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donner à ce voyage un air de disgrace, quoique dans le fond, ce soit une nouvelle marque de confiance et d'amitié du Roi son frère pour lui. Le Marquis de Huntley, chef de la maison de Gourdon, a été fait Duc, et le Marquis de Winsbery aussi ; ce dernier est de la maison de Douglas, et grand trésorier d'Ecosse. Ce n'est pas une chose de petite conséquence que le Marquis de Huntley, qui est Catholique, soit fait Duc.

Le Roi à M. Barillon.

Versailles, 13 Decembre, 1684. Les raisonnemens du Sr. Halifax sur la manière de gouverner la Nouvelle Angleterre ne merilent guères la confiance que le Roy d'Angleterre a en luy, et je ne suis pas surpris d'apprendre que le Duc d'York en ayt bien fait remarquer les conséquences au Roy son frère. J'ay lieu de croire aussy que ce que ce Prince doit faire en Ecosse n'apportera aucun changement à l'état présent des affaires d'Angleterre, et je suis bien aise de [sçavoir] que ce soit plutôt une marque de la confiance du Roy son frère, qu'un dessein de l'éloigner de ses conseils.

London, 21 December, 1684. * BARILLON

ARILLON says the Duchess of P. tells him the King waited till Halifax gave him some further pretext for dismissing him, but that he represented to them the danger of delay. They had no apprehensions of Halifax's altering his conduct, and regaining the King's confidence.

M. de Barillon au Roi

25 Decembre, 1684, à Londres. Le Roi d'Angleterre me paroit aussi mal satisfait que jamais de la conduite de M. le Prince d'Orange. M. Zitters lui a donné une lettre de sa part, par laquelle il l'assure en termes généraux, qu'il s'éstime bien malheureux

* This is printed from a note in Mr. Fox's hand writing.

b

d'avoir perdu ses bonnes graces, sachant bien n'avoir rien fait qui dût lui déplaire. M. Zitters a ajouté à cela, que M. le Prince d'Orange étoit fort affligé que ses ennemis eussent eu le crédit de le mettre aussi mal qu'il est dans l'esprit de sa Majesté Britannique, sans qu'il se puisse reprocher d'avoir rien fait qu'il sçût être opposé à sa volonté, ou à ses intentions. Le Roi d'Angleterre m'a fait entendre, que sa reponse à M. Zitters a été, que M. le Prince d'Orange se moquoit de lui, aussi bien que de M. Zitters, en le chargeant de dire des choses, qu'il sait n'avoir aucun fondement; que M. le Prince d'Orange n'avoit point d'ennemis dans sa cour, qui eussent pris soin de lui nuire, mais que lui-même avoit fait tout ce qu'il falloit pour cela, s'étant conduit d'une manière fort opposée, à ce qu'il devoit, tant à l'égard des affaires générales qu'à l'égard de M. le Duc de Monmouth, et des autres factieux. M. Zitters a essayé d'excuser ce que M. le Prince d'Orange a fait à l'égard de M. le Duc de Monmouth: sa Majesté Britannique s'en est moquée, et lui a dit, que M. le Prince d'Orange étoit plus habile

que personne, puis qu'il savoit si bien menager un homme, dont les desseins ne pouvoient aller qu'à établir une republique en Angleterre, ou à soutenir des pretentions chimériques, et qui ne peuvent réussir sans la ruine de M. le Prince d'Orange lui-même. L'intention du Roi d'Angleterre étoit, à ce que j'en puis juger, de couper encore plus court l'entretien avec M. de Zitters, mais cela repugne à son humeur. M. le Duc de York a parlé fort decisivement à M. Zitters, et ne lui a pas donné lieu de deffendre la conduite de M. le Prince d'Orange. M. Zitters a dit à Milord Sunderland, que M. le Prince d'Orange vouloit faire tout ce qui étoit en son pouvoir pour rentrer dans les bonnes graces du Roi d'Angleterre, et de M. le Duc de York. Qu'il falloit seulement lui faire connoitre ce qu'il devoit faire pour cela; Milord Sunderland repondit, que ce n'étoit

pas

d'ici qu'il devoit attendre des instructions, et qu'il savoit assez, ce qui avoit pû déplaire au Roi d'Angleterre dans sa conduite, pour y apporter du changement, s'il en avoit envie.

