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droits, m'auroit engagé à les lever par force, au lieu que je prétendrai avoir la loy pour moi présentement; et il me sera fort aisé de reduire ceux qui voudront s'opposer à ce que je fais.

Le Roy d'Angleterre a ajouté à cela toutes sortes de protestations de reconnoissance et d'attachement pour votre Majesté ; il me dit que sans son appui et sa protection, il ne pouvoit rien entreprendre de ce qu'il avoit dans l'esprit en faveur des Catholiques ; qu'il savoit assez, qu'il ne seroit jamais en sûreté que la liberté de conscience pour eux ne fût entièrement établie en Angleterre ; que c'est à cela à quoi il travaillera avec une entière appliquation dès qu'il y verra de la possibilité ; que j'avois vu avec quelle facilité il avoit été reconnu et proclamé Roy; que le reste arrivera de la même manière en se conduisant avec fermeté et sagesse.

Je dis à sa Majesté Britannique que je ne prendrois pas le parti de répondre sur le champ à ce qu'il me faisoit l'honneur de me dire ; que je ne pouvois jamais douter de la sincérité de ses sentimens à l'égard de votre Majesté ; et que je le croiois trop habile et trop sage pour rien faire qui put altérer une liaison fondée sur tant d'expérience et de raison ; que je rendrois compte à votre Majesté de ce qu'il m'avoit dit ; et que quand j'y aurois pensé, je lui dirois librement mes sentiments, qui ne devoient être d'aucun poids jusques à ce que je parlasse de la part de votre Majesté ; que je lui dirois cependant de moi-même, et sans y penser d'avantage, que votre Majesté est en un tel état qu'elle n'a rien à desirer pour l'augmentation de sa puissance et de sa grandeur: qu'elle a donné des bornes à ses conquêtes dans le tems qu'elle auroit pu facilement les augmenter: que son amitié pour le feu Roi d'Angleterre et pour lui à qui j'avois l'honneur de parler, l'avoit engagé à soutenir leurs intérêts et ceux de la Royauté en ce pays. cy; que Dieu avoit béni les desseins de votre Majesté par tout; et que j'étois assuré qu'elle auroit une joie sensible de son élévation au gouvernment de trois royaumes ; que je ne doutois point que sa conduite ne fût toujours conforme à ce qu'il devoit à sa reputation, et à ses véritables intérêts, qui seront de conserver l'amitié de votre Majesté ; et qu'il est juste de se rapporter de ses affaires pour le dedans à ce qu'il en jugera lui-même. Je n'ai pas cru, Sire, devoir combattre, sans y avoir pensé murement, une résolu. tion déjà prise, el que mes raisons n'auroient pas fait changer: j'ai même

estimé qu'il étoit de la dignité de votre Majesté que je ne parusse pas intimidé d'une assemblée de parlement, pour les seuls intérêts de votre Majesté, quand le Roy d'Angleterre témoigne n'en rien appréhender.

Milord Rochester m'est venu trouver ce matin de la part de sa Majesté Britannique, pour m'expliquer plus au long les motifs de la convocation d'un parlement; il a ajouté à tout ce que le Roi d'Angleterre m'avoit dit,

que

s'il n'avoit prévenu les requêtes qu'on lui alloit faire, le Garde des Sceaux et le Marquis d'Halifax n'auroient pas manqué de le presser d'assembler un parlement; qu'il avoit voulu les prévenir, et faire connoitre que ce qu'il fait, vient de son pur mouvement; que l'avantage présent qu'il tire de cette déclaration, est de se mettre en possession du revenu qu'avoit le feu Roy d'Angleterre, aussi bien que de sa couronne; qu'il auroit été trop à charge à votre Ma: jesté s'il avoit été obligé de lui demander des secours aussi considérables que ceux dont il auroit eu besoin; que ce qu'il fait ne l'exempte pas d'avoir recours à votre Majesté ; et qu'il espère qu'elle voudra bien dans les commencemens de son règne l'aider à en soutenir le poids ; que cette nouvelle obligation, jointe à tant d'autres, l'engagera encore d'avantage à ne se pas départir du chemin, qu'il a cru que le feu Roy son frere devoit tenir à l'égard de votre Majesté ; que ce sera le moyen de le faire independent du parlement, et de se mettre en état de se soutenir sans parlement, si on lui resuse la continuation des revenus dont le feu Roi jouissoit.

