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Remarques. D'abord disons que pour mieux juger de l'état physique des yeux de Mme B..., nous avons cru utile de faire représenter ces organes par trois figures conformes aux pupilles naturelles, ainsi qu'à la pupille de l'ail droit pendant qu'elle était sous l'influence d'un agent mydriasique.

Nous savons que la pupille peut se déplacer ou être bifide en différents sens, soit congénitalement, soit traumatiquement. Dans quelques familles on a vu de ces vices organiques héréditaires. Des praticiens qui ont eu occasion de rencontrer isolément ces sortes de difformités pensent pouvoir expliquer le mécanisme de leur formation de la manière suivante : s'il est vrai, dit Maunoir, que l'iris est formé par des parties hétérogènes contenant deux faisceaux de fibres musculaires, dont l'un est composé de fibres parallèles divergentes (muscle rayonnant dilatateur) et s'étend de la circonférence de cette membrane vers son centre, et dont l'autre est composé de fibres circulaires convergentes (muscle constricteur), il se pourrait qu'une portion musculaire du muscle dilatateur prit plus de force ou de développement que son congénère; de là l'excentricité pupillaire congénitale.

Pour Von Ammon, le colobôme irien est un arrêt de développement avec direction pathologique de quelques fibres du diaphragme oculaire.

Si ces théories sont exactes, il y aurait combinaison de ces deux phénomènes dans le cas qui nous occupe. Enfin, pour d'autres observateurs, l'iris serait privé de fibres musculaires et cet organe serait cellulo-vasculaire ou vasculoérectile. Quoi qu'il en soit, au point de vue physiologique, l'iris peut ètre regardé comme un photomètre, un régulateur de la lumière. Il sert pour ainsi dire de gouvernail aux fonctions de la rétine.

Dans notre cas de corectopie binoculaire, on croirait que cette difformité congénitale doit nécessairement occasionner une sorte de confusion dans la vue; il n'en est rien cependant, parce que la rétine est saine : les yeux ont fini par s'habituer à voir, comme si les pupilles étaient centrales ou en harmonie parfaite. Et chose plus étonnante encore, c'est que nous ne trouvons chez Mme B... aucun symptome propre à la corectopie et au coloboma.

Ainsi il n'y a pas de nystagmus, d'immobilité des pupilles, d'oscillation de l'iris, de strabisme, de déformation de l'ail, de photophobie, de diplopie, de myopie ni d'amblyopie, etc. Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'excentricité pupillaire ni du colobôme irien traumatiques; ces accidents sont trop répandus et leurs causes sont parfaitement connues. Notre clientèle nous en fournit tous les ans plusieurs exemples.

DE L'EAU FROIDE EN CHIRURGIE ET SPÉCIALEMENT DANS LE TRAITEMENT DES DÉSORDRES

TRAUMATIQUES DE NATURE CONTUSIVE. (Mémoire auquel la Société a décerné une médaille en vermeil au concours de 1856.) Par M. AMAND BEAUPOIL, docteur-médecin d Ingrandes (Indre-et-Loire), mem

bre associé correspondant de l'Académie impériale des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, de la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, de la Société académique de la Loire-Inférieure, des Sociétés médicales de Poitiers, Tours, etc.

L'eau froide agit, avant le développement des accidents traumatiques, pour les provenir , et après leur production, pour les combattre.

AVANT-PROPOS.

La Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles a pris l'habitude • de décerner annuellement un prix spécial au meilleur mémoire, dont le sujet » est abandonné au caprice du concurrent; en agissant ainsi, la compagnie a » pour but de laisser à certains médecins le libre choix des questions à traiter, · selon que certaines d'entre elles fassent l'objet de recherches spéciales de , l'auteur, ou constituent, d'après son expérience, un nouveau moyen curatif,

ou un progrès réel pour la médecine pratique. La Société convie donc les · praticiens observateurs à lui communiquer les fruits de leur expérience. »

Telles sont les paroles par lesquelles M. le docteur Joly commençait tout dernièrement le rapport sur la question au choix de médecine et de chirurgie, pour le concours de 1855. Un travail écrit sous leur inspiration devait donc rentrer dans les vues de la Société. Tel est le motif qui me fait lui offrir le présent mémoire pour un prochain concours. Il y est traité, en effet, de l'une des affections que le praticien, placé au milieu d'une population de travailleurs, a le plus fréquemment occasion d'observer, et sur laquelle pourtant règne encore plus d'une obscurité, notamment au point de vue du traitement, ce but vers lequel doivent lendre tous les efforts du médecin! Le traitement a été en conséquence le point de départ de ce travail; ou pour mieux dire, de la question de thérapeutique chirurgicale qu'il embrasse, je suis remonté à l'étude de la lésion la plus fréquente dans laquelle ce moyen est employé, afin de donner de son action, dans ce cas, une explication naturelle basée sur les lois de la physique et de la physiologie. J'ignore si celle explication a déjà été produite dans la science, car bordé aux ressources de ma seule bibliothèque, je n'ai pas pu entreprendre des recherches bibliographiques sérieuses, n'ayant pas même pu me procurer les deux monographies que j'aurais consultées, avec le plus de fruit sans doute, et que je ne connais que par la sèche analyse des journaux, la thèse de M. Alphonse Amussat et le livre de M. Josse, d'Amiens. La théorie que je vais présenter m'appartient donc lout entière ; elle repose sur les nombreuses observations de ma

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pratique, dont quelques-unes seront rapportées dans ce travail. Que si celle théorie a été déjà développée par d'autres avant moi, soit en tout, soit en partie, ce que j'ignore, je consens à la restituer à son auteur, mais je devais déclarer ne l'avoir empruntée à aucun.

