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fant d’Espagne, Turenne, alors maréchal de camp, s'empara de Solrele-Château, oii se trouvait un petit fort appartenant à la maison de Croy.Quelquessoldatsayanttrouvé dans ce bourg une femme d'une rare beauté, Yamenèrent àleur jeune général comme la plus Précieuse part du butin qu'ils venaient de faire. Turenne n’avait alors que 26 ansvet il était loin d'être insensible auprès des belles; cependant ilfeignit de ne pas comprendre le motif de la démarche de ses soldats et il louabeaucoup leur retenue, comme s'ils davaientsongé, e ‘lllli amenant cette jeune femme, qu’à la soustraire auxviolentes entreprises de leurs compagnons. Il fit chercher sur-lechamp son mari et la remettant entre ses mains, il lui dit avec cette modestie qu'il mettait dans toutes ses actions, que c'était à la discrétion de ses soldats qu'il devait l'honneur de sa femme. Cette continence, qui rappelle celle de Scipion l’Africain,n'a pas toujours été imitée , depuis même que les progrès de la civilisation ont rendu les droits de la guerre moins exigeans. A. n.

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des Pays-Pas , qui est resté manuscrit. J'ignore en quelles mains ce manuscrit est tombé.

Là se bornent les renseignements que j'ai pu obtenir sur cet homme; ils m'ont été donnés par M. Hécart, de Valenciennes. Si quelqu'un de nos lecteurs avait l'obligeance de nous en fournir d'autres plus étendus,nouspourrions peut-ètreplacer Dominique Amand dans la partie biographique deqce recueil.

A’ I.

LE COUSIN-JACQUES. Tout le monde connaît ce surnom par lequel l'écrivain Bufi-oy de Reigny était connu au commencement de la Révolution et qu'il mit lui-même en tête de presque toutes ses productions , mais peu de personnes savent ou et comment il adopta ce pseudonyme. Louis-Abel-Beffroy de Reigny, né à Laon, le 6 novembre 1757, demeura dans les collèges, tant comme écolier que comme professeur, jusqu’à l'âge de sa ans. Vers ce tems, il fréquenta les eaux de SL-Amand, y devint amoureux d'une demoiselle Vif/et , qui y tenait Plîtablissement Thermal , et se maria avec elle pendant un des séjours qu'il y fit. Il eut occasion d'y voir souvent un pauvre paysan, imbécille,toujours affublé de six ou sept habits de couleurs différentes, du reste plein de santé et de gaité. Par suite d'une plaisanterie de quelques dames qui comparèrent cette variété d'habits avec l'imagination féconde et un peu déréglée de Beifroy dePteigny, celuici prit de lui-même le nom du paysan Ce dernier n'était connu dans

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HERGNIES, village du canton de Condé, près de la frontière de la Belgique.

Il y a loin du Capitole àHergnies mais on ne parle pas de l'un , sans songer aux oies qui le sauvèrent; de l'autre, aux oies qui paissent dans ses pâturages. Ces animaux ne forment point à eux seuls la richesse de ce village ; l'honnête aisance de la presque totalité des individus quiYhabitent , prend sa principale source dans des vertus privées. Elle procède de l'ordre et de l'économie qui les distinguent, et qui méritent d'être signalés.

Le riche ignore souvent ce qui se passe sous le chaume; il n'y apas vu ces hommes de la campagne , à la plupart desquels le sort a donné deux bras pour tout trésor. Dans cette vie de privation , de peine, que de courage et d'eiforts ces malheureux ne doivent-ils pas déployer pour conquérir leur chétive subsistance et rester vainqueurs de la misère ? Il faut élever

une famille , et ces pauvres diables sont toujours si riches en enfants : n'importe , s'ils ont la force de bien Vouloir , de fuir les mauvaises habitudes et le vice, si la cherté du grain,les maladies, le ravage de leurs petits champs n'amènentpas leur ruine,ils parviennent à manger du pain; ils vivent heureux et remercient le ciel.

Leur joie augmente surtout si‘, à la longue , ils peuvent entasser, les uns sur les autres, quelques deniers , joie aussi louable que le délire de l'opulent avare contemplant son coffre fort, est honteux! Ce pécule, prix des fatigues et des sueurs, grossissant peu à peu , on finit par acheter quelques verges de terre, une vache, un cheval; et l'on fait alors la nique à la fortune.

a Or, voici comment les habitants d’Hergnies ont acquis le droit de se moquer de la capricieuse déesse: l'argent qu'on épargne est le premier amassé , ils sont économes; l'ivresse épuisela bourse et la santé, ils sont sobres ; la fainéantise ne produit rien que de mauvaises pensées, ils sont laborieux; aussi la triste indigence apparaît rarement au milieu d'eux , les calamités ne sauraient guèreles saisir au dépourvu, et lorsque l'hiver arrive avec ses rigueurs, presque tous ces bons villageois, grâce à leur activité, à des précautions bien prises , peuvent braver les frimas et s'endormir, au bruit des tempêtes, sous leurs paisibles toitsflombicifcettc prévoyante sagesse est précieusect digne d'éloges! pourquoi faut-il qu'elle soit plus rare encore ? s. L.

