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de la Reine qui entende l’Anglois, et qui le parle.” Sur cela nous resolumes d'envoyer chez le Resident de Venise chercher un prêtre Anglois ; mais parceque le tems pressoit, le Comte de Castelmelhor alla où étoient les prêtres de la Reine, et y trouva parmi eux un prêtre Ecossois, nommé Hudelston, qui sauva le Roi d'Angleterre après la bataille de Vorchester, et qui a été excepté par acte du parlement de toutes les loix faites contre les Catholiques, et contre les prêtres ; on lui donna une peruque et une casaque pour le déguiser, et le Comte de Castelmelhor le conduisit à la porte d'un appartement qui répond par un petit dégré à la chambre du Roy; M. le Duc d'York, que j'avois averti que tout étoit prest, envoya Chiffins recevoir et conduire le sieur Hudelston: ensuite il dit tout haut, “ Messieurs, le Roy veut que tout le monde se retire à la reserve du Comte de Baths, et du Comte de Feversham.” L'un est le premier des gentilshommes de la chambre, et le second étoit en semaine et servoit actuellement. Les médecins entrèrent dans un cabinet dont on ferma la porte; et Chiffin amena le sieur Hudelston : M. le Duc d'York, en le lui presentant, lui dit, “ Sire, voici un homme qui vous à sauvé la vie, et qui vient à cette heure pour sauver votre âme." Le Roy répondit, qu'il soit le bien venu; ensuite il se confessa avec de grands sentimens de dévotion et de repentir. Le Comte de Castelmelhor avoit pris soin de faire instruire Hudelston par un religieux Portugais Carme déchaussé, de ce qu'il avoit à dire au Roi en une telle occasion, parceque de lui-même ce n'étoit pas un grand docteur: mais M. le Duc d'York m'a dit qu'il s'acquitta fort bien de sa fonction, et qu'il fit formellement promettre au Roi d'Angleterre, de se déclarer ouvertement Catholique s'il revenoit en santé: ensuite il reçût l'absolution, communia, et reçût même l'extrême onction. Tout cela dura environ trois quarts d'heure. Chacun se regardoit dans l'antichambre, et personne ne se disoit rien

que
des

yeux et à l'oreille. La présence de Milord Baths et de Milord Feversham, qui sont Protestans, a un peu rassuré les évesques ; cependant les femmes de la Reine, et les autres prêtres, ont vu tant d'allées et de venues, que je ne pense pas que le secret puisse être longtems gardé.

Depuis que le Roi d'Angleterre eut communié, il y eut un léger amendement à son mal. Il est constant qu'il parloit plus intelligiblement, et qu'il avoit plus de force; nous espérions déjà que Dieu avoit voulu faire un

miracle en le guérissant; mais les médecins jugèrent que le mal n'étoit point diminué, et que le Roy ne passeroit pas la nuit: cependant il paroissoit beaucoup plus tranquille, et parloit avec plus de sens et de connoissance qu'il n'avoit encore fait, depuis dix heures du soir jusqu'à huit heures du matin. Il parla plusieurs fois tout haut à M. le Duc d’York avec des termes pleins de tendresse et d'amitié ; il lui recommanda deux fois Madame de Portsmouth et le Duc de Richemont; il lui recommanda aussi tous ses autres enfans ; il ne fit aucune mention de M. le Duc de Monmouth, ni en bien ni en mal : il temoignoit souvent sa confiance en la miséricorde de Dieu. L'évesque de Baths et de Vels, qui étoit son prédicateur, faisoit quelques priéres, et lui parloit de Dieu; le Roy d'Angleterre marquoit de la tête qu'il l'entendoit: cet évesque ne s'ingéra pas de lui dire rien de particulier, ni de lui proposer de faire une profession de foi ; il appréhendoit un refus, et craignoit encore plus, à ce que je crois, d'irriter M. le Duc d'York.

Le Roy d'Angleterre conserva toute la nuit une entière connoissance, et parla de toutes choses avec un grand calme ; il demanda à six heures, qu'elle heure il étoit, et dit, Faites ouvrir les rideaux afin que je voye encore le jour; il souffroit de grandes douleurs, et on le saigna à sept heures dans l'opinion que cela adouciroit ses douleurs ; il commença à huit heures et demie à ne plus parler que très-difficilement ; et sur les dix heures, il n'avoit plus aucune connoissance ; il mourut à midi sans aucun effort ni convulsion. Le nouveau Roi se retira à son apartement, et fut reconnu unanimement, et ensuite proclamé.

