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une surface et des bords irréguliers, inégaux, dentelés, etc. A part la lésion du tégument cutané, les phénomènes y sont identiquement les mêmes que dans la contusion; mais cette solution de continuité rend la suppuration à peu près iné vitable, quand ces plaies sont un peu graves, et retarde d'autant la guérison. Aussi faut-il toujours s'efforcer de ramener les plaies contuses à l'état de simple contusion, par le rapprochement le plus exact de leurs bords, quelque dentelės, quelque mâchés et irréguliers qu'ils soient; car, dans la majorité des cas, ces lambeaux facilitent la cicatrisation en servant d'émergence aux bourgeons char nus, et diminuent d'autant, par l'espace qu'ils comblent, le tiraillement des téguments environnants, obligés de se rapprocher pour former la cicatrice, laquelle produit toujours retrait.

Les entorses, les luxations, les fractures compliquées, etc., n'étant que des variétés de la contusion et des plaies contuses, le lecteur voudra bien leur appliquer tout ce que nous venons de dire de celles-là.

Les plaies par instrument tranchant elles-mêmes n'en diffèrent pas d'une manière très-sensible quant à l'interruption du courant circulatoire dans les vaisseaux lésés. Aussi ne croyons nous pas devoir nous y arrêter davantage.

Tel est le travail effectué par la nature médicatrice pour arriver à la guérison des désordres traumatiques. Que pourrait-on faire pour lui aider dans cette voie et par conséquent pour abréger le traitement et rapprocher le terme de la gué rison ? Je dis pour lui aider dans cette voie, car évidemment si l'on contrarie les tendances de la nature, on pourra arriver à la guérison, malgré le traitement, tant est grande sa puissance; mais on aura de beaucoup reculé l'heure du souTagement.

Que pourrait-on donc faire pour aider au travail de la nature? Et d'abord qu'a-l-on l'habitude de faire dans ces cas ?

Si nous interrogeons la pratique du plus grand nombre des chirurgiens, nous trouvons d'abord l'emploi banal de moyens dits discussifs, dont l'action n'est pas bien déterminée; puis la compression, les sangsues et avec celles-ci les cataplasmes émollients chauds, surtout quand la fièvre locale est survenue.

La compression bien faite est souvent mise en pratique par M. Velpeau. Elle empêche le sang de sortir des vaisseaux déchirés quand elle est appliquée immédiatement après l'accident; elle favorise ensuite l'absorption du sang infiltre dans les tissus, et par là elle prévient ou tout au moins modère l'inflammation traumatique. Elle mérite donc d'étre employée.

Les sangsues appliquées en grand nombre sur le point contusionné, privent les tissus sous-cutanés d'une grande quantité de sang et doivent favoriser l'absorption. Telle est du moins l'opinion qui a le plus généralement cours. M. Velpeau prétend, au contraire, que les sangsues employées immédiatement après l'accident, appellent le sang dans la partie, et n'ont aucune action sur

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l'inflammation, par la raison bien simple que celle-ci ne se développe que vingt-quatre heures au moins après l'accident (1). Les sangsues ne pourraient donc avoir d'efficacité qu'après la production de l'inflammation, encore serait-il préférable de les placer autour de la contusion plutôt que sur celle-ci, car elles déterminent assez habituellement, sur le lieu de leurs piqûres, une inflammalion de la peau qu'on a beaucoup d'intérêt à éviter.

On comprendrait mieux dans ce cas l'utilité de la saignée générale et des dériratifs intestinaux, qui favorisent évidemment la résorption des liquides et peuvent modérer la fièvre traumatique.

L'habitude veut qu'on couvre les piqûres de sangsues d'un cataplasme chaud, lequel agit dans un sens diametralement opposé à celui qu'on se proposait d'atteindre par l'évacuation sanguine locale. Heureux cataplasmes, que vous êtes d'un emploi banal! Le mode d'action du cataplasme est double, et doit être étudié suivant la température et suivant l'état liquide du topique :

1. Comme corps chaud, il dilate tous les tissus dans la sphère de son action. Parmi ces tissus, tous ne sont pas également aptes à la dilatation, et, sans craindre de faire erreur, on peut limiter cette action aux vaisseaux et leur contenu. Le cataplasme dilate donc les capillaires, dont la tunique élastique est assez mince pour ne pas mettre obstacle à cet effet; mais il dilate bien plus encore le liquide qu'ils contiennent, lequel, par le seul fait d'être liquide, est bien plus sensible aux influences du calorique que les vaisseaux qui le renferment. Ces deux actions tendent d'ailleurs au même but, l'embarras de la circulation et son arrêt dans le point échauffé par le topique. En effet, le vaisseau dilaté reçoit une plus grande quantité du liquide circulatoire, et celui-ci à son tour, augmenté de volume, réagit sur le vaisseau pour le dilater encore, et ainsi de suite, si bien que le vaisseau qui, avant l'application du cataplasme, ne pouvait recevoir de front qu'un seul globule sanguin d'une grosseur donnée, ayant laissé dilater celui-ci par la chaleur du topique, ne peut plus se débarrasser de ce globule une fois qu'il est arrivé au delà de la partie soumise à l'incubation, et qui conséquemment n'est pas dilatée. Un second globule vient s'arrêter derrière celui-ci, puis un troisième, etc., et le vaisseau se trouve obstrué. De sorte que si un assez grand nombre de capillaires sont dans le même cas, il en résulte un gonflement assez notable de la partie. Telle est également l'action du bain de pieds trèschaud : aussi peut-on , par lui, arrêter monientanément le retour du sang vers les organes supérieurs, et par suite les débarrasser d'une certaine quantité de ce liquide sans l’écouler au dehors. Cet effet, qui est salutaire dans les cas où l'on veut produire une révulsion , ne peut être que funeste, au contraire, dans une contusion récente, puisqu'il agit précisément dans le sens des accidents el ne peut, par conséquent, que les aggraver.

