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enfin si frais, si riches en accidens de lumière et de terrain , c'est un magnifique spectacle que celui qu'offre ce mont couronné d'une petite ville qui , d'en bas , semble être un château fort. A cette vue l'imagination du voyageur se reporte bien loin en arrière : là César avait un camp(Castellum, d'où vient au mont son nom Cassel) , là furent livrées trois fameuses batailles par trois Philippe de France: il pense aux tems de la féodalité, si barbares mais si poétiques; il s'a ttend à trouver là haut quelque noire habitation d'architecture fantastique, avec son clocher aux mille flèches , et ses tours crénelées où gémit la belle châtelaine aux bras d'un vieux baron bardé de fer , et plus roi dans ses hautes murailles que le roi lui-même dans son hôtel royal des Tournelles. Mais en approchant du sommet le rêve s'évanouit; les objets, dégagés de vapeurs et des illusions d'optique , paraissent ce qu'ils sont. On distingue la tour de l'église et les toîts des maisons couvertes de tuiles noires et d'ardoises qui frappées par les rayons du soleil, brillent com

me des plaques d’acier poli et dé

tachent avec force sur la teinte grise et sombre du ciel du nord.

Cette masse blanche que l’on aperçoit avant la ville c'est la somptueuse maison de campagne du général Vandamme. Elle est ouverte aux étrangers qui veulent la visiter , et peu s'en font faute , car elle mérite de l’être. Au milieu de ces parcsimmensesoüabondelegibier, de ces vastes étangs , de ces fon taines , de ces labyrintes sombres ,

silencieux et peuplés de statues , on secroittransporlé dans unEden dont on voit parfois les dieux se dérober , par une allée secrète {aux regards et aux eivilités des visiteurs Tout y est luxe et magnificence, jusques dans les écuries qui,très spacieuses, sont bâties et pavées de marbre blanc. C'est une habitation qui n'est pasinférieure à celle de Saint-Cloud

Sur le flanc de la montagne se‘ trouve le cimetière dont on voit de loin les croix blanches détacher sur le fond verdâtre des ifs et des haies vives qui l'entourent. Le soleil, descendant à l’horison comme derrière un rideau de pourpre et d'or, colore de ses derniers f eux les urnes de quelques colonnes funéraires: admirable rapprochement entre un riche de la terre qui‘ s’est éteint, et un beaujour qui meurtl! . . .

Là , comme partout, le pauvre de la grande route vit avec les parcelles tombées de la bourse du voyageur , et fait tourner à son profit, la beauté de son pays. Il s’intitule votre cicerone : - u Monsieur a-t-il été au moulin ‘f n C'est là qu'il faut aller pour bien voir le pays» . . . . et il vous y conduitpar un petit sentier escarpé et presqu’à pic». En effet de ce moulin qui est assis sur le plateau le plus élevé de la montagne , le tableau est inagnifique et vaste autant que la vue peut s'étendre. Quand l'atmosphère est pur , on compte aisément trente-deux clochers tant de villes que de villages , dont les croix , élancées au dessus des massifs de

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Là haut, commeïairestviviîiant et pur‘! que la respiration est-don»ce et facile‘. commele champ s'ouvre vaste et bñllantà l'imagination de l'homme qui admire‘. Que de poésie et d'enchantement pour le canevas du poète‘. Que de fraîcheur et de coloris pour la toile du peintre! Artistes, qui allez bien loin chercher des imaginations et des modèles, qui, le sac au "dos ‘et le bâton à la main , gravissez , par caravanes, l'es Alpes et descendez en Italie à la conquête des arts, allez aussi visiiter le Mont Casse]. Nous avons toute la Suisse et toute Yltalie dans nos album el nos galeries: allez en F landreÂÏous nous

en rapporterez des ciels nuageux , grisâtres , larges , hardis , des plaines immenses à perte de vue , sans accidens de ‘terrain , il est vrai , mais riches ‘en accidens de lumiére g des fermes bien vivantes , bien animées; de beaux pâturages aux longues herbes couchées par le vent , Ïémaillésde ‘fleurs et couverts de bestiaux; des tableaux ‘enfin "à la façon de ceux des grands paysagistes hollandais.

