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IURNAI
DE MÉDECINE,

DE CHIRURGIE ET DE PHARMAC0L0GIE,

PUBLIÉ

Par la Société Royale des Sciences médicales et naturelles
de Bruxelles,
SOUS LA DIRECTION D'UN COMITÉ

coMPosÉ DE

MM. VAN DEN CORPUT, D.-M., Rédacteur principal, Secrétaire de la Société,
Médecin à l'hôpital Saint-Jean de Bruxelles, Membre de plusieurs Académies
ct Sociétés savantes régnicoles et étrangères, etc.

CROCQ, D.-M., Professeur à l'Université, Médecin à l'hôpital Saint-Pierre de
Bruxelles, Membre titulaire de l'Académie royale de médecine de Belgique, ctc.

JANSSENS, D.-M. , médecin de l'Administration communale de Bruxelles,
Secrétaire de la Commission de Statistique du Brabant, Membre de plusieurs
Académies et Sociétés savantes régnicoles et étrangères.

L. MARTIN, D.-M., Président de la Société, Secrétaire de la Commission médi-
cale locale, etc.

RIEKEN, D.-M., Médecin de S. M. le Roi des Belges, Président honoraire de
la Société, Membre honoraire de l'Académie royale de médecine de Belgiquc
et de plusieurs Académies et Sociétés savantes régnicoles et étrangères.

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Imprimeur de l'Académie royale de médecine, Libraire de la Faculté de médecine, etc.,
20, Rue de l'Étuve, 20.

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DE LA PATHoGÉNIE DEs sYMPTôMEs URÉMIQUEs. — ÉTUDE DE PHYSIoLoGIE PATHoLoGIQUE ; par le docteur W. RoMMELAERE, membre effectif de la Société. (Suite. Voir notre cahier de juin, page 504.)

CHAPITRE lII. — Théorie de Frerichs.

La théorie, qui attribue à l'accumulation de l'urée dans le sang les phénomènes nerveux de l'urémie n'est donc pas d'accord avec l'observation attentive des faits. On a cherché à lui en substituer une autre plus conforme à la vérité. De toutes celles que l'on a proposées dans ce but, il n'en est pas qui ait été tout d'abord mieux accueillie que celle que Frerichs fit connaître en 1851 dans les Archives de Vierordt (1). D'après cette théorie, l'urée n'agit comme substance toxique à l'intérieur du corps, que quand à la suite d'une fermentation effectuée au sein de l'économie animale, elle s'est transformée en carbonate d'ammoniaqe. Die Erscheinungen der urämische Intoxication entstehen lediglich dadurch, das der im Blute angesammelte Harnstoff innerhalb des Gefässystems sich unter Einwirkung eines geeigneten Fermentkörpers in kohlensaures Ammoniak umwandelt (2). Deux éléments interviennent donc dans la production de l'urémie : 1° L'accumulation d'urée dans le sang. 2° La présence d'un ferment qui opère la transformation de l'urée. Si ce dernier facteur fait défaut, quelle que soit la quantité d'urée que con

(1) Ueber die Erscheinungen und das Wesen der Urämie, dans Vierordt's Arch. f. phys. Heilk., 1851, t. X, p. 599-431.

On a attribué à Henle l'honneur d'avoir le premier indiqué la transformation de l'urée dans le sang en carbonate d'ammoniaque, comme étant la cause des troubles urémiques. C'est une erreur; car Henle avoue lui-même dans la troisième édition de son Manuel de pathologie rationnelle que c'est à Frerichs que l'on doit cette idée, à savoir : . . . .. dass der Harnstoff, an sich unschädlich, durch Umsetzung in kohlensaures Ammoniak zu einem Gifte wird, und dass diese Umsetzung im Blut des lebenden Kôrpers durch ein eigenthümliches Ferment eingeleitet wird, welches in einem Falle vorhanden ist, in einem anderen fehlt (Handbuch der ration. Pathologie, 1854, t. II. p. 521).

(2) Frerichs, Die Bright'sche N'ierenkrankhcit und dcren Behandlung. Braunschweig, 1851, p, 107.