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MOEURS LOCALES, PRÉJUGÉS, me. - SAVETIER. On donne parmi no us ce nom au mari dont la femme vient de mettre une fille au

‘ monde , surtout si c’est son premier enfant; c’est un srzvetier, diton, il ne saurait avoir de garçons;

-et le pauvre homme est exposé aux railleries du public-On lui adresse, sans avoir même Yhonnêteté d’en payer le port , des vieux souliers , on on plante à saporte un trophée de bottes usées et de savates. C’est surtout dans les campagnes que

. cet usage singulier existe, etfré

quemment il y a été cause de rixes sanglantes. Plus d’un ménage fut troublé par Yarrivée d’un enfant du sexeféminin. Les classes élevées même ne sont pas toujours à Yabri .de ce préjugé : on a vu des dames trembler pendant tout le temps de leur grossesse , par l'appréhension des reproches ou des mauvais traitements que la naissance d’une fille pourrait leur occasionner de la part d’un injuste époux. La plus belle moitié du genre humain en est souvent aussi la plus malheureuse.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que les jeunes-femmes , toujours dans Pintention (Yêtre agréables à leurs maris , souhaitent Œenfantei‘ des garçons : Pli/le (l. 10, c. 55.) et Suetorze (vie de Tibère) rapportent que Livie, l’une des plus belles Romaines de son temps, ayant épousé Tibère-Claude Néron , devint enceinte. Sa joie fut extrême; mais

elle étaitempoisonnée par la crainte

de ne pas donner lejour à un fils. Comment percer dans Yavenir‘? qui lui découvrira ce secret qu’elle brûle tant de connaître! Elle interroge tous les augures, se livre à tous les actes de la superstition ancienne. Un jour, pressée par une envie irrésistible, par un bizarre et gra_ cieux instinct, Livie dérobe à une poule qui couvait, un de ses œufs , le place sur son beau sein , et Féchauffe si eflicacement, qu’elle en voit sortir un poussin orné d’une crête élégante. Ce présage lui parut des plus heureux et l'événement en eflet répondit à son désir.

Cette impatiente curiosité de la part d'une femme , d’une Romaine de haut rang surtout , n’a rien qui doivenous surprendre; c’est dans les demeures des puissants de la terre que les cris d’un garçon 31-rivant en ce monde,doivent répandre Fallégresse; c’est là,‘qu’on désire vivement un héritier mâle, un enfant appelé à recueillir un riche héritage , à perpétuer (les parchemins etun nom déjàillustre. Combien ce souhait devient plus ardent encore, quel intérêt s’y rattache, lorsqu’il s’agit de la souveraineté , dans un pays o‘u les femmes ne peuvent pas ceindre leur front de la couronne! '

Tout un peuple, l’Europe entière , a parfois attendu avec anxiété le résultat dfun enfantemnnt. L’ancienne France salua de ses cris d’a_ mon r la venue du malheureuxLol/is XVH, de ce fils dqiRoi que des bourreaux devaient supplicier en détail et peut-être empoisonner dans un cachot, après, ce qui est bien plus horrible! avoir cherché à faire filtrer la corruption dans sa jeune âme. Nous sommes encore étourdis du canon, des cloches et des bruyantes acclamations des grands esclaves de l’empire, qui annoncèrent Yarrivée dans le monde du fils de Bonaparle alors surnommé le Dieu Mars ; etnul de nous n’a oublié l’allégresse qui entoura le berceau du Duc de Bordeaux , de ce rejetton presque miraculeux , échappé au fer assassin , et destiné à donner une vie nouvelle à Yantique branche de nos Rois. Les Français le reçurent avec bonheur des mains d'une courageuse princesse. Jamais peut-être une femme, en ce douloureux moment, ne concilia mieux ce qu’exige la délicatesse de sa position, avec la sorte de garantie que le trône aime alors à donner au peuple (1). Elle avait bien raison

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de dissiper avec autant de soin toute idée de doute On ne rencontre que trop souvent de ces esprits prévenus et de travers, entraînés par Yexagération ou Yerreur , et qui combattent de tous leurs efforts Yexistence des faits qui les contrarient. A les en croire, une reine ne pourrait pas accoucher d’un fils; et, de même que selon eux un roi ne meurt jamais que de poison ou par suite de violence , ils trouvent toujours dans les langes des princes des enfants supposés.