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(1) Leçons cliniques de la Charité, dans le Journal de médecine et de chirurgie pratiques, apnéc 1853, p. 224.

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Si, au lieu de l'action calorisatrice du cataplasme, on suppose une cause interne ayant agi directement sur le sang , soit généralement, soit localement, suivant des lois qui nous sont habituellement inconnues, de manière à produire une plasticité plus grande de ce liquide, on concevra aisément, d'après les mêmes considérations physico-physiologiques, le développement d'une congestion organique (érysipele, phlegmon, pleuro-pneumonie, etc.) sous l'influence d'une cause déterminante locale en apparence assez insignifiante parfois, comme un changement subit de température, la respiration d'un air froid, etc. Ces phénomènes ont été remarqués de tout temps, mais assez mal expliqués généralement. Nous aurons occasion d'y revenir.

2o Comme corps liquide, humectant et dissolvant, le cataplasme agit tout autrement. Son action est celle d'un bain local; le liquide en est absorbé par les tissus avec lesquels il est en contact, que la peau soit saine ou non, et mis en circulation avec le sang qu'il rend plus liquide, plus coulant, par la dissolution des principes plastiques. De là plus de facilité dans la circulation, et tendance à la destruction des obstructions capillaires.

Cela explique l'effet, en partie favorable, des cataplasmes chauds dans le traitement des engorgements inflammatoires, mais ne suffit pas à en justifier l'emploi banal dans ces cas; car ce n'est pas à leur chaleur, mais à l'eau qu'ils contiennent qu'est dù leur succès, la première étant plus nuisible qu'utile.

Cela seul sullit pour faire comprendre en partie l'action de l'eau, en tant que liquide, dans les lésions qui nous occupent. La routine lui associe habituellement dans ces cas, sous le nom de discussifs, une foule de moyens auxquels on fait tout l'honneur de la cure et qui n'y sont probablement que très-accessoires. Tels sont le sel de cuisine, l'hydrochlorate d'ammoniaque, l'extrait de Saturnc (1), etc. Laissons donc de côté toutes ces inutilités et voyons ce que l'eau seule est capable de faire, et d'abord ce qu'il faudrait faire.

Ce que nous avons dit jusqu'ici doit le faire comprendre maintenant : Il faut diminuer l'afflux des liquides dans la partie contusionnée; il faut chasser ceux qui y sont, ou tout au moins les réduire de volume pour permettre aux vaisseaux de se cicatriser; enfin, il faut faciliter la restitution des liquides sortis du torrent circulatoire.

L'eau froide peut remplir toutes ces indications, tant par sa propriété liquide et dissolvante que par sa température froide.

Nous nous sommes assez étendu sur les vertus dissolvantes de l'eau; il nous reste à apprécier cet agent suivant sa température froide. C'est une question toute de physique élémentaire et qui n'est par conséquent pas soumise à l'erreur; mais qui, comme toute question de physique, demande une interprétation rigoureuse des phénomènes, si l'on veut éviter d'arriver à des conclusions con

(4) L'extrait de Salurne est peut-être utile en ce que, par l'astriction qui lui est naturelle, il peut diminuer le calibre des tuyaux circulatoires une fois absorbé avec l'eau, et agir ainsi dans le sens de la medication par l'eau froide, telle que nous la préconisons.

tradictoires. Des effets diametralement opposés peuvent, en effet, étre si facilement obtenus de cette médication, et le mal y côtoie le bien de si près, que les extrêmes semblent se toucher. Voyez, en effet, cet animal que M. Magendie soumet à un abaissement progressif de température; ses tissus extérieurs pâlissent de plus en plus à mesure que le froid augmente, et ils sont vides de sang quand la mort survient, tandis que le cæur et les vaisseaux qui en partent sont distendus par ce liquide. Répétez, au contraire, les expériences de M. Poiseuille; soumettez le même animal à un abaissement subit et considérable de température; il meurt encore, mais, lout à l'encontre du résultat obtenu par M. Magendie, les tissus extérieurs sont rouges, livides, gonflés de sang, tandis que le cæur et les gros vaisseaux sont flasques, décolorés et complétement vides.

