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ne pouvoit assez admirer la prévoyance de votre Majesté, et le soin de lui donner si promptement une marque si essentielle de son amitié ; que votre Majesté n'y seroit point trompée; et qu'il se souviendroit de ce qu'elle faisoit pour

lui affermir la couronne sur sa tête. Dès que je fus sorti, il s'enferma avec Milord Rochester, Milord Sunderland, et Milord Godolfin, et leur conta ce que je lui avois dit de la part de votre Majesté, en des termes qui ajoutent encore à ceux dont il s'étoit servi avec moi. Ils vinrent l'un après l'autre me dire à l'oreille que j'avois donné la vie au Roi leur maître, et que quoiqu'il se tint assuré de l'amitié de votre Majesté, cette dernière preuve, donnée si à-propos, l'obligeoit au-delà tout de ce qu'on pouvoit croire.

Je m'attendois bien, que ce que votre Majesté a fait, produiroit un bon effet, mais je ne croiois pas en recevoir tant de témoignages de reconnoissance, et je vois par là, que peutêtre avoit-on voulu inspirer au Roi d'Angleterre quelque crainte que votre Majesté ne feroit pas de grands efforts

pour

le soutenir. Je dis pourtant cela de moi-même, car j'ai vu dans tous le discours de sa Majesté Britannique une grande confiance en l'amitié de votre Majesté.

Je dois lui rendre compte de ce qui s'étoit passé la veille ; j'eus une conférence avec les trois ministres. Milord Rochester, comme président du conseil, m'expliqua en peu de mots ce qu'ils avoient en charge du Roi leur maître de me dire, qui se terminoit à représenter à votre Majesté le besoin de ses affaires, et combien il lui importoit d'être secouru dans le commencement de son règne.

Milord Rochester entra ensuite dans la discussion du traité fait avec le feu Roi d'Angleterre; nous convînmes de tout, même de ce qui restoit pour le parfait payement de trois années de subside echües. Milord Rochester dit qu'il y avoit eu toujours entre lui et moi un différend sur ce compte, en ce qu'il s'étoit attendu, et avoit cru, que votre Majesté donneroit deux millions par an, pendant trois ans ; qu'il étoit vrai que j'avois dit de mon côté, que je n'avois jamais eu pouvoir de promettre que quinze cent mille livres pour chacune des deux derniers années; que cette difficulté n'avoit pas été terminée; et que l'on n'avoit pas même parlé de la quatrième année, qui est presqu'echüe, parcequ'on ne prévoyoit pas que votre Ma

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jesté eut voulu discontinuer un subside au feu Roy d'Angleterre, dont la conduite en tout étoit si agréable à votre Majesté, et s'étoit si peu

démentie en toutes occasions. Je répondis à cela, que je ne prendrois pas le parti de rien contester sur des matières de fait, à moins qu'elles ne fussent entièrement constantes ; que je n'avois pu excéder mes pouvoirs, et que je ne l'avois pas fait; ainsi qu'il n'y avoit qu'à s'en tenir à ce dont nous étions convenus ; et que je ne laisserois pas de représenter à votre Majesté tout ce qui s'étoit dit par eux, afin qu'elle vit ce qu'elle jugeroit convenable à son service, et au bien des affaires du Roy d'Angleterre.

Milord Rochester finit en disant, Nous n'avons jamais eu de contestation, Monsieur l'Ambassadeur et moi ; car comme ce que le Roy son maître a fourni, étoit une gratification sans conditions, je n'étois pas en droit de disputer sur le plus ou le moins ; je crois pourtant, que ce que nous avons fait ensemble a été pour le service des deux Roys, et que l'un et l'autre ne s'en sont pas mal trouvés : il ajouta que son sentiment étoit de traiter encore de la même manière, et d'établir une confiance et une liaison pareille à celle qui a déjà si bien reussi. Je convins de ce qu'il avoit avancé ; j'y ajoutai que quoique le feu Roi d'Angleterre ne se fût pas obligé formellement à renoncer à son traité avec l'Espagne il avoit néanmoins tenu sur cela la conduite qu'on devoit attendre; que le Roy d'à-présent étoit encore plus libre; et qu'il n'étoit en aucun façon du monde obligé à ce traité, de l'éxé. cution duquel le Roy son frère avoit jugé être suffisamment dispensé. Les trois ministres convînrent de ce que je disois, et me dirent, que le Roy leur maître se tenoit entièrement dégagé de l'obligation, où étoit entré le feu Roy, quelque légère qu'elle fut.

