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On a arrêté ici un écuyer de M. le Duc de Monmouth ; le Roy d'Angleterre m'a dit qu'il ne s'étoit trouvé chargé de rien, et qu'il ne s'étoit pas caché, qu'ainsi on l'avoit élargi, en donnant caution de se représenter.

Le Duc de Nordfolk a l'ordre de la jarretiere ; c'est la place qui a vaqué par la mort du feu Roy d'Angleterre. Milord Churchil sera Milord d'Angleterre: il l'étoit seulement d'Ecosse. M. Germain sera aussi fait Milord, et le Colonel Talbot sera Comte d'Irlande dès qu'il y sera arrivé. Tout cela sera fait avant l'assemblée du Parlement.

Je suis avec le profond respect que je dois, &c.

M. de Barillon au Roy.

17 May, 1685, à Londres. Je vois

par

la dernière dépêche de V. M. que sa résolution est de secourir le Roy d'Angleterre dans ses besoins ; c'est dans cette vuë que V. M. envoye ici des sommes considérables. Cependant il me paroît que V. M. n'est pas sans soupçon que le Roy d'Angleterre ne puisse prendre des mesures opposées à ses intérêts, et former des liaisons avec les Etats Généraux et avec le Prince d'Orange. Ma principale application doit être à tâcher de le pénétrer, et je n'omettrai rien de ce qui peut m'éclaircir de ce qui se passe de plus secret ici. Le commerce intime que j'ai avec le Roy d'Angleterre et avec ses ministres me met en tel état, que ce sera ma faute si je suis trompé.

V. M. peut tenir pour assuré que le Roy d'Angleterre n'a point un plan de liaison avec les Etats Généraux, et encore moins avec le Prince d'Orange. Je ne prends pas cette confiance mal-à-propos, mais sur beaucoup de choses qu'il me seroit difficile d'expliquer à V. M. aussi clairement que je les vois. Il faut convenir, cependant, que le Roy d'Angleterre dissimule ; et il lui est important de le faire jusques après la séance du Parlement; mais je suis convaincu qu'il lèvera le masque aussitôt après, et qu'il ne se contraindra pas, comme il l'a fait jusqu'à présent, à cacher sa pente pour les intérêts de V. M., et le dessein qu'il a d'établir l'exercice libre de la religion Catholique. Je suis persuadé qu'il trouvera beaucoup de difficultés dans l'exé.

cution de ce dessein : il n'y a aucune apparence que le Parlement y consente: je doute même que sa Majesté Britannique l'ôse proposer. Cela dépendra des premières résolutions qui se prendront sur les revenus. Mais par avance je sais que la défiance est fort grande dans les esprits de part et d'autre, et que si le Parlement apporte de la facilité à la concession des revenus, il ne se relâchera point sur ce qui regarde la religion Catho. lique. C'est ce qui m'a fait insister jusques à-présent auprès de V. M. pour

la supplier de ne point ordonner de suspendre les payements auxquels on s'attend ici. Je trouverois même beaucoup d'inconvénient à déclarer au Roy d'Angleterre et à ses ministres, qu'après l'ancien subside payé V. M. ne lui fournira plus rien, à moins qu'il ne se trouve obligé de forcer ses sujets à se conformer à ce qu'il désire, tant à l'égard de ses revenus que du libre exercice de la religion Catholique. Je vois

que V. M. regarde comme un inconvénient que le Roy d'Angleterre puisse mettre dans son épargne, et augmenter ses fonds d'une somme considérable que V. M. fourniroit dans le temps, qui le mettra en état de subsister commodément; et que son autorité étant établie au-dedans, et ayant obtenu ce qu'il souhaite à l'égard de la religion Catholique, il sera en état de prendre parti sur les alliances qu'il peut faire au-dehors. Si cela étoit ainsi, je croirois que V. M. auroit intérêt de prévenir ce Prince par une gratification, et l'engager insensiblement dans vos intérêts par une somme bien moins considérable que ne seroit celle que V. M. donneroit, si une fois il avoit pris la résolution de se joindre à ceux qui sont jaloux de votre grandeur. Mais les affaires de ce pays-ci sont fort éloignées d'un état si tranquille. V. M. verra que dans la suite le Roy d'Angleterre trouvera des oppositions beaucoup plus grandes qu'on ne le croit. Il y a déjà des mouvements parmi les Montagnards d'Ecosse ; le Nord de l'Irlande n'est pas tranquille ; les factieux n'ont pas perdu toute espérance, et votre Majesté sait que l'on a pris des mesures en Hollande pour leur en. voyer des armes et des munitions.

