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Le lendemain de l'exécution, les llabitans de‘ toutes-conditions se rendirent de grand matin sous-l'échafaud , pour ramasser le sable ensanglanté qui fut vendu au poids rlel’or et renfermé dans des reliquaires ; on en porta dans tout le pays , jusqu'en Hollande , tant l'intérêt qu'avaient excité la contenance et la noble résignation {PAnneessens , était devenu puissant et général. Il fut pleuré plus amèrement par ses compatriotes , que ne le furent les comtes d’Egmond et de Horn du tems du sanguinaire duc d’Albe.Ceux-ci n'étaientà leurs yeux que des courtisans malheureux. Anneessens était ‘né dans les rangs du peuple; il partageait ses griefs , ses sentimens, ses préjugés : le coup qui le frappa retentitau fond du cœur de tous ses égaux. Sa fin tragique , la connaissance parfaite qu'il possédait des privilèges du Brabant, son’ patriotisme , une certaine éloquence naturelle dont il était doué , le firent souvent comparer à Cicéron par ses admirateurs , et sa profonde piété le fit regarder comme un saint par la multitude. Encore aujourd'hui sa mémoire est en vénération chezles anciennes familles

bruxelloises , dont plusieurs ont conservé des parcelles de son sang ou de ses vètemens. Il n’y a pas trente ans que les paysans chautaientla complainte où se trouvent rapportées les circonstances de la mort de cet infortuné martyr çle la liberté; et les républicains français pour honorersa mémoire, changèrentle nom de la rue d'Arenberg en celui d'An_neessens. P. F. Vnnuunsr.

MORT DE VÉSALE. _ L fameux médecin Vésale , né à Bruxelles en 1514 d’une famille connue dans les fastes’ de la médecine et dont les membres furent attachés aux personnes de Marie de Bourgogne et de Marguerite d"Autriche , fit faire à l'anatomie un pas immense par la dissection. des corps qu’il mit en usage: avant lui la dissection d'une créature fizite à l'image de Dieu , passait pour une impiété digne du dernier supplice; on se contentait d'anatomiser les singes, les porcs et antres animaux réputés semblables à Phomme par l'organisation; Vésale , médecin de Charles-Quint et ensuite de Philippe II eut le pou_ voir de mettre les dissections en vo gue et dèslors l’art médicinal marcha dans la voie des progrès. Qui le croirait! ce qui devait faire la gloire du docteur Bruxellois, fit son malheur et fut cause de sa mort. L'illustre docteur eut pour ennemis acharnés cette tourbe d'ignorans bigots , apôtres de l'erreur et du mensonge , qui de tout tems firent une guerre , tantôt; sourde et tantôt déclarée , aux

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scrutateurs ardeus de la nature et de la vérité ; Vésale résîstait depuis longtems à leurs coups , ils Patteignirent enfin. Un jour un‘ gentilhomme espagnol rendit entre ses mains le dernier soupir , au moins à ce qu'il crut; il demanda et obtint la permission de faire l'ouverture de son corps ; mais voila qu'en enfonçant l'instrument tranchant dans la’ poitrine du malheureux , il s'aperçoit que son cœur palpite encore ! La famille du dé; funt , instruite de cet événement poursuit le médecin comme meurtrier et ses ennemis voyant le mo-imentfavorableledénoncèrentcomme sacrilège au tribunal de l'inquisition. Le crime était notoire ; les juges de ce tribunal , heureux de tenir en leur main une telle victime, n'hésitèrent pas à le dévouer au dernier des supplices par une condamnation infâmante. ll fallut toute l'autorité et les supplications de Philippe Il pour arracher son médecinà une mort certaine ; on eommua sa peine , sous la condition qu'il expierait son crime par un voyage à la Terre Sainte.Ce n'était que reculer sa mort de peu de jours. Vésale sfiacliemina donc vers Jérusalem et ëembarqua avec Malatesta , général des troupes de Vénise. Il devait à sou retour venir

rendre à l'université de Padoue , Fa chaire de son disciple Fallope , à laquelle le sénat de Venise l'avait appelé. Ballotté par des fortunes diverses durant son fatal voyage , il ne put atteindre ce port; après s'être purgé de sa faute dans la cité sainte , le docteur Vésale lutjeté parla tempête sur les côtes de l'île

de Zante où il maumt de faim le x5 octobre 1564 Les savans reçu‘ rent avec douleur la nouvelle de cette perte immense , les inquisiteurs y virent un jugement de’ Dieui... A. D.