J'ay sçu de M. le Duc d'York, qu'en parlant de tout cela avec le Roi d'Angleterre, et ses ministres les plus confidens, Milord Sunderland avoit dit qu'il est de la dignité, et de l'intérêt de sa Majesté Britannique de laisser M. le Prince d'Orange prendre de lui-même le party qu'il jugera apropos,

sans lui rien prescrire, ni même témoigner qu'on attende rien de lui; qu'après avoir, pendant trois ans, fait tout ce qui étoit en son pouvoir, contre les intérêts et les desseins du Roi d'Angleterre, il ne devoit pas croire, que ce qu'il a fait fût reparé par des compliniens ; qu'on ne peut marquer à présent en quoi il pourroit témoigner sa bonne volonté et son zèle ; qu'il faut peutêtre beaucoup de temps pour en trouver les occasions; et que tout ce qu'il peut espérer est, que le Roi d'Angleterre veuille bien considérer qu'elle sera sa conduite à l'avenir ; que cependant on ne sauroit parler trop peu et trop décisivement à M. Zitters sur une telle matière. Ce sentiment a été approuvé de sa Majesté Britannique, et il a été resolu qu'on n'écouteroit pas seulement M. Zitters, s'il vouloit en parler encore.

On parle fort ici depuis deux jours de la sédition arrivée à Brussels, et de la manière, dont elle a été appaisée par le Marquis de Grave, c'est-àdire, en cédant entièrement au peuple. Le Roi d'Angleterre en a parlé comme d'un exemple de très-pernicieuse conséquence, et qui porteroit indubitablement les autres villes du Pays Bas à faire la même chose, voyant qu'elle demeure impunie et recompensée à Brussels.

Dépêche de M. Barillon au Roy. La lettre que je me donne l'honneur d'écrire aujourdhuy à votre Majesté est seulement pour lui rendre un compte exact de ce qui s'est passé de plus important à la mort du feu Roy d'Angleterre. Sa maladie, qui commença le Lundi 12 Fevrier au matin, reçût divers changemens les jours suivans, quelquefois on le croioit hors de danger, et ensuite il arrivoit quelque accident qui faisoit juger que son mal étoit mortel : enfin le Jeudi quinzième Fevrier, sur le midi, je fus averti d'un bon endroit qu'il n'y avoit plus d'espérance, et que les médecins ne croioient pas qu'il dût passer la nuit ; j'allai aussitôt après à Whitehall; M. le Duc d'York avoit donné ordre aux officiers qui gardoient la porte de l'antichambre de me laisser passer à toute heure; il étoit toujours dans la chambre du Roy son frère, et en sortoit de tems en tems pour donner les ordres sur tout ce qui se passoit dans la ville ; le bruit se repandoit plusieurs fois par jour que le Roy

étoit mort : d'abord que je fus arrivé, Monsieur le Duc d’York me dit, “ Les médecins croient que le Roy est en un extrême danger; je vous prie d'assurer votre maître qu'il aura toujours en moi un serviteur fidèle et reconnoissant.” Je fus jusqu'à cinq heures dans l'antichambre du Roy d'Angleterre; Monsieur le Duc d'York me fit entrer plusieurs fois dans la chambre, et me parloit de ce qui se passoit au-dehors, et des assurances qu'on lui donnoit de tous côtés que tout étoit fort tranquille dans la ville, et qu'il y seroit proclamé Roy au moment que le Roy son frère seroit mort. Je sortis pendant quelque tems pour aller à l'appartement de Madame de Portsmouth ; je la trouvai dans une douleur extrême ; les médecins lui avoient ôté toute sorte d'espérance ; cependant, au lieu de me parler de sa douleur, et de la perte qu'elle étoit sur le point de faire, elle entra dans un petit cabinet, et me dit, “ Monsieur l'Ambassadeur, je m'en vais vous dire le plus grand secret du monde, et il iroit de ma tête si on le savoit : Le Roy d'Angleterre dans le fonds de son cæur est Catholique, mais il est environné des évesques Protestans, et personne ne lui dit l'état où il est, ni ne lui parle de Dieu ; je ne puis plus avec bienséance rentrer dans la chambre, outre que la Reine y est presque toujours ; Monsieur le Duc d'York songe à ses affaires, et en a trop, pour prendre le soin qu'il devroit de la conscience du Roy; allez lui dire, que je vous ai conjuré de l'avertir qu'il songe à ce qui se pourra faire pout sauver l'âme du Roi; il est le maître dans la chambre; il peut faire sortir qui il voudra ; ne perdez point de tems, car si on diffère tant soit