Si dans le temps que tout est en mouvement, et que l'on fera les plus grands efforts pour détacher le Roy d'Angleterre de l'amitié de votre Majesté, je lui déclarerois, et à ses Ministres, que V. M. ne veut plus le secourir, je fournirois un prétexte fort plausible à ceux qui lui veulent

faire prendre un chemin opposé à celui qu'il a résolu de tenir. Je doute encore qu'ils en vinssent a bout; mais c'est un péril auquel il n'est pas, ce me semble, nécessaire d'exposer les affaires de ce pays-ci, qui peuvent (si je ne me trompe,) être conduites avec une entière sûreté, sans que V. M. hazarde beaucoup. Je vois ce qui se passe; il sera mal-aisé de me le cacher ; ainsi je ne donnerai pas mal-à-propos ce que j'aurai pouvoir de donner. J'ose encore supplier V. M. de me permettre (après l'ancien subside payé) de fournir au Roy d'Angleterre, pendant l'assemblée du Parlement, jusques à la somme de deux cent mille écus sur celle de quinze cent trente mille livres qui me restera entre les mains, après que votre Majesté y aura envoyé toute la somme qu'elle a résolu. Je ménagerai cette somme de deux cents mille écus en telle sorte que V. M. connoîtra par la suite qu'elle lui aura été utile.

V. M. me permet par sa dernière dépêche, de donner toute la somme que je pourrai avoir entre les mains, si je vois le Parlement cassé, et que le Roy d'Angleterre soit réduit à contraindre ses sujets par la force à se soumettre. Il n'est pas apparent que les affaires viennent tout d'un

coup à une rupture ouverte, et j'aurai toujours assez de temps pour informer V. M. et recevoir ses ordres, pourvu que je puisse cependant fournir quelque somme. Enfin, Sire, les affaires sont ici, selon ce que j'en puis juger, en fort bon état à l'égard de V.M.; mais je n'en répondrois pas, si V. M. m'ôtoit la liberté de faire aucune sorte de payement, après l'ancien subside payé. Il me suffit d'avoir connu ses intentions pour

n'aller

pas trop loin, quand j'en aurai la permission. Le Roi d'Angleterre se croit en quelque façon juge lui-même de ses besoins ; si V. M. veut l'obliger entièrement, et lui témoigner une véritable amitié, elle s'en rapportera à lui. Si je jetois dans son esprit une défiance quoique mal-fondée, j'aurois de la peine à le faire revenir, au lieu que présentement j'ai établi une confiance que rien ne detruira pourvu que V. M. me permette de faire ce que je croirai entièrement nécessaire pour son service. Je ne serois pas assez imprudent pour presser V. M. de faire une chose à laquelle il me paroît qu'elle a de la répugnance, si je n'en connoissois l'importance et l'utilité) la nécessité. Je ne voudrois pas non plus perdre auprès de V. M. le peu de service que je puis lui avoir rendu en ce pays ci, en lui conseillant de

faire une chose qui pourroit dans la suite être nuisible, ou du moins inutile à ses intérêts. Mais je manquerois à mon devoir, et à la fidelité que je dois à V. M., si je ne lui représentois, comme je fais, qu'il est absolument · nécessaire de me laisser la liberté de donner des marques de votre amitié au Roy d'Angleterre, dans le temps que l'on prendra le plus de soin de l'ébranler.

La conjoncture présente est décisive: il est question que le Roy d'An. gleterre prenne un parti qu'il soutiendra longtemps. Je crois voir que ce parti est pris dans son esprit, et qu'il est déterminé à se tenir étroilement uni avec V. M.; il est seulement nécessaire de le maintenir dans cette résolution, et de l'empêcher de donner dans les piéges qui lui seront tendus.