J'ai cru devoir rendre un compte exacte à votre Majesté du détail de ce qui s'est passé dans cette occasion, et je m'estime bien heureux que Dieu m'ait fait la grace d'y avoir quelque part. Je suis, &c.

M. Barillon au Roi.

19 Fevrier, 1685. J'INFORM 'INFORMAI votre Majesté, le seizième hier au soir, par un courier exprès,

, de la mort du Roy d'Angleterre, et que le Duc d'York avoit été reconnu et proclamé Roi sans aucun trouble ni opposition. Le nouveau Roi d'An.

gleterre alla dans la chambre du conseil, un quart d'heure après la mort du Roi son frère. Le Garde des Sceaux d'Angleterre, le Garde du Sceau Privé, et les deux Secretaires d'Etat lui remirent les sceaux, qu'il leur rendit à l'instant, et dit qu'il établissoit le conseil des mêsmes personnes, dont il avoit été composé. Ils prêtèrent tous un nouveau serment; ensuite, sa Majesté Britannique leur dit en peu de mots, que la douleur de la perte d'un frère, et d'un Roi, pour qui il avoit autant de respect et d'amitié, ne lui permettoit pas de leur faire un long discours ; mais, qu'il se croyoit obligé de leur declarer d'abord, qu'il ne se serviroit du pouvoir que Dieu lui avoit donné que pour le maintien des loix d'Angleterre, et qu'il ne feroit rien, contre la sûreté et la conservation de la religion Protestante ; qu'il apporteroit tous ses soins, pour remplir les devoirs d'un bon roi à l'égard de ses sujets, et de ses peuples; et qu'il s'attendoit aussi que ses sujets demeureroient dans l'obeissance et la fidelité qu'ils lui doivent par les loix divines et humaines. Milord Rochester prit la parole, et demanda à sa Majesté Britannique, s'il ne lui plaisoit pas que l'on publiât une Déclaration de ce qu'il lui avoit plû de dire. Cela fut resolu, et la Déclaration sera imprimée. On donna ensuite les ordres pour la proclamation, et le conseil se leva pour aller en corps, saluer la Reine régnante; et ensuite la Reine Douairière.

De là tout le conseil alla faire faire la publication en plusieurs endroits de la ville de Londres, où le Maire se trouva aussi. Les Pairs d'Angleterre qui se trouverent presens, suivirent le conseil. Il y avoit quelques troupes à cheval, qui précédoient, et des compagnies d'infanterie postées en divers endroits, pour réprimer le tumulte et le désordre, s'il en fut arrivé. Le peuple fit des acclamations ordinaires en pareil cas. avoit des gens préposés pour distribuer du vin, et boire à la santé du Roi Jacques Second.

Il n'y a eu encore aucun changement dans les charges. Le Roi d'Angleterre a cru d'abord devoir laisser les choses comme elles sont, on n'a même encore rien changé au conseil du cabinet, mais il ne se tient que pour la forme, et le Roi d'Angleterre a des conférences secrettes avec Milord Sunderland, Milord Rochester, et Milord Godolphin, où les choses les plus importantes se résolvent. Milord Rochester a plus de part qu'aucun

Il y

autre à sa confiance. Il ne songe plus à aller en Irlande ; on croit que ce sera, ou le Comte de Clarendon ou le Duc de Beaufort. Le Duc d'Ormond pourra bien y demeurer encore quelque temps.

