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llexiste près de Bavai , ancienne capitale des Nerviens, un village qu'on nomme Mecquignies. Un curé dit-on, manquant de domestique en fit jadis venir une de ce village et s'en trouva fort bien. Jamais ménagère plus attentive et plus honnête n'avait soigné son pieux asile. Séduits par cet exemple , plusieurs de ses "confrères coururent chercher des gouvernantes au même lieu; ils n'eurent aussi qu'à s'en louer , et ce village acquit à cette époque, et conserva long-tems, la réputation de produire de bonnes filles, comme certains solsont la vertu deproduire de bons vins ou de bons grains. Par suite, le nom de Méquenne, créé dans l'origine pour signifier fille de Mecquignies , fut alors appliqué à toutes les servantes dé curé.

Les Roquefort et les Pougens n’ admettraient peut-être pas sans peine cette étymologie; cependant elle vaut pour le moinsautant que celle donnée par Rabelais , qui était un fort drôle de curé, de l'ancien nom de la ville de Paris : «laquelle auparavant on appelait Leutece, comme dit Strabo, lib. 4, dest-à-dire en grec, Blanc/telle, pour les blanches cuisses des dames dudit lieu. n

La gouvernante d'un pasteur se nomme ordinairement‘ Manie, de même que les soubrettes, sans comparaison des unes aux autres ,' ont communément le nom de Lisetle ,je me trompe , on doit dire Melle. Marie , à cause de l'importance de l'emploi. Un prêtre , à moins qu'il n'ait chez lui une sœur ou une autre parente pour tenir son ménage

et commander,est obligé,pourtous les détails de son intérieur , de s'en reposer sur sa domestique; elle se trouve ainsi investie d'un pouvoir étendu , d'une grande confiance , et il est juste qu'on l'indemnise de ses soinset de son zèlepar leségards qu'onapourelle.Malheureusement on en a vu, fort rarement il est vrai, abuser de l'avantage de leur position, d'humbles qu'elles étaient devenir hautaines, et parleurs manières et leurs tons de dames, provoquer les cancans de la paroisse. Les hommes confondent souvent , dans leur injustice, l'innocent avec le coupable; ce tort de quelques unes a pu faire rejaillir du blâme sur toutes; aussi a-t-on été jusqu'à avancer qu'une gouvernante avait pour habitude, dans la première année de son administration, de dire , en parlant de la basse-cour de son maître , les poules de M. le cure’,- plus tard , nos poules ,- puis enfin, mes poules / . . . Mais c'est là. sans doute unpropus mis en avant par la malignité.

Ce qui reste de vrai, à l'égard de ces dévotes créatures, c'est qu'elles vivent dans un état au-dessus dela domesticité ordinaire; par compensation, elles Sont privées debien des plaisirs! pour elles, hélas! pas d'a{fiquets mondains, pas de danse, point d'amour, plzrta/zlpoi/zt de joie. Et si l'on songe que ce n'est qu'à force de sagesseetde vertu qu'elles peuvent arriver à leur poste et s'y maintenir, on cessera d'être étonné en les voyant, dansbeaucoup de presbytères, partager l'autorité et même la table du maître.

Cependant cette espèce de communauté, dans laquelle un ministre des autels et une femme vivent, suivant l'expression de nos vieilles coûtumes, au mêmepotetról, a rencontré des désapprobateurs et des opposants dans dhugustes assemblées: au concile de Carthage,tenu en 597 etauquelS.Auguslinassistait comme évêque, il fut interdit aux clercs d'avoir chez eux des femmes autres qu’ayeule , mère , sœur ou nièce. Le concile d'Ausbourg de 952, plus rigide encore, défendit à tous prêtres de rester avec une femme sous-introduite, (sic) et permit à l'évêque de faire fustiger et tondre la femme suspecte.