Les lettres que je reçus avant hier de M. d'Avaux me confirment dans l'opinion que les lettres des Ambassadeurs d'Hollande au Pensionnaire Fagel, dont on a eu des copies, sont fausses et supposées. Il y a beaucoup d'apparence que c'est un artifice inventé pour faire croire en Hollande et ailleurs

que le Roi d'Angleterre est entièrement disposé à former une nouvelle et plus étroite liaison avec les Etats Généraux, et qu'il y a déjà une parfaite intelligence rétablie entre sa Majesté Britannique et le Prince d'Orangé. Je suis persuadé que l'un ni l'autre n'est véritable. La jalousie du Roy d'Angleterre contre M. le Prince d'Orange est trop bien fondée, et trop naturelle, pour être aisément détruite: je ne vois pas non plus qu'il y ait apparence que les intérêts de l'Angleterre et des Etats Généraux se puissent aisément concilier sur le point du commerce, puisqu'au contraire c'est un fondeinent de division dans l'intérêt le plus solide des deux nations.

L'affaire seule de Bantam peut empêcher encore longtemps qu'il n'y ait une liaison entre sa Majesté Britannique et les Etats Généraux: leurs députés, et ceux de la Compagnie des Indes d'Amsterdam sont arrivés. On va entrer en conférence avec eux. Cependant, je vois encore bien des gens persuadés, que cette affaire ne s'accommodera pas. J'ai su par un des principaux intéressés dans la Compagnie des Indes que le Roi d'Angleterre est fort résolu de soutenir leur commerce, et de traverser celui des Hollandois. Cette même personne m'a dit que sa Majesté Britannique a envoyé depuis peu un homme exprès, chargé d'une lettre au Roy de Perse,

.

pour l'exhorter à ne se point accorder avec les Hollandois au préjudice des autres nations, et lui offrir même du secours, en cas que la guerre que les Hollandois lui font continue.

Je suis avec le profond respect que je dois, &c.

M. de Barillon au Roi.

21 Mai, 1685, à Londres. ON

n reçut hier ici des lettres de la Haye, qui portent que trois vaisseaux chargés d'armes et de munitions de guerre avoient fait voile ou pour l'Ecosse, ou pour le Nord d'Irlande. Le Roi d'Angleterre m'en a parlé, et m'a dit qu'il voyoit bien le peu de soin que M. le Prince d'Orange avoit pris de mettre ordre à une chose si importante, et que s'il avoit pris les mesures nécessaires pour cela, il en auroit été averti le premier, auroit arrêté les vaisseaux, et lui en auroit donné avis ; qu'au lieu de cela, on avoit différé plusieurs jours à la Haye de rien faire sur les remontrances du Sieur Skelton, et qu'on l'avoit obligé de donner un mémoire ; que cependant il auroit été facile d'arrêter les vaisseaux, si on en avoit eu l'intention ; que cette lenteur marque peu d'application et de chaleur de la part des Etats Généraux et de M. le Prince d'Orange, et ne répond pas aux belles paroles qu'on lui dit tous les jours de leur part; que son dessein n'étoit point d'en faire des plaintes dans les formes, mais qu'il connoissoit bien qui sont ceux qui sont véritablement dans ses intérêts, et dont il attend des marques d'amitié sincères ; que cependant, il n'est point embarrassé ni inquiet de ce qui arrivera de ces vaisseaux ; qu'il a donné des ordres nécessaires pour prévenir les mouvements que les factieux pourroient exciter en Ecosse ou en Irlande ; qu'il a envoyé des frégates sur les côtes, et que dans le fonds il croit n'avoir rien à craindre, étant assuré de l'amitié de votre Majesté.

Je répondis à sa Majesté Britannique tout ce que je crus devoir augmenter son soupçon de la conduite de M. le Prince d'Orange, et l'assurer de l'amitié de V. M. Il convint de ce que je lui dis, et me fit entendre qu'il ne çroyoit pas encore devoir se déclarer sur cela ouvertement, mais qu'il

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