Cette question me parait importante à un autre point de vue. Depuis quelques années, les eaux minérales sont l'objet de recherches nombreuses, et la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles elle-même, persuadée de l'importance de ces recherches, a cru devoir, dans sa séance du 6 août 1855, recommander spécialement toutes les questions qui se rattachent à l'hydrologie médicale à ceux qui voudront prendre part à ses concours ; mais chacun se livre à cette étude sans point de départ fixe et comme au hasard; de lå l'incohérence et le vide de la plupart des travaux entrepris en vue d'étudier ces eaux. L'anarchie est même si complète à cet égard que l'un des auteurs couronnés par l'Aca- . démie impériale de médecine dans le dernier concours aux prix fondés par Capuron, n'a pas craint de prendre pour épigraphe de son travail ces mots pleins de scepticisme et de découragement : Quærite et non invenietis, comme pour détourner les nouveaux travailleurs de suivre une voie sans issue. Il était donc intéressant d'examiner s'il n'y aurait pas moyen de sortir de cette impasse; j'ai cru qu'on y arriverait en suivant une marche diametralement opposée à celle usitée jusqu'à ce jour. Ces auteurs voulaient embrasser tout d'un coup la question si complexe des eaux minérales ; j'ai pensé qu'on arriverait plus sûrement au but en morcellant le problème. Ils se fourvoyaient en route, parce qu'ils négligeaient de partir d'un point fixe et bien établi; j'ai cru, au contraire, qu'il était indispensable de s'appuyer sur une base stable pour parvenir à expliquer le mode d'action de ces eaux. Cette action résulte essentiellement, en effet, en outre des circonstances hygiéniques dans lesquelles elles sont prises, des différentes conditions de température et de minéralisation qui leur sont inhérentes; j'ai donc pensé qu'on parviendrait à débrouiller l'inconnue de cette action du milieu de toutes ces données, et à faire la part de chacune d'elles, en les étudiant d'abord chacune séparément, puis réunies deux à deux, et enfin combinées toutes ensemble. De cette manière, l'étude isolée de chacune de ces données me parait devoir servir de base à leur ensemble et permettre d'arriver à quelque chose de fixe.

L'étude hydrotherapique que j'ai l'honneur d'offrir à la Société est la première assise de cet édifice, puisque l'eau naturelle y est envisagée dans sa plus grande simplicité, c'est-à-dire à la température ordinaire, et dans son applicalion à la lésion la plus simple de toutes celles où on l’emploie, la contusion. Dieu veuille que cette première pierre solidement posée soit saluée avec acclamation!

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Abondamment répandue à la surface du globe, l'eau s'est offerte à l'homme, dès le commencement du monde, pour le soulagement de ses souffrances; son emploi thérapeutique doit donc remonter à la plus haute antiquité. On en

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trouve l'indication dans les livres hipprocratiques; Celse et Galien en ont parlé; el, si l'on en croit les recherches bibliographiques de M. Stanislas Julien, elle a été employée dans des temps bien plus reculés encore par les Chinois, qui semblent avoir tout inventé dès l'origine du monde sans être parvenus à pouvoir ensuite rien persectionner.

Il était naturel en effet, que, dans ces temps antiques, l'homme faible et désarmé, en butte aux surprises des bêtes sauvages, ayant à lutter sans cesse

à contre son semblable, alors que la force brutale était la seule loi du monde, il élait naturel, dis-je, que l'homme blessé se rendit à la source la plus voisine pour y laver ses plaies, pour les y débarrasser du sang coagulé et de la poussière des chemins, pour en enlever la sanie purulente et la mauvaise odeur, enfin pour en rafraichir l'ardeur brûlante résultant de leur exposition à l'air, au soleil, au contact de tous les corps étrangers. Car l'eau naturelle peut agir non-seulement comme corps liquide, humectant et dissolvant, capable de déter-ger les plaies, mais encore par sa température froide pour rafraîchir la chaleur aride des blessures irritées. Elle était donc le topique auquel l'homme dut senger avant lout autre; elle était aussi la boisson la plus naturelle dont il put faire usage pour étancher la sois ardente, compagne inséparable des pertes de sang un peu considérables et de la fièvre traumatique.

La thérapeutique de l'eau a donc commencé par l'emploi chirurgical, et celui-ci a dù conduire ensuite à l'emploi medical par cette réflexion fort simple que calmant la soif et la chaleur intérieure qui résultent des désordres traumatiques graves , l'eau devait également tempérer la soif et l'ardeur febrile résultant des inflammations internes de cause non traumatique.