Plus tard, les liens de cette sévérité se relâchèreut. Cette indulgence fut probablement le résultat d'une amélioration dans les mœurs, qui ne permitplus de penser qu'aucune de ces demoiselles pourrait mériter à l'avenir de perdre sa chevelure ; toutefois des instructions. pastorales avertirent, de temps à autre ,»le clergé de se tenir en garde contreles adroites manœuvres de Satan qui jamais ne sommeille. De nos jours même, un des princes les plus vigilants de l'église, monseigneur de Croi, Grand-Aumonier de France , .crut devoir, par un chaste mandement, renouveler, dansson diocèse une partie des mesures de précaution autrefois prescrites aux ecclésiastiques. Le cœur, sous quelque vêtement qu'il batte, est si vulnérable, qu'on ne peut jamais trop s'appliquer a le garantir des séductions ct des coups ! et, le voisinage des femmes fut-il sans danger pour une caste sacrée, il est toujours cer

tain que nos prêtres , en écoutant la voix de Mgr. de Croï, étoufferaient celle de la méchanceté ou de la calomnie qui souvent les poursuit, à l'occasion de l'âge, de la tournure ou de la fraîcheur_d’une innocente méquenne. Mais l'usage de prendre des domestiques femelles , sans attacher, on doit le croire ainsi, aucune importance àce qu'elles soientjeunes ou vieilles , belles ou laides, est depuis si longtemps et si généralement établi dans les presbytères, qu'il est devenu bien diflicile de le détruire : aussi ce mandement d'un sage prélat, dicté par dés motifs fort louables, a-t-il produit une grande sensation et beaucoup de bruit; on en a parlé en sens divers; parmi les gens désintéressés il a pu trouver de nombreux suffrages, mais il devait exciter et il excita les craintes, le mécontentement et le caquet des vierges de Mecquignies. (Extrait d'un ouvrage inédit sur les Femmes , par AIMÉ Lrnov.)

LE CARDINAL DUBOIS ET LE POÈTE SAINVILLE. Il parait‘ que le fameux Cardinal Dubois, archevêque de Cambrai, n'étaitpas fin connaisseur en poésie. Un sieur Sainville, auteur d'un grand nombre de brochures oubliées en naissant, obtint de lui une gratification de six cents livres pour ce misérable acrosfiche :

buboigpremierministre, éminent cardinal, Cin caractère heureux, esprit toujours égal, aienfaisant, avec chuii, prévenant le mérite On ne pénètre point les desseins qu’il médite fil fallait ce grand homme aux besoins de ' _ Ÿétält :

{fla gloire est cependant sans faste ct sans . [éclan

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JEAN DU GAUGUIER. Ce personnage avait jadis une réputation qui balan caitati moins celles deJeari de Nivelles et de Martin de Cambrai: ses fonctions étaient les mêmes; elles consistaient à battre les heures sur un timbre de bronze exposé à Pextérieur, comme on en voit à maintes horloges publiques des villes de la Flandre. Jean du Gauguier fut d’abord plus modeste que tous ses pareils;en 1 577, dix jours avant la procession, il fut installé sur son petit clocher au dessus de la halle deValenciennes, mais il n’était alors que de bois de noyer et c'est de là qu’il tire son nom; onsait que dans nos contrées les noix se nomment gaugizes et le noyer, gauguier. Maitre Jean ne se contenta pas de dominer toute la ville , l'ambition le gagna bientôt, ou, pourparler plus juste, elle s'empara de ses patrons ; on le renouvela en bronze , peu après on le dora, puis enfin on Phabilla. Cette dernière (zirconstance inspira une pièce de poésie à Jean MOIÏIICI, poète du XV° siècle, mort à Valenciennes, ou ilétaitchanoine de la Salle-le-Cointe. Dans ces vers , l'auteur fait parler Jean du Gau

guier en son nom et en celui de son confrère le sonneur.

.""’...... Dieu mercy et nos bien vueillans Nous avons harnois ct surcos: Gomme champions lmluillans

De pied, sans lance, ctsnns picos.