Le Roi d'Angleterre m'a dit qu'il envoyera Milord Churchil incessamment donner part à Votre Majesté de la mort du Roi son frère, et de son avenement à la couronne, et qu'il l'a choisi comme un homme, qui est déjà dans le secret d'une intime liaison avec V. M. Il est gentilhomme de sa chambre, et cet envoy le regardoit naturellement, n'envoyant point le Comte de Peterborough, qui est le premier gentilhomme de la chambre. · Sa Majesté Britannique alla voir Madame de Portsmouth, une heure après être proclamé, et lui donna beaucoup d'assurances de sa protection, et de son amitié. Milord Godolfin, et les autres commissaires des finances, demeurent dans leur fonction, mais on croit, que dans quelque temps Milord Rochester sera Grand Trésorier, et qu'il a jugé lui-même, plus à propos, de laisser établir les affaires avant que d'avoir ouvertement l'administration des finances. : Milord Sunderland a aussi beaucoup de part à la confiance du Roi d'Angleterre; il m'en a parlé avec beaucoup d'estime, et comme le croyant fort propre à le servir dans les desseins qu'il a. Sa Majesté Britannique a pris soin avant et depuis la mort du Roi sun fière, d'établir une liaison étroite entre Milord Rochester et Milord Sunderland. Leur amitié s'étoit un peu refroidie dans les derniers temps: Milord Sunderland, Madame de Portsmouth, et Milord Godolfin possedoient seuls toute l'autorité auprès du feu Roi d'Angleterre, Milord Rochester, qui le connoissoit, avoit désiré d'aller en Irlaude, à quoi les autres l'avoient servi, pour

lui procurer un exil honorable. M. le Duc de York souffroit avec peine la diminution du crédit de Milord Rochester, croyant que cela retournoit sur lui. J'ai été souvent employé à adoucir ce qui se passoit. :

Milord Churchil est informé de tout à fond, et pourra, si V. M. l'a agréable, lui dire beaucoup de choses, qu'il est impossible d'expliquer par des lettres. Elles ne sont pas à cette heure fort importantes, si ce n'est pour

faire mieux connoître l'état du dedans de la cour d'Angleterre, présentement. Milord Churchil a beaucoup de part aux bonnes graces de son maître, et le choix qu'il a fait de lui pour l'envoyer à V. M. en est une marque. Je viens à cette heure à ce qu'il y a de plus important.

с

Les revenus du Roi d'Angleterre tombent pour la plus grande partie par la mort du Roi son frère. Il est persuadé que le gouvernement ne se peut soutenir avec ce qui lui reste de revenu, qui ne monteroit au plus qu'à sept cens mille livres sterlin.

Il me fit hier au soir entrer dans son cabinet, et après m'avoir parlé de diverses choses du dedans qui ne sont pas de grande importance, il me dit, Vous allez peutêtre être surpris, mais j'espère que vous vous serez de mon avis quand je vous aurai dit mes raisons. J'ai résolu de convoquer

incessamment un parlement, et de l'assembler au mois de Mai. Je publierai en même tems une déclaration pour me maintenir dans la jouissance des mêmes revenus qu'avoit le Roy mon frère. Sans cette proclamation pour un parlement, je hazarderois trop de m'emparer d'abord de ce qui s'est établi pendant la vie du feu Roy ; c'est un coup

décisif
pour

moi d'entrer en possession et en jouissance ; car dans la suite, il me sera bien plus facile ou d'éloigner le parlement, ou de me maintenir par des autres voyes qui me paroitroient bien plus convenables. Beaucoup de gens diront que je me determine trop promptement à convoquer un parlement; mais si j'attendois d'avantage, j'en perdrois tout le mérite. Je connois les Anglois ; il ne faut pas leur témoigner de crainte dans les commencemens ; les gens mal-intentionnés auroient formé des cabales pour demander un parlement, et se seroient attiré la faveur de la nation dont ils auroient abusé dans la suite ; je sçai bien que je trouverai encore des difficultés à surmonter ; mais j'en viendrai à bout, et me mettrai en état de reconnoitre les obligations infinies que j'ai au Roy votre maître.

Je connois en quels embarras le feu Roy mon frère s'est jetté quand il s'est laissé ébranler à l'égard de la France : j'empêcherai bien qu'un parlement ne se mêle des affaires étrangères ; et je le séparerai dès que je verrai qu'ils feront paroître aucune mauvaise volonté.

C'est à vous à expliquer au Roi votre maître ce que je vous dis, afin qu'il ne trouve pas à redire que j'aie pris si promptement une résolution si importante, et sans le consulter, comme je le dois et le veux faire en tout; mais j'aurois gâté extrêmement mes affaires, si j'avois différé seulement de huit jours, car je serois demeuré privé des revenus que je conserve ; et la moindre opposition, de la part de ceux qui auroient refusé de payer les

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