peu, il sera trop tard." Je retournai à l'instant trouver Monsieur le Duc d'York; je le priai de faire semblant d'aller chez la Reine, qui étoit sortie de la chambre du Roy, et qu'on venoit de saigner, parcequ'elle s'étoit evanouie : la chambre communique aux deux appartemens ; je le suivis chez la Reine, et je lui dis ce que Madame de Portsmouth m'avoit dit. Il revint comme d'une profonde lethargie, et me dit, “ Vous avez raison; il n'y a pas de tems à perdre; je hazarderai tout plustôt que de ne pas faire mon devoir en cette occa . sion.” Une heure après il revint me trouver, sous pretexte encore d'aller chez la Reine, et me dit, qu'il avoit parlé au Roy son frère, et qu'il l'avoit trouvé résolu de ne point prendre la céne que les évesques Protestans le pressoient de recevoir ; que cela les avoit fort surpris, inais qu'il en de

meureroit toujours quelqu'uns d'eux dans sa chambre, s'il ne prenoit un prétexte de faire sortir tout le monde, afin de pouvoir parler au Roi son frère avec liberté, et le disposer à faire une abjuration formelle de l'hérésie, et à se confesser à un prestre Catholique.

Nous agitames divers expédiens ; M. le Duc d'York proposa que je demandasse à parler au Roi son frere, pour lui dire quelque chose de secret de la part de votre Majesté, et qu'on feroit sortir tout le monde. Je m'offris à le faire; mais je lui représentai qu'outre que cela causeroit un grand bruit, il n'y auroit pas d'apparence de me faire demeurer en particulier avec le Roy d'Angleterre et lui seul, assez longtems pour ce que nous avions à faire. La pensée vint ensuite à M. le Duc d'York, de faire venir la Reine, comme pour dire un dernier adieu au Roy, et lui demander pardon si elle lui avoit desobéi en quelque chose ; que lui feroit aussi la même cérémonie. Enfin M. le Duc d'York se résolut de parler au Roi son frère devant tout le monde, mais de faire ensorte que personne n'entendroit ce qu'il lui diroit, parceque cela ôteroit tout soupçon, et on croiroit seulement qu'il lui parleroit d'affaires d'état, et de ce qu'il vouloit qui fût fait après sa mort; ainsi, sans autre plus grande précaution, le Duc d'York se pencha à l'oreille du Roi son frère, après avoir ordonné que personne n'approchất : j'étois dans la chambre, et plus de vingt personnes à la porte, qui étoit ouverte, on n'entendoit pas ce que disoit M. le Duc d'York; mais le Roy d'Angleterre disoit de tems en tems fort haut, Oui, de tout mon caur ; il faisoit quelque fois répéter M. le Duc d’York ce qu'il disoit, parcequ'il n'entendoit

pas aisément ; cela dura près d'un quart d'heure ; M. le Duc d'York sortit encore comme pour aller chez la Reine, et me dit; “ Le Roy consent que je lui fasse venir un prestre ; je n'ose faire venir aucun de ceux de la Duchesse, ils sont trop connus; envoyez en chercher un vistement.” Je lui dis, que je le ferois de tout mon coeur, mais que je croiois que l'on perdroit trop de tems, et que je venois de voir tous les prêtres de la Reine dans un cabinet proche de sa chambre. Il me dit, Vous avez raison; il apperçût en même tems le Comte de Castelmelhor, qui embrassa avec chaleur la proposition que je lui fis, et se chargea de parler à la Reine ; il revint à l'instant; et me dit, “ Quand je hazarderois ma tête en cecy, je le ferois avec joie, cependant je ne sçais aucun prêtre

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