Milord Rochester n'a obmis aucune des raisons qu'il a cru propres à me convaincre, que votre Majesté n'hazarde rien en secourant présentement le Roi d'Angleterre d'une somme considérable; que c'est soutenir son ouvrage, et le mettre en état de ne se jamais démentir; que pour lui, il n'a point changé de sentimens, et que son opinion étoit que le Roi son maître ne se peut bien soutenir sans l'aide et le secours de votre Majesté: que ce seroit le laisser à la merci de son peuple, et en état d'être ruiné, si votre Majesté ne lui donnoit pas de nouvelles marques de son amitié dans une occasion si décisive ; et que de ce commencement dépendoit tout le bonlieur de son maître.

Je dis à Milord Rochester, qu'il s'étoit passé tant de choses considérables, et imprévues, depuis quelques jours, qu'il seroit imprudent à un étranger comme moi de vouloir former des jugemens sur ce qui est à faire dans la

conjoncture présente ; que le mot de parlement ne me faisoit point de peur, que je savois, par expérience, qu'ils n'avoient de force qu'autant que leur en donnoit une cabale de cour, et une intelligence avec les ministres; que je connoissois la différence du temps passé, à celui-ci, et avec quelle fermeté le nouveau Roi d'Angleterre seroit porté par son naturel à conduire les affaires ; que je voyois bien qu'il est dans une conjoncture délicate' et fort périlleuse ; que je ne pouvois cependant qu'approuver la résolution prise de se maintenir dans la possession de tout le revenu du Roi d'Angleterre; que la convocation d'un parlement donneroit beauconp d'espérance aux anciens ennemis de M. le Duc d’York et de la royauté, qu'ils employeroient toute sorte d'artifice pour le jetter dans des embarras, dont il ne se pourroit tirer ; qu'on ne lui accorderoit rien qu'à des conditions fort dures, et qu'il seroit alors également périlleux de les accorder, ou de les refuser ; que, cependant, je ne manquerois pas de rendre compte à V. M. de l'état des affaires, et de ce qui m'a été dit sur le besoin présent d'un secours considérable ; qu'autrefois une pareille demande auroit paru incompatible, avec le dessein d'assembler un parlement: que V. M. étoit prévenue de beaucoup d'estime et de confiance pour le Roi d'Angleterre ; que j'avois été assez heureux pour exécuter avec quelque succès les ordres que j'avois reçus de V. M. sur son sujet; qu'il en étoit meilleur témoin que personne, puisque c'étoit avec lui que j'avois traité pour la conservation du droit de M. le Duc d'York à la couronne, et pour son rétour d'Ecosse, et pour son rétablissement dans les conseils, et dans la fonction de l'amirauté; que j'étois fort aise de traiter présentement avec un ministre aussi accrédité quil étoit auprès d'un grand Roi, dont il a l'honneur d'être beau-frère, et que la conduite qu'il a tenue avec moi pendant qu'il avoit la direction des finances, avoit donné beaucoup d'estime pour lui à V. M.

Il répondit à cela en des termes pleins de respect, et me dit, Me voilà encore employé à vous demander de l'argent. Je nè le ferois

pas

si hardiment, si je ne croyois, que ce sera de l'argent bien employé, et que le Roi votre maître n'en sauroit faire un meilleur usage; soyez assuré que vos ennemis, et ceux du Roi mon maître seroient fort aises que l'on ne fit rien de considérable en France pour lui en une occasion comme celle.ci. Représentez bien au Roi votre maître la conséquence de mettre le mien en

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état de n'avoir besoin que de son amitié, et de ne pas dépendre de ses sujets, ensorte qu'ils puissent lui donner la loi.

Voilà, Sire, le récit exact de ce qui s'est passé ici jusqu'à aujourdhui. Je ne serai pas assez hardi pour former des jugemens certains sur l'avenir. l'Angleterre est sujette à trop de révolutions, et à de trop grands changements, pour pouvoir prédire ce qui arrivera. Il me paroit, par tout ce que je puis pénétrer, que les factieux n'ont pas abandonné leur desseins, et que les esprits ne sont pas revenus de leur aversion pour la Religion Catholique. Ceux qui ont offensé M. le Duc d'York, et qui l'ont voulu perdre, croient, qu'il s'en souviendra toujours, et qu'il ne leur pardonnera pas ; cependant tout paroit calme, et c'est un grand avantage pour sa Majesté Britannique, que d'entrer paisiblement en possession de sa couronne, et des revenus, qui sont nécessaires pour la soutenir. L'utilité présente qu'on peut tirer de la convocation d'un parlement, c'est que cela contiendra ceux mêmes qui ont des desseins de brouiller, parcequ'ils croiront en avoir un prétexte plus plausible quand le parlement sera assemblé. Si j'ose dire mon avis à V. M. je crois qu'elle commencera par des témoignages d'amitié et de confiance au Roi d'Angleterre.