Les deux résultats s'expliquent aisément par les lois de la physique. Dans l'un et l'autre cas, cependant, le même agent a été appliqué au mème organisme; dans l'un et l'autre cas, le sang circule dans ses innombrables vaisseaux cxactement comme dans une machine hydraulique, obéissant à l'action du calorique et de toutes les causes physiques qui peuvent se rencontrer sur son passage; mais, dans le premier cas, le froid appliqué graduellement n'a pu agir que graduellement aussi. Il a fait subir au sang de la périphérie du corps une condensation à laquelle ont dû s'ajuster les parois élastiques des tuyaux circulatoires; car, en outre que ces tuyaux se sont eux

mêmes trouvés soumis à l'action condensante, resserrante du froid, en même temps que le sang, ils doivent, en vertu mėme de l'élasticité de leurs tuniques, prendre un calibre proportionné à la colonne sanguine à contenir. Mais, dans sa course torrentielle, chaque colonne sanguine doit être incessamment remplacée par une autre; la colonne condensée cède donc la place à une colonne nouvelle, et le calibre des vaisseaux ayant diminué, celle-ci est admise moins volumineuse et subit à son tour une condensation par le froid ; d'où un nouveau retrait des parois, qui reçoi. vent une colonne sanguine moindre encore..., et ainsi jusqu'au point de fermer tout accès au fluide sanguin, qui s'arrête et se concentre de proche en proche dans des vaisseaux de plus en plus gros et jusque dans le cæur, à mesure que le froid pénètre plus avant.

Dans le second cas, au contraire, il ne se produit plus cette rétraction graduelle, insensible des parois vasculaires sur des colonnes sanguines successivement condensées, successivement amoindries..., l'abaissement de température étant subit et considérable, produit aussi un effet subit et proportionné à sa puissance. La circulation capillaire est tout à coup paralysée ou tout au moins beaucoup ralentie, et le sang, au lieu d'étre graduellement refoulé de la périphérie, y est au contraire retenu et s'y accumule à mesure que le cæur pousse de nouvelles colonnes; d'où l'engorgement des petits vaisseaux et la rougeur plus ou moins foncée du derme. Si l'on veut bien se rappeler que l'eau possède un maximum de densité à + 4° C., et que la plupart des liquides organiques jouissent d'une propriété analogue par suite de l'eau qui entre dans leur composition, on comprendra qu'il n'est pas nécessaire d'un abaissement excessif de tempéralure pour arriver à ce résultat. Il est d'observation vulgaire, par exemple, que le seul fait de façonner une boule de neige avec la main le produit. En effet, la condensation la plus considérable possible survient aussitôt que la température est abaissée vers + 4° C., et comme nous supposons que cela arrive instantanément, c'est-à-dire aussi subitement que possible en fait de phénomènes dans lesquels l'organisme doit jouer un rôle, la colonne sanguine soumise au froid n'est pas refoulée de la partie par la colonne qui la suit; celle-ci elle-même, condensée à son tour, trouve moyen de se loger en partie dans les vaisseaux de la première, et comme le froid continue incessamment et fait acquérir un volume plus considérable aux liquides à mesure de l'abaissement de température, il s'en suit un gonflement de ceux-ci, qui engorgent les vaisseaux et, par suite, ne peuvent plus en sortir; d'où un gonflement de la partie sans cesse plus considérable, à mesure que de nouvelles colonnes liquides viennent ajouter leur volume à celles qui engorgent déjà les vaisseaux capillaires.

La coloration violacée du derme que l'on observe dans ce cas constitue, par conséquent, un phénomène morbide et n'est pas le fait d'une réaction vitale. Celle-ci ne vient pas pendant l'application du froid, elle ne peut se montrer qu'après la cessation de cette application. Alors, en effet, les parois élastiques des vaisseaux capillaires n'étant plus maintenues contractées par le froid sur des colonnes sanguines condensées, il est facile aux colonnes suivantes non refroidies de communiquer leur température à ces vaisseaux et de se faire admettre plus volumineuses; d'où la rougeur, le gonflement et le retour de la chaleur. Celle-ci parait même d'autant plus élevée à l'expérimentateur qu'il était habitué à une température plus froide; et trompé par la brusque transition, il accuse une chaleur que le thermomètre ne peut pas constater. Tout le monde sait, en effet, que si l'on maintient pendant quelque temps l'une de ses mains dans l'eau froide et l'autre dans l'eau chaude, et qu'on les abandonne ensuite toutes les deux à l'air, on sait, dis-je, qu'au bout d'une demi-heure ou d'une heure, la première sera chaude et la seconde froide, par suite de la réaction en sens inverse produite dans les deux. Mais ce que l'on sait moins, c'est que

le thermomètre n'accuse pas ce changement de température, et qu'il continue à trouver la première plus froide que la seconde, malgré la sensation de l'expérimentateur. C'est que dans toute réaction, il y a un phénomène vital sensible pour le système nerveux et indépendant du phénomène physique, lequel demande une action bien plus prolongée pour se produire et nécessite probablement, en outre, l'intervention du phénomène vital.

(La suite au prochain No.)

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