tienne le sang, il n'en résultera pas d'effets pathologiques (1). C'est ce que nous avons établi dans le chapitre précédent. Dans l'édification de cette théorie si ingénieuse, le professeur de clinique de Berlin s'appuie sur les trois propositions suivantes : 1° L'urée possède la propriété de se transformer facilement en carbonate d'ammoniaque, sous l'influence de conditions favorables. 2° L'analyse chimique démontre la présence du carbonate d'ammoniaque dans le sang de tous les urémiques. 5° L'injection du carbonate d'ammoniaque dans les veines d'un animal détermine tous les symptômes de l'urémie. Voyons jusqu'à quel point ces trois propositions fondamentales expriment la vérité. $ I. — Première proposition. L'urée possède-t-elle la propriété de se transformer aisément en carbonate d'ammoniaque dans l'économie animale ? Cette première proposition, résolue affirmativement par Frerichs en 1851, et admise par Wöhler, a été contestée peu après avoir été produite. Dès 1852, Schottin(2), qui avait eu l'occasion de retrouver l'urée dans la sueur de malades atteints d'affections urémiques, doutait de la possibilité pour l'urée de se transformer en carbonate d'ammoniaque au sein de l'économie, et il reproduisit encore cette opinion plus tard dans un travail qu'il publia en 1862 (5). Hammond, de son côté, rejette formellement la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque dans le torrent de la circulation. Le docteur Stokvis, d'Amsterdam, qui s'est beaucoup occupé de l'étude des questions se rattachant à la pathologie des voies urinaires, a fait quelques expériences pour rechercher jusqu'à quel point est réelle la facilité avec laquelle l'urée se transformerait en carbonate d'ammoniaque dans l'intérieur du système circulatoire. Voici les résultats auxquels il est arrivé (4): I. Chienne pesant 5 kil. 850 gr. — Régime : 1/2 livre de viande par jour.On recueille l'urine par le cathétérisme.

Quantité d'urine. Quantité d'urée.

2 mai . . . . . . . . . . 210 c. c. 20.18 gr.
5 - . . . . . . . - . . 151 c. c. 15.15
4 - . . . . . . . . . . 152 c. c. 14.55
5 — (après injection de 5 grammes

d'urée dissous dans 25 c. c. d'eau) . . 210 c. c. 22.21
6 mai . . . . . . - . . . 188 c. c. 18.65
Moyenne de quatre jours . . . . 17.76 gr.
Après l'injection de 5 gr. d'urée . . 22.21

II. Chienne. — Régime : 1/2 livre de viande. — On recueille l'urine par le cathétérisme.

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Quantité d'urine. Quantité d'urée. 12 mai. Injection de 6 gr. d'urée dans le sang, et de 8 gr. d'urée dans l'estomac. 522 c. c. 27.55 gr. 15 mai. . . . . . . . . . 70 c. c. 10.56

On voit par ces expériences que la quantité d'urée injectée dans le sang se retrouve toujours dans l'urine rendue peu de temps après cette injection. Les observations de Stokvis ne viennent donc pas confirmer l'idée de Frerichs sur la tendance qu'aurait l'urée à se transformer facilement en carbonate d'ammoniaque dans l'intérieur du torrent circulatoire. M. Gallois est arrivé à une conclusion identique à celle de M. Stokvis; il a observé que l'urée, injectée dans l'estomac des lapins passe intacte dans leur urine et en proportion notable (1). Il a observé, en outre, que l'élimination de l'urée est déjà nota5le après 50 à 40 minutes, et qu'elle cesse au bout de 60 à 70 heures, quelle que soit, du reste, la proportion d'urée injectée (2). Ce premier point de la théorie de Frerichs est donc basé sur des vues théoriques, que l'expérience n'est pas venue confirmer.Sans le rejeter d'une manière absolue, nous pensons donc que dans l'état actuel de la science, il ne peut pas entrer en ligne de compte dans l'appréciation des phénomènes observés. Et, du reste, le fait fût-il exact, on ne serait pas encore autorisé à conclure de la possibilité de cette transformation à sa réalisation dans le torrent circu

latoire.
$ 2. — Deuxiéme proposition.

L'analyse chimique démontre-t-elle la présence du carbonate d'ammoniaque dans le sang de tous les urémiques ? C'est là une question d'une importance capitale ; car c'est de la solution que les recherches scientifiques permettent de lui donner que dépend le mérite de la théorie de Frerichs. Il ne suffisait pas pour établir celle-ci, de démontrer que l'urée se transforme facilement en carbonate d'ammoniaque et que l'introduction de ce dernier agent dans l'économie détermine une série de symptômes analogues à ceux de l'urémie. On était en droit de douter de la réalité d'un empoisonnement ammoniacal dans l'urémie, tant que l'on n'aurait pas démontré que le sang renferme dans cette maladie une certaine quantité de sel ammoniacal. Il fallait en outre rechercher si le sang ne renferme pas normalement du carbonate ammoniacal; c'est une question que M. Richardson a résolue par l'affirmative, ct dans le cas où sa manière de voir était exacte, il fallait déterminer la quantité de sel trouvé dans les deux cas avant de pouvoir conclure. On voit déjà que Frerichs a mal posé la question, en se bornant à rechercher la présence du carbonate d'ammoniaque dans le sang des sujets urémiques. 1l aurait dû aller plus loin ; il aurait dû préciser la quantité de sel qu'il découvrait dans le sang; et ce premier point établi, rechercher jusqu'à quel point le carbonate d'ammoniaque à cette dose pouvait exercer sur l'économie (1) Gaz. médic., 1857, p.258. (2) Ibid.

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