J'attens de jour à autre une lettre de change de 50,000 livres, qui, jointe à une autre de pareille somme, qui est déjà ici, me mettra en état de faire un payement de cent mille francs: je ne le ferai pourtant point sans un ordre et je ferai en sorte qu'on approuvera ici que je ne me

ne me dispense pas des regles dans un temps auquel rien ne paroit qui puisse troubler le Roi d'Angleterre.

Je me donnerai l'honneur par le premier ordinaire de rendre compte à V. M. de l'effet qu'aura produit le bruit de la convocation d'un parlement. J'essayerai de pénétrer les desseins des ministres, et les divers motifs de chacun d'eux. Ils ont été bien aises d'avoir seuls part à la résolution d'assembler un parlement, mais l'entreprise de se saisir des douanes et des revenus de l'excise, qui devroient finir par la mort du feu Roi d'Angleterre, causera une grande rumeur, et fera juger aux plus sensés, que le Roi d'An. gleterre veut plaider les mains garnies. Je n'obmettrai aucun soin pour etre bien informé de tout, afin que V. M, me commande ce qui sera de son service. Si elle juge à-propos, de faire promptement passer ici une somme considérable, je ne donnerai pas d'avantage pour cela, et ne ferai

exprès,

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rien de mon chef, à moins que je ne visse une rébellion formée, et qu'il fut d'une absolue nécessité de fournir un prompt secours au Roi d'Angleterre.

Il est, autant que je le puis juger, fort important que V. M. veuille bien approuver des facilités sur l'affaire de l'ordonnance, qui défend aux vaisseaux Anglois de transporter des marchandises des Génois. Je ferai le meilleur usage qu'il me sera possible des ordres, que j'attens de V. M. sur cela. La dépêche du 9e. Fevrier de M. le Marquis de Croissy a déjà produit un très bon effet. Si les ordres que je recevrai ne sont pas suf. fisans pour accommoder l'affaire à l'entière satisfaction de sa Majesté Britannique, j'attendrai que V. M. ait été informée de tout ce qui est arrivé, et je trouverai bien moyen de gagner du temps, jusqu'à ce que j'aye reçu de nouveaux ordres. V. M. juge assez, qu'il est de conséquence que le règne du Roi d'Angleterre ne commence pas par une mésintelligence entre V. M. et lui. Le fonds de l'affaire ne subsiste plus, puisque les Génois se sont soumis à tout ce qui V. M. leur a prescrit.

Le Roi d'Angleterre m'a dit ce soir, Je vous ay envoyé Milord Rochester, et je n'ai point fait de difficulté d'exposer au Roi votre maître le besoin que j'ai de son assistance; vous savez en quel état je me trouve, et combien la conjoncture est importante pour moi. Il m'a dit ensuite, que par les dernières lettres de Bruxelles, on y attendoit M. le Duc de Monmouth, et que l'ambassadeur d'Espagne lui avoit demandé ce matin de quelle manière il désiroit qu'on traitât avec M. le Duc de Monmouth; qu'il lui avoit répondu, que tout le monde savoit la conduite qu'a tenue M. le Duc de Monmouth à son égard, et que ce n'étoit pas à lui à rien conseiller sur ce que le Roi d'Espagne, ou ses ministres, croient devoir faire ; qu'ils avoient leurs ordres, ou qu'ils en recevroient de nouveaux, et que c'étoit à eux de juger ce qui convient au service, et à la dignité de leur maître. On a arresté a Douvres un domestique fort confident de M. le Duc de Monmouth, qui s'appelle Jean Guibring; il venoit de Flandres: il en étoit parti avant la maladie du feu Roi d'Angleterre; on croit pourtant découvrir quelque chose par lui. Le Roy d'Angleterre m'a chargé ce soir d'une lettre de sa main pour V. M. Je suis avec le profond respect que je dois, &c. 19 Fevrier, 1685.

BARILLON.

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