Prevost, Massarls et lîsuhevins Remercions de nos deux colles, Tous ceux qui boivent les bons vins Et font valoir les muletosles

Elles sont gente et fort mignottes. Jamais ne les verrez boudrtl-es,

Si les corbeaux et les hulottes

Ne leur donnent de leurs livrées.

Maître Jean du Gauguier, outre le confrère qui sonnait les heures avec lui, avaitaussi poursociété, au haut de son clocher, un ange de cuivre dore’, tenant une trompette , «laquelle estoit si artistement et si «cingénieusement faite , dit l’histo«rien d’Oultreman , cpifelle don«noit un son comme de trom«pette ,lorsque le vent si engoul«froit.» Cet ensemble formait un petit monument fort joli , qui frappa à son passage Marguerite deNavar/‘e, première femme de Henri IV ç aussi dit-elle dans ses Mémoires : « qu’étant arrivée à «Valenciennes, les fontaines et hou rologes, avec industrie propre aux «allemans, ne donnoient peu de «merveille à nos frangois ne leur çtestant commun de voir des horo«loges représenter une agréable «musique de voix avec autant de «sortes de personnes que le petit «chasteau que l’on alloit voir au. a faux-bourg SL-Germain. » Le trio debronze fut misbas, en avril 1781, au grand regret des hahitans, lorsqu'il fut question de bâtir la façade actuelle de la salle de spectacle. Jean

du Gauguier, ce plus ancien des bourgeois de Valenciennes, resta longtems gisant dans les greniers de Phôtel-de-ville, et fut enfin donné à celui qui voulut bien à ce prix entourer d'un mur le cimetière de la Ville Un siège vint, et le murluimême fut détruit. A. n.

LE FAUX CARDINAL DE BOURBON. En 1815, un dépôt de prisonniers espagnols arrive à Souillac, petite ville du département du Lot; en parcourant l'escalier du bâtiment qui lui servait d'asyle, un de ces captifs laisse tomber une lettreouverte g elle est aussitôt relevée par une femme âgée qui y lit ces mots z Monseigneur, il est encore des cœurs fidèles dévoués à V. A. S. ,- je suis parvenu à rassembler quelques centaines de fiuncs, j'espère bientôt en avoir davantage pourtirer V. .4. S de l'état, sipeu digne de son razzg, où elle se trouve réduite, etc. L'enveloppe portait z A son Altesse Sérénissime Monsczgneurle Cardinal de Bourbon, Arelzevêque de Tolède. Malgré le poids de ses ans, celle qui trouva cette lettre courut en informer toute la ville de Souillac en moins de cinq minutes , et -les bonnes femmes de l'endroit vinrent en masse visiter respectueusement le captif soi-disant illustre,au domicile duquel on vit bientôt pleuvoir fruits, vins fins, confitures , sucreries et louis d'or qu’il payait en bénédictions. Ce rôle durait depuis quelque tems lorsqu'un soir un officier espagnol, également prisonnier, arrive à Souillac, entend parler du prétendu Cardinal et court

chez lui au moment où u'ne troupe de femmes était agenouillée à ses pieds; une vertueuse indignation s'empare de lui, il traite cette altesse improvisée plus que cavalièrement et accompagne ses reproches -de gestes très-significatifs qui impriment sur la face du prélat un sacrement dont il se serait volontiers passé. Cette scènepensa coûter cher au redresseur des torts; dans le midi le peuple prend les choses chaudement; les habitans de Souillac ne voulaient rien moins qu’écarteler vif l'officier espagnol ; le maire, la gendarme1‘ie et les gens raisonnables de l'endroit , tout cela fesait une minorité incapable de défendre ses jours: on le mit au cachot pour lui sauver lavie et on le fit évader dans la nuit , non sans un notable danger pour lui.