Je ne sais si parmi mes lecteurs, il s'en trouvera qui , ayant vu ce pays ,"m’accuseront d’en avoirvoulu donner une idée plus haute que celle qu’il mérite ; s’il s'en trouve, c'est que ceux-là l'ont vu "rapideme'n't , à moitié endormis , ‘étroitement enfoncés et cahotés dans un coin de diligence. Pour moi, l'aime; parceque Ïe l‘ai vu autrement, à mon aise; parce que j'y ai eu quelques beaux jours , de ceux que l’on n’ou'lilie pas : ils sont trop rares dans la vie. J'ai souvent passé plusieurs heures, assisà la même place , au bord du chemin qui, du ‘pied de la montagne monte en spirale jusqu’à son sommet. La je sentais mon âme {élargir à ‘la sublimité du tableau déroulé sous mes yeux. Je ‘rêvais , Pimagiuation mollement bercée parles chants (le la fauvette et du pingon , par le frôlement mélancolique "des feuilles sèches que la brise (Yautomne roulait à mes pieds. le rêvais la vie dans la solitude Je bonheur aux champs: le ciell! . . . ». et souventla plaine était entièrement effacée dans la vapeur du soir, quand les bélemens prolongés d’un ‘troupeau et les pas

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LE GÉNÉRAL. DAUTEN COURT. - Les journaux viennent xfannoncevla mort de l’un de» nos vétérans de laigloirenationalezile général baron Dautencourt , commandant les dépamernens de la Nièvre et de l’Allier , est décédé à» Nevers àlâge de-ôa ans_

i Qu’il soit permis à son plus ancien ami de l'aire connaître les ver» tus publiques et privées , les talons et les nombreux services (le ce braf ve guerrier qui lit toutes les cam-.pagnes de la révolution: né à" Vervins, il fit en 1791 partie de l’un des bataillons de volontaires de YAisne qui volérent, comme toute notre belle jeunesse française, au secours des frontières menacées ; après la conquête de laBelgique , il fut attaché au général Fririon , auquel on dût cette belle gendarmerie qui fut crée,_co,xmne par enchantement , dans ces magnifiques contrées : lieutenant Bruxelles , il suivit son général itlayencc ,

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ou il fut hientótnommé capitaine en récompense de ses travaux.

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Cependant Porganisation du se’ régiment de lanciers polonais , qui fut sont ouvrage, le fit entrer dans la garde impériale: il fut nommé major, puis maréchal-decamp , et il n’a pas quitté ce corps jusqu’à nos malheurs de 1814.

Le général Dautencourt marchait sur. la ligue des généraux Boursier , Defrance , Cavtagnac , Laferière et tant dfautres auxquels la cavalerie française a été redevaf ble de sa supérioiité dans les combats , et il a fait sur cette arme des travaux qui n e seront sûrement pas perdus: j’aiaussi travaillé avec lui sur la campagne de Russie , et il n réiuti’: avec succès les assertions mensongères qui se trouvent dans les mimoires de Labaume.

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Mis à la retraite en 1815 , com_me de raison, il a été rendu à l'activité par nos grandes journées de juillet, et cet intrépide général qui avait bravé la mortpendant 25 ans l'a trouvé dans un poste paisible , où ses occupations étaient pourtant multipliées d'après sa correspondance avec moi; je crois même que c'est l'excès dutravail qui a liâté sa fin z après tant de fatigues, nos jours (‘Pexistenee se précipitent rapidement les uns surlles autres , et à chaque instant la parque décime nos illustrations militaires.

Toutefois que son intéressante veuve à laquelle mes lettres au crayon , datées des champs de batailles , ont fait souvent tant de bien , que cetlebonne mère trouve Î dans mes douloureux souvenirs , quelques adoucissemens à ses peines! C'était un hymen formé par Napoléon , r-t il ne pouvait pas En oiÏril‘ un de plus conforme aux goûts, aux sentimens , et h la belle éducation de l’une des premières élèves d’Ecoueu: aussi quel heureux ménage! quels aimables enfans Sont issusde ce mariage tout à la fois de convenance et d’inclmalion! et que de fois j’ai pris part à cette félicité! !. . . . . . . et tout est fini l l. . . . . .