Malgré cette réflexion si simple et si ancienne, malgré un usage non interrompu depuis les temps les plus reculés jusqu'à nous, ce n'est pourtant que depuis une trentaine d'années que l'emploi de l'eau s'est généralisé et a été méthodiquenient conseillé dans les affections tant internes qu’externes. Encore l'honneur en revient-il aux tâtonnements d'un simple paysan silésien, Priesnitz, au Génie de l'eau froide, comme dit la pyramide élevée, à Græ!lenberg, à la mémoire de cet homme, chez lequel l'intelligence la plus remarquable ne put éteindre les passions jalouses et rapineuses du paysan (1).

Vantée par les uns comme une panacée universelle; dépréciée, dénigrée par les autres bien au-dessous de sa valeur réelle, l'eau a été l'objet d'appréciations trop opposées pour que nous entreprenions de tracer l'histoire de sa fortune thérapeutique. A quoi servirait au lecteur de savoir ce que pensaient de son

a

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(1) L'eau n'était pas, comme on l'a dit et comme on se plait encore à le répéter, un moyen de traitement banal et loujours le même entre les mains de Priesnitz. Malgré son manque absolu d'instruction, ce paysan silésien avait un discernement sûr qui lui avait fail reconnaitre un certain nombre de principes fixes d'après lesquels il se dirigeait; et quoique restreint à un seul agent, il avait su en tirer un ensemble de moyens determines

, distincts et variés qu'il combinait suivant le besoin des effets à obtenir, employant des modes de faire analogues dans les cas analogues, mais jamais semblables pour des

cas différents.

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application Hippocrate, Galien et Celse, dans les temps anciens; Hoo-Tho, chez les Chinois ; Guy de Chauliac, Ambroise Paré et plusieurs chirurgiens du moyen åge ou des temps modernes; Blandus (1), Lombard, Gutherie, Percy (2), Josse (d'Amiens), Bérard (Auguste), et un grand nombre de médecins de notre époque. Nous croyons d'ailleurs qu'elle ne mérite ni les louanges excessives, ni le blåme absolu qu'on lui a prodigués. Depuis plus de dix ans, nous l'avons employee dans une foule de cas chirurgicaux, et aujourd'hui il nous semble impossible de récuser les services immenses qu'elle est journellement appelée à rendre dans le traitement de toutes les phlegmasies aiguës, simples, externes et superficielles; dans toutes les congestions, en un mot, où son action réfrigérante peut s'exercer directement, immédiatement sur les parties enflammées. Tels sont les brûlures, l'érysipèle de cause traumatique, les contusions, les luxations avec large déchirure des ligaments articulaires et inflammation consécutive, les entorses, les fractures compliquées, les écrasements, l'ophthalmie traumatique, toutes les plaies, etc., tous les désordres traumatiques graves en un mot. Ce sont là des affections que le chirurgien est à même de rencontrer à chaque instant dans la pratique de son art, et auxquelles il doit apporter un remède immédiat, car le malade souffre, souffre parfois horriblement, et demande avec instance un moyen qui le soulage instantanément. L'eau qui se trouve partout et qui ne coûte rien, l'eau froide peut seule répondre aux désirs du patient. Tout le monde aujourd'hui sait cela; d'où vient donc cependant que si peu de chirurgiens en font usage; d'où vient qu'après avoir joui d'une vogue immense et avoir été d'un emploi presque exclusif, vers 1836, dans tous les services de chirurgie des hôpitaux de Paris, elle soit tombée dans un oubli tellement absolu, que ce n'est presque qu'en cachette et comme avec honte que quelques médecins se décident encore à en faire usage; d'où vient enfin que les journaux scientifiques signalent à peine quelques-uns de ses succès à de rares intervalles ?

La cause de cet abandon est indépendante de la valeur intrinsèque du moyen, car tout le monde est d'accord sur la puissance de son action dans les cas susénoncés; et s'il était nécessaire d'en fournir la preuve, il nous suffirait de renvoyer les incrédules à la brillante discussion sur les blessures par armes à feu (3). Il faut donc chercher ailleurs la cause de cet abandon. Nous croyons pouvoir en donner deux raisons : la première, c'est que l'eau est un agent trop simple, trop vulgaire; elle se présente avec une apparence trop modeste pour pouvoir garder longtemps les saveurs d'un public capricieux auquel il faut dorer la pilule pour la lui faire avaler, plebs vult decipi. Celle vulgarité nous explique pour

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(1) Ce médecin distingué d'Italie dit en parlant de l'emploi chirurgical de l'eau : Ego autem mirificum opus aquæ perspiciens in sectis partibus, non possum non mirari virtulem ejus super cælestem.

(2) Percy avait coutume de dire : J'aurais abandonné la chirurgic des armées , si on m'cüt interdit l'usage de l'eau froide.

(5) Académie de médecine de Paris, août, septembre et octobre 1848.

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