Je promis d'écrire à votre Majesté efficacement pour favoriser la demande, que devoit faire Milord Churchil à votre Majesté, d'un secours pré, sent et considérable. Nous eûmes hier une autre conférence

par

ordre de sa Majesté Britannique, mais il ne fût plus question de rien de ce qui avoit été traité dans la précédente. Les ministres s'efforcèrent, l'un après l'autre, de me faire entendre, qu'ils ne croioient plus devoir ni capituler ni discuter les intérêts du Roy leur maître avec moi ; que votre Majesté les avoit mis en état de ne rien dire ; et qu'un procédé si franc et si généreux de sa part avoit obligé le Roy leur maître à leur donner ordre de me témoigner sa re

connoissance, et de me prier de la représenter à votre Majesté telle qu'il la ressent; que Milord Churchil n'avoit autre charge que de remercier votre Majesté, et que pour le surplus, on se remettoit à ce que je connoissois de l'état des affaires pour porter votre Majesté à faire ce qu'il lui plairoit, jugeant que l'on ne devoit rien demander à un Prince qui a prévenu ce qu'on pouvoit attendre de lui.

Le Roy d'Angleterre me parla hier plusieurs fois, et me dit, qu'il est pénétré de reconnoissance, et qu'il se croit en état de ne rien craindre, étant assuré comme il l'est de l'amitié de votre Majesté. Je me suis peutêtre trop étendu sur tout cela, mais il est, ce me semble, à-propos, que votre Majesté connoisse combien sa Majesté Britannique et ses ministres ont été sensibles à ce que votre Majesté a fait. Je n'ai point encore donné d'argent; il faut quelques jours pour l'écheance des lettres de change, dont on ne veut pas même que je presse trop le payement, pour ne pas faire soupçonner à la Bourse ce qui se passe ; ainsi je recevrai encore des ordres de votre Majesté, avant que je sois en état de faire aucun payement considérable. Il ne me paroit pas même qu'on ait aucune inquiétude icy de toucher de l'argent; on se fie tellement à votre Majesté, que l'on croit l'argent aussi bien chez moi que s'il étoit à Whitehall. Je suis peut-être trompé, mais je ne pense pas que votre Majesté puisse rien faire qui lui soit de plus grande utilité pour l'avenir, que d'avoir prévenu ce que l'on pouvoit désirer en une occasion si importante.

Sa Majesté Britannique me dit encore hier au soir, " Je ne regarde pas l'état où je suis, mais l'état où je pouvois être. Tout est paisible en An. gleterre et en Ecosse; mais le Roy votre maître m'a secouru dans un tems qu'il ne pouvoit savoir s'il y auroit une sédition à Londres, et si je n'en serois

pas

chassé." Le Roi d'Angleterre fut hier publiquement à la messe dans une petite chapelle de la Reine sa femme, dont la porte étoit ouverte ; cela a fait parler le monde fort ouvertement. Il me dit un jour auparavant, qu'il falloit

que

chacun agit selon son sens, et conformément à son tempérament; qu’une dissimulation de sa religion étoit opposée à sa manière d'agir; que les mal-intentionnés auroient pris avantage de sa crainte, s'il en avoit témoigné; que quand il hazarderoit quelque chose en cela, il se croyoit

obligé en conscience de professer ouvertement sa religion ; qu'il croyoit que Dieu n'avoit pas permis que le Roy son frère put faire une profession publique de sa religion, qu’un peu avant sa mort, parcequ'il avoit trop craint de se montrer aux yeux des hommes tel qu'il étoit, et que cependant il l'avoit pu faire en diverses rencontres, sans aucun péril ; qu'il espère, que Dieu le protégera, et puisque V. M. le veut soutenir, et lui témoigner une amitié si sincère, il ne croit pas avoir rien à craindre.

Ce Prince m'expliqua à fonds son dessein à l'égard des Catholiques, qui est de les établir dans une entière liberté de conscience et d'exercice de la Religion; c'est ce qui ne se peut qu'avec du temps, et en conduisant peuà-peu les affaires à ce but. Le plan de sa Majesté Britannique est d'y parvenir par le secours et l'assistance du parti épiscopal, qu'il regarde comme le parti royal, et je ne vois pas que son dessein puisse aller à favoriser les Nonconformistes et les Presbitériens, qu'il regarde comme de vrais républicains.

