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blées; elle consiste à me mettre en contradiction avec moimême. L'honorable M. Vleminckx s'est emparé du rapport que j'ai été chargé de faire en 1861 sur le mémoire de M. Kuborn, dans lequel je conclus au nom d'une Commission spéciale, à accorder à ce travail une médaille d'encouragement.

Le rapport que la Commission vous a présenté sur le travail des femmes dans les mines, ne serait, suivant M. Vleminckx, que la seconde édition de mon rapport de 1861. Il est d'abord à remarquer, Messieurs, que M. Kuborn ne s'occupait pas, dans son mémoire, du travail des femmes dans les mines, mais particulièrement des maladies qui allaquent les ouvriers houilleurs et que j'ai qualifié comme entachés d'exagération, les hors d'oeuvre auxquels il avait donné place dans ce travail el qui concernaient l'immoralité des ouvriers mineurs.

J'ai lieu d'être étonné que l'honorable M. Vleminckx, qui doit avoir fait une lecture attentive de mon rapport de 1861, ait cru devoir passer sous silence les réserves que j'ai failes dans ce rapport. La loyaulé lui faisait un devoir d'en faire mention dans le discours qu'il vous a lu dans une des dernières séances.

Mais il y a mieux que cela. Il s'est engagé une correspondance entre nos collègues de la Commission et moi, sur la question de savoir, si, en permettant l'impression du mėmoire de M. Kuborn dans nos annales, nous v'accordions pas à son contenu un assentiment tacite ; j'ai soutenu par lettres la négative, et pour mieus me mellre à l'abri de reproches à l'avenir et ne pas engager ma responsabilité, j'ai refusé de faire des extraits de ce mémoire, el soutenu qu'il devait être imprimé dans sa forme et teneur, et c'est ce qui fut fait : on imprima le mémoire sans rien y changer.

Comment du reste en serait-il autrement ? Voudrait-on, par hasard, qu'un concurrent ne pût recevoir de médaille ni de prix par le motif que ses idées ne seraient pas partagées par les membres de la Commission du concours ? Cette Commission ne doit s'occuper que du mérite du travail et elle n'assume nullement la responsabilité des idées qui y sont

. consignées.

Je crois à peine nécessaire de répondre à l'honorable M. Kuborn, qui est venu exhiber devant vous un rapport du Conseil de salubrité publique de Liége, rédigé par moi en 1843. Vingt-cinq années nous séparent de cette époque; depuis lors l'exploitation des mines est beaucoup améliorée; je l'ai déjà dit, les femmes ne sout plus obligées de trainer les berlaines sur un sol raboiteux à l'aide de sangles en croix sur la poitrine dans des galeries basses et étroites. On les a fait plus larges et plus élevées ; on y a place des rails disposés en pente douce, de manière que les hiercheurs et les hiercheuses puissent les pousser sans effort jusqu'au pas de bure, et même dans la plupart des charbonnages ce travail s'exécute aujourd'hui à l'aide de chevaux. Aussi, la constitution du mineur el sa santé sont aujourd'hui si bonnes qu'il est possible de le désirer. La mortalité des houilleurs n'est plus ce qu'elle élait en 1843.

Auriez-vous voulu par hasard, que je méconnusse ces bienfaits dus aux progrès de l'industrie ? C'eût été le fait d'un malhonnête homme, et pour mon compte, je n'ai aucune répugnance à répudier aujourd'hui ce que j'ai écrit en 1843. Il eût été plus sage de votre part de me mettre en contradiction avec les faits que de chercher à me meltre en contradiction avec moi-même.

J'ai été péniblement affecté de certains passages du discours de l'honorable M. Vleminckx, dans lesquels je trouve certaines insinuations qui pourraient porter alteinte à la dignilé de mon caractère. On a l'air de dire que si je soutiens que le travail des mines n'est pas insalubre, c'est que je suis inléressé dans les charbonnages : celle manière de disculer n'est pas sérieuse et elle n'est pas à sa place. Je tiens à vous déclarer, que dans les charbonnages où je suis intéressé et partie active, on n'emploie pas de femmes.

M. Vleminckx : Je prie M. Fossion de se rappeler que j'ai dit que mes observations ne le concernaient aucunement; j'ai ajouté que si dans mes paroles il s'en trouvait une seule qui fùt de nature à le blesser, je m'empresserais de la retirer.