LE BARON BEYTS , qui était né en Belgique est mort tout ré-' cemment à l'âge de 70 ans. Le ba-fi ron Beyts avait visité en tous les sens Pltalie et l'Allemagne ; son instruction était si variée et en même tems si étendue , que Napoléon avait doutume de l'appeler une bi-' bliotlzèque vivante Les mathématiques et les langues anciennes étaient l'étude favorite du baron’ Beyts. Il était doué d'une mémoire extraordinaire , car jusqu'à un Âge très avancé il fut enrétat de récif ter mot à mot toutes les tragédies de Sophocle et d’Euripide. Le ba- ron Beyts cdnnaissaitet parlaitqua tre langues anciennes etsix langues modernes, et sa mémoire était si fidèle et si parfaite, qu’il pouvait citer sans commettre la moindre erreur , les dates de tous les traités de paix et les lieux où ils avaient été conclus , depuis Yannée 155°’ jusqu'à nos jours. ‘

Le baron Beyts jouissait de l’es-' time‘ universelle ,» et il est sincère-f ment regretté, comme le patron zélé de la jeunesse studieuse. Il a laissé un grand nombre de manus crits , mais on regrette que la plu part soient inachevés. Le baron’ Beyts est le membre des cinq cents qui s’élam_:a à la tribun’? lorsque’ Bomlparte entra dans le conseil à la tète de ses satellites, et fit la proposition de le mettre hors de la loi

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Il n'avait que 2a anslorsque son père mourut , et à 25 il était a la tête d’une des plus fortes maisons de commerce de Dunkerque. Actif, laborieux , grand dans les affaires , il acquit cette réputation qui donne la prospérité. Son nom , répété alors sur toutes les places importantes de France et de l'étranger, était écouté avec considération ,- sa promesse était une garantie, sa parole un contraLUn beau physique, une politesse exquise , des manières nobles i une facilité naturelle à exprimer sa pensée, une bravoure à toute épreuve , lui attiraient également la bienveillance des dames , l'estime des gens de bien , l'amitié de ses égaux et le respect de ses inférieurs.

Doué d'une âme ardente , ses concitoyens, qu'il aimait comme des frères , le désignèrent à l'unanimité pour organiser, en 1789, le coips de la garde nationale, et l'autorité l'en nomma colonel. Il exerça ces fonctions à la satisfaction de tous , en sachant concilier les intérêts du service et ceux des particuliers.

Le 34 juin 1791 , les ofliciers du régiment Colonel-Général en garnison à Dunkerqne, apprenant la fuite du Roi, passèrent furtivement de nuit en Belgique , emportant avec eux la caisse et les drapeaux. Cet événement occasionne une vio

lente insurrection parmi les sous-oificiers et soldats de ce corps ; dan s‘ leur désespoir , ils voulaient massacrer Yaumônier et un lieutenant,

qui rie les avaient cependant pas" abandonnés. lVLÉmmery , instruitde cette fermentation , se rend seulÏ à la caserne, appaise l'effervescence

par son sang froid et sa présence d'esprit, fait prendre les armes à cette troupe de furieux , se fait obéir comme le ferait un chef craint ou révéré, harangue le ré

giment, rappelle les devoirs aux» soldats, les touche par les mots de’ patrie et d'honneur, mots si- puis

sa-ns sur le cœur des Français, lesconsole en- leur remettant, en échange de celui qu'ils ont perdu ,

le drapeau de la garde nationale de‘ Dunkerque , et les fait passer ainsi‘ successivement du délire de l'indiscipliue , par le calme et l'obéis

sance, à l'enthousiasme de la re-f connaissance.

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gie : sans cette énergie, Dunkurque, privé de snbsistances , n’eut pu soutenir quelques jours après le glorieux siège , dont chaque année , nous célébrons Panniversaire avec orgueil.

Ce fut le 25 août 1793 que le duc d'Yorck , à la tête d’une armée formidable composée dfllnglais et d’Autrichiens , obligea un corps de troupes françaises , retranché aux environs de Dunkerque , de se jeter dans cette place qui n’avait pour défense que le courage de ses habitans, ses remparts ruinés et dégarnis, ne pouvant offrir qu’une faible résistance à Yennemi.