Ce projet doit être accompagné de beaucoup de prudence, et recevra de grandes oppositions dans la suite. Présentement on ne sait rien sur cela, que ce que le feu Roi d'Angleterre avoit déjà résolu, c'est-à-dire, que tous les Catholiques sortiront des prisons, et on fera des défenses expresses à tous les juges de les poursuivre ny inquiéter : c'est ce qui est résolu, et qui sera exécuté avec fermeté. Il n'y a plus aucuns Seigneurs prisonniers à la Tour,

Le bruit est fort répandu ici que le feu Roi d'Angleterre est mort Catholique ; on en publie même beaucoup de circonstances, et sa Majesté Britannique ne se met pas en peine de les détruire ; son opinion est, qu'on le sauroit blâmer d'avoir aidé le Roy son frère à mourir dans la religion dont lui-même fait une profession ouverte. Cependant, la mémoire du feu Roi d'Angleterre est déchirée sur cela par les Protestans zelés, qui lui reprochent, comme une tromperie, d'avoir fait une profession ouverte d'une religion qu'il n'avoit pas dans le cour: quelques-uns disent, qu'il a été obsédé par son frère dans sa maladie, et forcé à se déclarer Catholique Romain. Les plus factieux soutiennent qu'on voit clairement à présent qu'il y a eu un complot de Papistes, que le feu Roi d'Angleterre en étoit, aussi bien

que le Duc d'York, et que les soupçons qu'on a eus sur cela sont entièrement confirmés.

la

Le corps du feu Roi d'Angleterre fut avant hier porté à Westminster, et enterré sans cérémonie le soir; tous les pairs et les officiers de la maison y étoient; ils rompírent sur la fosse leurs bâtons, et les marques de leur charge: hier matin sa Majesté Britannique a confirmé tous ceux qui possédoient des charges dont il n'y avoit point pareilles dans la sienne lorsqu'il étoit Duc d'York, c'est-à-dire, celles de Grand Maître, de Grand Chambellan, de Trésorier de la Maison, de Controlleur, de Vice Chambellan, et d'autres officiers qui ont une espèce de jurisdiction. Ce n'est

pas même chose à l'égard des Gentilhommes de la Chambre, de Grand Ecuyer, et de Maître de la Garderobe ; on croit qu'il en pourvoira ceux qui étoient à lui. La confirmation des officiers de la Maison est assez approuvée du monde. Elle n'est pourtant que pour un temps, et il y en a parmi eux, ou je me trompe, qui ne seront pas toujours conservés.

Milord Sunderland a été fort sensible à ce que je lui ai dit de l'ordre que j'avois de l'appuyer auprès du Roi son maître, s'il en avoit besoin.

Madame de Portsmouth est en inquiétude du traitement qu'elle recevra ici sur ses affaires. Ce que je lui ai dit de la continuation de la protection de V. M. lui a donné la seule consolation qu'elle ait eue depuis la mort du feu Roi d'Angleterre.

Milord Rochester a été déclaré aujourdhui Grand Trésorier, et a pris le bâton. Sa Majesté Britannique me l'avoit dit il y a deux jours, et qu'il donneroit, comme il a aussi fait aujourdhui, la charge de Chambellan de la Reine sa femme à Milord Godolfin, le voulant conserver, aussi bien que Milord Sunderland, dans sa plus étroite confiance. Ils ont dressé tous trois ensemble l'instruction de Milord Churchil, qui est parti ce matin. Ils m'ont dit que toute l'instruction se terminoit à remercier V. M. et à lui faire bien comprendre la reconnoissance du Roi leur maître, de ce que V. M. a été, de son pur mouvement, au-devant de ce qu'on pourroit lui demander.

On avoit dit à la Cour, que les finances demeureroient entre les mains des commissaires, jusque à l'assemblée du parlement; mais le Roi d'Angleterre ne l'a pas jugé à-propos. Il y en avoit parmi eux, dont la conduite passée lui avoit fort déplu, et il a estimé que les affaires ne se pourroient soutenir que par un homme accrédité et autorisé comme le sera Milord Rochester.

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