Les bonnes femmes et particulièrement les gardes-couches, possèdent plusieurs pronostics à l’aide desquels elles prétendent deviner le sexe d’un enfant à naître. Elles ont égard au déclin ou au croissant de la lune et rapprochent ces époques du jour présumé de la conception, pour en tirer des inductions. Elles regardent comme étant de fâcheux augure une gestation qui se prolonge au-delà du terme calculé : l’enfant à naître , alors, estbien certainement une fille qui vientplus tard parcequ’elle fait sa toilette avant de se montrer. Lorsqu’elles devinent juste, on admire leur sagacité; dans le cas contraire, on dit que la mère avait mal compté.

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(I) Bauduin â la belle barbe, comte de Flandre, avait épousé Ognie dëLuxembourg; celtedame devint enceinte dans un âge avancé, et D'0ucleglrer‘.vl, historien ne’ a Lille, nous raconte en ces termes les précautions que Bauduin ’crut devoir prendre contre Pincrédulité de sen peuple.

u Au temps (au commencement du x19 siècle)
u que ladicle dame Ognie se devoit accou-
n cher, le comte de Flandre, Baudouyn a la
u belle barbe, son mary, fit tendre en sa ville
a d’Arras sur le marché une ample, sump-
u tueuse et magnifique tente, en laquelleil
a voulut que madame Ogme, sa femme, s’ac-
u couchast,c0nsenlant etpernlettant que fust
a loysible à toutes les femmes de bien, qui
u en auroyentvolunté, (Passister et estre pré-
u sentes au travail de ladjcte dame; le tout
u afin d’oster à un chascun la doute etopinion
u qui estoit desjà enrachinée au cœur de plu-
u sieurs, de la stérilité de ladicle Ognie, la-
n quelle pour lors avoit atlainct Paage de 50
u ans. Qui fut un acte merveilleusement

u louable et digne de perpétuelle mémoire;
(c entant mcsmes, que par cesluy, il mons-
u treit évidemment le suucy, auquel il es-
u toit pour le repos etla tranquilite’ de son
u peuple. n

Iflenfant auquel la dame Ognie donna le jour fut un garçon connu plus tard sous le nom de Bauduin de Ijlle.

(Voir D’Oudegher.rl, l ter/J 901, édition de M LESBROUSSART père, la note jointe à cepas sage par cet erlinuzble éditeur, et MONTLINOT, histoire de Lille, p. 327.)

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La femme ä Jean Bonnet Soutfrait du mal «Penfant , Son mari lui criait d'un air attendrissant a Femme, fais un garçon , je fais sonneries .- De quoi tc mêles-tu, Jeannot ? [clocheS Que ce soit une fille au lieu dW-‘tre un fmarmot, Nul ne pourra jamais t'en faire de repro[ches

Ce Jean Bonnot était un brave homme du pays de Flandre , qui craignait le ridicule et le trophée de vieilles bottes. Mais n'est-ce pas là manquer de raison? et cet usage, dont j'ignore l'origine, n'est-il pas aussi injuste qu'il est bizarre ‘l Passe encore, quoique cela soit peu charitable, qu'on se raille des impuissants; mais le père d'une créature charmante , qui doit un jour faire naître autour d'elle les plaisirs et la volupté , ne mérite ni sarcasmes , ni savates.

Ce préjugé injurieux, indigne de tout homme de bon sens,disparaitraitpour faire place à l'admiration , si les demoiselles venaient au monde comme y arriva jadis dame Minerve, en sortant du cerveau du seigneur Jupiter. Si une fille , en

naissant, était armée, des pieds à la tète , des grâces et des attraits qui Yembelliront un jour, si elle apparaissait alors , comme elle se montrera au printemps de sa vie, avec la fraîcheur, l'éclat et la suave pudeur de cetâge heureux; au soudain aspect de ce chef-d'œuvre de la création, le bruit de nos applaudissements porterait jusqu'au ciel le témoignage de notre reconnais

sance. (Extrait d'un ouvrage inédit sur les Femmes, par AIMÉ LEROY.)

AVOIR LE TOURTIAU (Tourteau).- On nomme tourtiau, dans nos campagnes , le marc desgraines oléagineuses lorsque l'huile en a été exprimée. Ce marc se donne en nourriture aux bestiaux, et cette nourriture pesante , d'une disgestion lente, rend leur respiration plus rare et les met dans une sorte d'état de Suffocation. Par suite , lorsqu'au village une personne est accablée par une douleur profonde, dont le poids pèse sur son âme, on dit proverbialement qu'elle a le tourtiau.

L'indifférence ou la perfidie des hpmines à l'égard de trop sensibles villageoises , y donne surtout lieu à l'application de ce proverbe. On l'emploie , par exemple , en parlant d'une jeune fille victime d'une inclination malheureuse et qui craindrait de laisser échapper le secret de son cœur. Cette expression perd alors tout ce qu'elle a de trivial, on ne voit plus que ce qu'elle désigne d'affreux.

Il n'existe pas aux champs de

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