Certain du succès , le duc fit une sommation impérieuse, et ne reçut de la part du commandant d'armes et du maire interpellés individuellement , qu'une réponse uniforme, celle de ne se soumettre -à aucune condition.

Le siégé duifa dix-sept jours , pendant lesquels la garnisûït, au nombre de trois mille hommes, aurait succombé malgré ses glo«rieux efforts , sans l’appui de quatre mille hommes de garde nationale qui s’illustrèrent par un zéle , une activité et une bravoure dont l'éloge n’est plus à faire. Pendant le siége , M. Emmery fit des avances de ses propres deniers aux fournisseurs , établit à ‘ses frais un hôpital supplémentaire pour les blessés. La charité des habitans le seconda dans cette louable entreprise, et chaque jour il visitait les malades qui, grâce à sa prévoyance, ueurpanquèrent de rien,

Le gùuïral Ferrand, qui commandait alors, plein de confiance en M Emmery , lui laissa par acte authentique la police de la place , quoiqu'elle fût en état de siégé.

Le 5 décembre 1794, jaloux de sa réputation, quelques ennemis essayèrent de le perdre. Un jacohin forcéné le dénonce au tribunal révolutionnaire. Pendant se captivité , fort de S8 conscience , il attendait avec résignation le sort qu’il supposait lui être réservé, lorsqu’il fut heureusement rendu à la liberté. Le '50 mai 1795, ce même jacobin , assailli par une multitudf? immense, et sur le point d’ètre massacré, ne dut son salut qu’à M. Emrnery , qui le sauva de la fureur du. peuple.

Le Sjuillet 17g5,nommé de nouveau commandant de la garde nationale , il apaisa une sédition fomentée sous prétexte de grains qu’on trouva enfouis. Ces grains , reconnus gâtés , n’avaient été enterrés que par mesure de salubrité. Les municipaux, accueillis à coups de pierres , s’enfuirent. Uun (Yeux, réfugié dans un corps-de-garde , n’espérait plus rien de la protection des soldats du poste, qu’on menaçait et maltraitait également, lorsque M. Emmery, à la tête de deux compagnies de grenadiers , disperse le rassemblement , sans être obligé d'employer la force ,_fit entendre raison au peuple toujours confiant dans les paroles d’unhomme qu’il aimait et respectait, et qu’il aida même à faire arrêterles provocateurs de le sédition.

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Le 15 août 1801, il est réélu maire de la ville de Dunkerque, et le sa avril 18m , nommé membre du conseil-général du commerce près du ministre de l'intérieur.

Le 15 août 1805, il profita de l'arrivée du premier consul à Dnnkerque, pour solliciter et obtenir la translation en cette ville de la sous-préfecture dont le siége était précédemment établi à Bergues.

Le 26 novembre 1805, au camp de Boulogne , en présence de l'armée, il est le premier maire de France décoré de l'ordre de la Légion d’Honneur; et, en 1604, il obtient à Dunkerque la translation du tribunal de première ins

tance dont le siège étais ‘établi précédemment à Bergues.

Le 27 septembre 1806, élu membre du corps législatif, il en fut nommé l'un des vice-présidens le a février 1810.

Le 9 juillet 1811 , M. Emrnery, en qualité de membre de la commission de l'intérieur , présente un rapport qui a pour objet l'établissement à Cherbourg d'une souspréfecture et d'un tribunal de première instance, soutient la discussion, et obtient à cette ville ces deux administrations. Le maire de Cherbourg, au nom de ses concitoyens , s'empressa d'écrire une lettre de remerciemens des plus honorables au député qui avait si bien défendu leurs intérêts.

Le 17 mars 1811 , le conseil de la fabrique‘ paroissiale de SL-Eloi le nomma son président.

Ici se termine la carrière politique et administrative de M. Emmery. Dans toutes les fonctions qu'il a exercées, l'amour du bien , le desir désintéressé d'être utile aux Dunkerquois , la prospérité de Dunkerque, ont toujours occupé sa pensée toute entière. Il a tra_ versé les orages révolutionnaires sans avoir à craindre que la moindre tache vienne ternir sa mémoire. Lorsqu'il était maire, un émigré condamné à mort, sur sa seule réputation, se réfugie chez lui de préférence; M. Emmery Paccueillit avec intérêt, et, sans s'inquiéter de ce qui pouvait en résulter , lui facilita les moyens de passer à l'étranger , en lui donnant

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