Adieu , adieu, mon cher Dautencourt; cette journée a vu coular les larmes de ton plus ancien ami!

Dunkerque, iojanvier 1852,

Avnuenois-Pnrirmonr,

PIERRE-LE-GRAND A BRUXELLES. - Le 16 avril 1717, le czar Pierre le‘ se trouvait à Bruxelles; il étaitsur le bord du bassin du parc , et y vuidait une bouteille dIun vin généreux qu’il y avait fait rafrâichir. On sait que Pantagoniste de Charles XlI buvaitaussi vaillamment que levainqueur de Darius. Aussi se trouvant sur une terre où les liba tions à Bacclius son t fréquentes , il se laissa aller à faire à ce Dieu de trop nombreux sacrifices, et alors succédèrent aux hautes Conceptions du puissant législateur , des idées folles dujoyeux convive. Entrïtutres choses déraisonnables , Pierre s'avisa de vouloir franchir en sautant le bassin au bord duquel il se trouvait. Les rois en sens frais n'aiment: pas à être contrarié , c’est bien pis quand une fois ils ont bu. Force fut donc de laisser faire cette folie au monarque. Qr, il arriva ce qu’on avait prévu,- rendu pesant par l'ivresse , Pierre-le-Grand s’étendit toutde son long dans le bassin et on nel’en retira que bien immergé, mais dégrisé, Ce petit bain dont YAuiocrate fut très honteux dans le premier moment fait bien moins de tort à sa mémoire que la condamnation à mort de son fils et Pexécution des Stréliz de sa propre main!

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Le samedi 9 , sur les dix heures du matin , il fut saisi de douleurs violentes à la région inférieure du ventre , et malgré tous les secours qui lui fuient prodigués il succomba le 10 à 5 heures après midi L'autopsie qui fut faite , donna la preuve que sa mort, était un ancien ulcère à Festomac qui avait occasionné une ouverture par 0i1 les alimens et les liquides se sont tout-à-coup épanchés dans la cavité thoracique. Autant la joie des habitans avait été grande deux jours avant, autant la douleur fut profonde après ce fatal événement.

Le t2 , à six heures du soir les restes mortels du général furent transportés au champ du repos , accompagnés du clergé , de la gal‘de nationale, de la garnison, de la population entière de la ville et des environs; les honneurs funèbres lui furent rendus, et divers discours furent prononcés sur la tombe de cet estimable citoyen.

Voici celui de M. de Fée/Tan , commandantdu génie à Hesdin.

Messieurs ,

a Ifarme du génie partage vos

regrets; vous pleurez le plus illustre de vos concitoyens , nous perdons l’un de nos plus braves géné

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u Dans ce jour de deuil, comment ètre Yiuterprête de mes camarades; comment énumérer une carrière aussi bien remplie ‘I Il faudrait dérouler toutes nos annales! Vous y verriez le nom du général Garbé s'associer à tous les hautsfaits qui ont illustré nos armes dans toutes les parties de PEurope, et sur le continent de la première civilisation oii le grand Capitaine disait à ses soldats: Du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemple/z: !

u Né dans vos murs, c’est en jouant sur les remparts de votre cité , que le jeune Garhé comprit le génie de Vauhan , et le premier coup de canon , annonçant l’invasion de la frontière du Nord, fut pour lui le signal d’une nouvelle destinée: enflammé de courage; le sac sur le dos , il sut grossir ces nobles phalanges qui devaient al‘franchir la patrie du joug de l'é

tranger.

Lorsqtfassaillis parYEurope entière , nos places fortes furent menacées , les émules de Vauban ouvrirent leurs rangs et lejeune Garbé vint puiser à l'école du génie , les talens qui devaient un jour l'élever au plus haut grade de son. arme.

a Faire passer rapidement devant vous ses titres à des avancecemens gagnés sur les champs de‘ bataille , c'est vous rappeler ce que vous savez tous.

«Comme lieutenant du génie,

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