Ce n'est point ainsi que se termina à Valenciennes un événement du même genre arrivé aussi en 1815. Au mois d'août, des prisonniers espagnols se trouvent dans cette ville; soit que l’ intriguant de Souillac en fit partie , soit que ce fut un de ses imitateurs, le bruit se répand sourdement que le Cardinal de Bourbon se trouve parmi les captifs; chacun veut le voir; les dames surtout s'empressent et volent en foule à la maison d'arrêt qui recèle l'illustre personnage; on les introduit dans la chapelle ou le prélat dit une messe-basse à la suite de laquelle chacune de ces dames est admise à la faveur de lui baiser la main. Cet événement fait l'objet de toutes les conversations; pour s'assurer de l'identité

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, du prélat, on cherche dans le pays

quelques gentilhommes qui aient faitpartie des anciennes gardesWallonnes et qui , en cette qualité, ont approché de la cour d’Espagne ; ceux-ci rappellent leurs souvenirs, et, soit qu’ils ne voulussent point avoir l'air de ne pas connaître -le Cardinal de Bourbon, soit quecelui qui prenait _ce Litre ressemblait véritablement auprince, ils appuyèrent sa prétention de leur témoignage, et dès lors ,toutes les bourses furent ouvertes au prisonnier de guerre. Des sommes assez considérables furent levées en son nom etun lieutenantcolonel espagnol ne rougit pas de mettre son nom au bas des reconnaissances de tels emprunts. Les habitans de Valenciennes possèdent encore aujourd’hui ces billets, bons billets glfa La Châtre à la vérité , mais qui témoignent de leur attachementpour une familleillustre et alors dans le malheur. Cette pensée dominait tellement ceux qui furent ‘dupes de cette supercherie que l’idée ne leurvint pas qu’un personnage comme leCardinal de Bourbon , fût-il captif, ne serait pas mené de ville en ville avec un dépôt de prisonniers. Napoléon n’étaitpas homme à faire une telle bévue politique. Quoi qu’il en soit, des magistrats, ‘des hommes sensés , y furent pris. ‘L'autorité supérieure apprit enfin ce qui se passaità Valenciennes, elle fit enlever le prétendu prince de l'église qu’on enferma dans la cita'delle de Lille ; les olficiers qui l'entouraient et qui avaient si bien joué la comédie, peu sévères à ce qu’il parait sur l’honneur, emportèrent

sans remords l’ argent des crédules, en pensant peut-être que c’était un faible dédommagement des vexations que les français commettaient chez eux. Peu de jours après , les dames deValenciennes apprirent officiellement, non sans un léger chagrin, qu’elles avaient ouï les messes d’un homme qui ne pouvait pas en dire , et baisé respectueusement la main d'un misérable sergent espagnol qui ne méritait même pas leur pitié. A. D. BLABEAU, juge-de-paix à Bouchain, homme qui met tous ses soins ‘à concilier les parties qui se présentent devant lui; aussi trouvet-on peu de cantons où on plaide moins que dans celui-liuBeaucoup de ses collègues sont sans doute animés de cet esprit pacificateur ; mais peut-être le zèle charitable de ce magistrat est-il mieux secondé qu’il ne le serait ailleurs par l’humeur ami-normande de la plupart de ses usticiables. Cette circonstance admise, il- lui resterait toujours Phonneur de savoir entretenir leurs bonnes dispositions, et chasserainsi loineux la discorde. On rend un double service aux hommes en les conciliant: les procès n’entament pas seulementleur fortune,ils rompent leur union en les ai grissant les uns contre les autres. A.‘ ‘I’.

TURENNE A soLuE-Ln-ÇIIATEAU.» Lors que Louis XLll , ou po ur mieux dire Richelieu, envoya, en 1657 , le cardinal de la Valette, avec 18,000 hommes, pourprendre La Capelle, Landrecies et le Câteau , sur les troupes Æun, autre cardinal , in

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