontre aucun ganglion en arrière du faisceau. Le fait que rapporte Lobstein peut donner une idée de l'excessive dilatabilité du péritoine. Ce fait concerne un professeur de botanique de Strasbourg qui s'occupa jusqu'au jour de sa mort de la science qu'il enseignait, malgré l'existence d'une tumeur hypertrophique rétroperitoneale qui remplis. sait tout le bassin et remontait même jusqu'à l'ombilic.

Parmi tous les symptômes litigieux que nous venons de

passer en revue, il n'en est donc aucun qui reste inexplicable dans l'hypothèse d'une lymphadénite aiguë des ganglions iliaques externes, et nous pourrions dès à présent considérer notre diagnostic comine légitimement fondé si nous n'avions encore à prévoir et à résoudre une dernière objection : la terminaison constamment favorable de nos adenites.

Pourquoi, dira l-on, celte issue invariablement heureuse, alors que les adenites aiguës se résolvent si difficilement et que, dans l'espèce, l'intensité de la phlegmasie donnait tout lieu de craindre une redoutable suppuration ? En voici, suivant nous, les principales raisons :

1° L'inflammation ne dépendait d'aucune disposition holopathique ;

2° Elle est restée exempte de toute complication phleg. masique du côté des organes avoisinants et notamment du péritoine ;

5° Elle occupait des ganglions viscéraux. On a constaté, en effet, que ces derniers étaient beaucoup moins prédisposés à la suppuration que les glandes lymphatiques des membres. Elles doivent peut-être ce privilége à cette cir· constance qu'enfouies profondément dans les cavités intérieures du corps, elles sont à l'abri du contact de l'air et de toute violence extérieure, et qu'elles n'éprouvent pas comme les glandes superficielles le contrecoup des variations atmosphériques ;

4° La prompte application d'un traitement rationnel est venue en aide aux conditions précédentes.

La première des deux questions fondamentales que nous nous sommes posées se trouve donc résolue. L'affection à laquelle nous avons eu affaire a été bien et dûment une

[ocr errors]

adenite aiguë protopathique des ganglions iliaques externes.

A l'aide des données que renferment nos descriptions sémeiologiques et de l'interprétation que quelques-unes d'entre elles viennent de recevoir, il serait aisé de faire l'autopsie théorique dont nous avons parlé au commencement de ce travail. Mais cette autopsie ne serait pour ainsi dire qu'une traduction en langage anatomique de faits sur lesquels nous nous sommes déjà longuement arrêté. Nous nous abtiendrons en conséquence d'entrer à ce sujet dans de nouveaux et inutiles détails.

L'examen micrographique de nos tumeurs n'eût pas offert non plus beaucoup d'intérêt, car l'école moderne admet qu'il n'existe aucune différence appréciable, au début du processus irritatif, entre la cellule du tissu enflammé et celle du tissu hypertrophié.

Nous poursuivons donc immédiatement la solution de la seconde question, à savoir s'il n'existe aucune autre altération des organes abdominaux qui puisse donner lieu à des symptômes identiques avec ceux que nous avons observés. Ce qui revient, en d'autres termes, à faire le diagnostic différentiel de la lymphadénite aiguë des ganglions iliaques externes.

L'affection dont les caractères symptomatiques se rapprochent le plus de ceux de la ganglionnite iliaque externe est le phlegmon iliaque, primitif ou secondaire.

Les deux lésions ont pour phénomènes communs:

1° L'existence d'une tumeur profonde dans la région inférieure droite ou gauche de la cavité abdominale ;

2° Les douleurs plus ou moins vives qu'elle provoque;

3° Leur prédilection pour le sexe masculin et le côté droit;

4° On peut ajouter, bien que ces accidents n'aient pas la même constance que les précédents, la gène de la circulation intestinale et la rétraction du membre inférieur correspondant.

Mais déjà par l'examen comparatif de ces symptômes, tels qu'on les observe dans l'un et dans l'autre cas, on découvre des différences sensibles soit dans leur localisation, soit dans leur intensité, soit dans leur degré de fréquence.

Ainsi, le siége du phlegmon des fosses iliaques est tout à fait distinct de celui de l'engorgement ganglionnaire. Alors que le phlegmon intéresse le plus souvent le tissu conjonctif sous-jacent au fascia iliaca, la ganglionnite se développe beaucoup plus en dedans aux dépens des tissus placés en avant de l'aponévrose; et, dans le sens transversal, les deux lésions se trouvent séparées par toute l'épaisseur du psoas. Si le phlegmon gagne vers la ligne médiane de façon à venir en contact avec le faisceau vasculaire, comme cela s'est produit dans un cas récemment observé par M. Herpain et rapporté par lui dans les Archives médicales belges (no de juillet), ce n'est que consécutivement et lorsque la lésion s'est assez manifestement caractérisée pour que le doute ne soit plus possible.

La palpation de la tumeur révèle encore de notables différences dans sa configuration.

Dans le phlegmon iliaque, si l'engorgement se forme au-dessous du fascia, on aura une tumeur aplatie et diffuse; si c'est le tissu sous-péritonéal qui vient à s'enflammer, la tumeur pourra être plus proéminente, mieux circonscrite et jouir mėme d'un certain degré de mobilité. Mais dans ce dernier cas, elle ne dépasse généralement pas le volume d'un euf de poule et sa surface parfaitement unie ne pré

« PrécédentContinuer »