M. Fossion : Il est un fait certain; c'est que toutes les insinualions que l'on rencontre, d'un bout à l'autre dans votre discours écrit, n'étaient pas de nature à m'être agréables.

Vous auriez pu montrer plus de calme et plus de modėration.

L'honorable M. Vleminckx n'a pas non plus ménagé ses confrères qui pratiquent dans les charbonnages. Il a déclaré qu'ils n'étaient pas libres et qu'ils cherchaient à cacher la vérité. Eh bien, je le dis sans détour, si, en fait de salubrité, les médecins des charbonnages cachent la vérité, s'ils mentent à leur conscience, ce sont des hommes peu dignes. Pour mon compte, j'ai une plus haute idée des membres de la Corporation médicale et je vous prouverai plus tard qu'ils peuvent, sans mentir, ne pas partager vos opinions.

Les industriels ont été alta qués ici avec une violence qui n'est pas à sa place dans une discussion scientifique. On s'est écrié : auri sacra fumes quid non mortalia cogit pectora.

Les industriels ne méritent pas les reproches que vous leur adressez; ils ont fait et font encore de grands sacrifices en faveur de leurs ouvriers. Au surplus, ils ont été forcés d'admettre les femmes dans les fosses : les exploitations se sont établies dans des localités où il y avait peu de population ; pour salisfaire aux besoins de la consommation, ils ont élé obligés d'admettre tout le monde dans leurs travaux. D'un autre côté, les familles pauvres ont trouvé dans l'industrie un surcroît de salaire qui a beaucoup contribué à leur bien-êlre. En interdisant le travail des filles dans les fosses, vous frapperez la classe ouvrière et nullement les industriels qui ne liennent pas tant qu'on se l'imagine à faire travailler les femmes dans les travaux des mines. Il serait, au point de vue économique, avantageux de remplacer parlout le Irainage qui se fait par les femmes, par le trainage par les chevaux ; c'est ce qui arrivera nécessairement par le progrès industriel, vous n'avez pas besoin pour cela des mesures probibitives.

Aussi, mon cher collègue, généralisant, à l'aide d'un procédé analogue au væu brutalement expéditif de Caligula, qui souhaitait que tous les citoyens romains n'eussent pour eus tous qu'une seule tête pour la faire tomber avec facilité et d'un seul coup, vous enveloppez dans une même accusation les industriels, les médecins des charbonnages et moi. Les industriels souffient à l'oreille des médecins ce qu'ils ont à dire ou à faire, et moi, je me constitue dans celle enceinte l'éditeur responsable de leurs doctrines; Je suis le chef des combattants. Eh bien! mon cher collègue, je ne suis ici l'éditeur responsable des doctrines de qui que ce soit, j'agis en pleine liberté et en me qualifiant du titre de chef des combattants, vous me faites trop d'honneur, je ne cherche que la vérité; et je vous démontrerai que le travail des mines est moins insalubre que la plupart des autres métiers de la grande el de la petite industrie.

Je ne m'étendrai pas plus longuement sur la forme de vos discours; je vais aborder la question fondamentale qui con: cerne la salubrité du travail actuel des mines. Je ne m'occuperai pas des condamnations subies par des mineurs devant les tribunaux correclionnels, ni des naissances illégitimes : on en a dit assez sous ce rapport, et soyez convaincus, Messieurs, que les provinces industrielles valent mieux sous ces deux rapports que les provinces flamandes où il y a peu d'industrie. Celle question, au reste, n'est pas du ressort de l'Académie; elle ne doit, ni ne peut s'occuper que de la question de salubrité, nous n'avons pas la prélention de nous constituer en corps politique.

L'honorable M. Kuborn vous a fait un tableau des crimes qui se commeltent dans la classe de nos mineurs, je ne veux pas le contredire; cependant, j'ai certain doute, qui est légitimé par la statistique des condamnations dans les maisons centrales de sûreté et dans les maisons pénitentiaires.

Ainsi, voici, par province, le nombre des condamnations pendant la période quinquennale de 1855 à 1861.

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Vous comprenez, Messieurs, qu'en présence de ces chiffres

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