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BÉGUIN. ( Les ânes ont les oreilles longues, parce que leurs mères ne leur ont pas mis de)

Peut-être doit-on à ce proverbe insignifiant la charmante plaisanterie des oreilles à ressorts, qui parut dans le Mercure de France du mois d'avril 1770.

L'auteur prétend que si l'on n'affaissait le ressort des oreilles par l'entrave des béguins, l'organe de l'ouïe serait plus fin, plus subtil; que les oreilles, pour ainsi dire, deviendraient parlantes. « Ne bridons plus, dit-il, n'ernbéguinons plus; laissons les oreilles croître comme il plaît à Dieu, je réponds qu'elles auront un langage aussi énergique que celui des autres organes, et nos neveux béniront à jamais le siècle philosophique qui aura eu le courage de rétablir la nature dans ses anciens droits.... N'est-il pas humiliant de voir un être mâle et nerveux embéguiné comme une nonne? Si le mauvais goût de quelques femmelettes place le mérite dans l'aplatissement des oreilles, le bon goût des vrais connaisseurs le redressera. »

On avait sans doute oublié, en 1799, à Paris, et les arrêts de la faculté, et la plaisanterie du Mercure, car quelques élégantes (voyez, dans le Journal des Dames et des Modes, la gravure 112) portèrent des béguins.

A cette époque, le Cousin Jacques ( Beffroy de Regny) en était à la lettre B de son Dictionnaire néologique des hommes et des choses. Voici ce qu'on lit au mot Béguin : « Nos belles aiment à se donner des airs enfantins; on prétend que c'est pour singer la vertu: nous qui ne calomnions pas les belles dames, nous aimons mieux croire que c'est pour se rajeunir. »

Dans le treizième siècle, le mot Béguin était une injure.

Papelart et béguin
Ont le siècle honi,

disait Rutebeuf, dans sa chanson sur les ordres de

Paris {Fabliaux, tome II, p. 297).

Dans ce sens, le mot Béguin a cessé depuis longtemps d'être en usage; car il ne se trouve pas dans Nicol; mais les gens du monde donnent, par mépris, le nom de Béguines à toute espèce de religieuses.

D'où vient Béguine? De Begga, vous disent les Allemands, parce qu'elle fonda les Béguines proprement dites, filles, ou veuves sans enfans, qui vivent en communauté sans être cloîtrées. D'autres font dériver le nom de Béguine de Béguin ; et cette opinion revient à la première; car l'étymologie de Begga, nom de la fondatrice des Béguines, est Bègue; et l'on appelle béguin la première coiffure d'un enfant, parce que c'est celle qu'il porte avant que sa langue soit déliée.

BÉIAUNE. {Faire voir à quelqu'un son) C'est lui montrer qu'il manque d'expérience ou de savoir.Un bec-jaune, et, par ellipse, béjaune, est un oiseau qui n'est pas encore en âge de nicher; ce que l'on reconnaît à la partie membraneuse du bec, qui est restée jaune.

Dans les collèges de Paris, il y avait jadis un droit établi sur les nouveau-venus, qu'on appelait, par métaphore , béjaunes : payer ce droit, c'était payer son béjaune.

Les clercs de la basoche de Paris appelaient lettres de béjaune celles qu'ils obtenaient par attestation du service qu'ils avaient fait chez les procureurs.

Dans les écoles de théologie, l'intendance des étudians était commise, par les étudians eux-mêmes, à l'un d'entre eux, qu'ils nommaient l'abbé des béjaunes. • Tout cela, depuis long-temps, n'existe plus; mais dans les arts mécaniques, l'ouvrier qui passe de l'apprentissage au compagnonage , paie son bèjaune, c'est-à-dire, un régal aux ouvriers de son atelier.

BELAC, ( Tromperie de )

Vin à teindre les nappes.

Vin faible, malgré sa belle couleur. C'est Louis xin qui est l'auteur de ce proverbe; il caractérisa ainsi le vin du cru, en passant par Belac, petite ville du ci-devant Limousin.

BELLEMENT. ( Qui a faim ne peut manger)
C'est-à-dire, doucement.

Essayez de donner une autre tournure à ce vieux proverbe, et vous direz moins bien. BÉNÉDICITÉ. {Être du quatorzième) C'est-à-dire, être idiot. Mauvaise allusion au quatrième verset du cantique que les trois enfans Misac, Sydrac et Abdénago chantaient dans la fournaise de Babylone : Benedicitc omnes bestiœ etpecora Domino.

BÉNÉFICES.

Les chevaux courent les bénéfices, et les ânes les attrapent.

Mot de Louis xn, devenu proverbe. , Par le concordat passé entre Léon x et François Ier, il y eut encore des bénéfices susceptibles d'être courus en cour de Rome. Il fallait que le requérant eût obtenu des degrés dans une université; mais tout docteur n'est pas docte; de là le proverbe. Ceci, au reste, n'avait lieu que pendant les mois de janvier, d'avril, de juillet et d'octobre, appelés, par cette raison, mois gradués. BÉNISSE! {Dieu vous)

Le moindre accident peut troubler notre cerveau, brouiller nos idées, nous enlever la mémoire. Messala Corvinus oublia jusqu'à son nom ; c'est Pline qui le dit. Un éternuement peut nous réduire au même état, et il

ne faut pas chercher d'autre cause à ce souhait : Dieu

vous bénisse!

BÉNITIER. ( Pisser au )

Expression proverbiale, qui signifie, faire des sottises éclatantes, et même des actions criminelles, pour attirer l'attention. Les Grecs avaient un proverbe semblable, qu'on peut traduire ainsi en latin, in Pythii Apollinis templo cacare.

A faux titre insolens, et sans fruit hazardeux,
Pissent au benestier, afin qu'on parle d'eux.

(régnier, satire a.)

BERGER. (L'heure du)

On a introduit les noms de berger et de bergère en amour, pour y conserver, au moins dans les termes, une apparence de simplicité.

L'heure du berger signifie l'occasion favorable à un amant. Si vous laissez échapper l'heure du berger, vous ne la trouvez plus; la belle a un secret dépit qu'elle ne pardonne pas. « Prenez la femme la plus sensée, la plus philosophe, la moins attachée à ses sens ; le crime le plus irrémissible que l'homme, dont au reste elle se, soucie le moins, puisse commettre envers elle, est d'en pouvoir jouir, et de n'en rien faire. » (Confessions de Rousseau, Liv. vi.)

L'heure du berger se prend aussi pour le temps propre à réussir en quelque chose que ce soit. La fortune a ses caprices et son heure du berger, aussi-bien que l'amour. BERS. (Berceau.) On dit aussi ber, par abréviation.

Ce qu'on apprend au ber,
Dure jusqu'au ver.

Quo semel est imbuta recens servabit odorem
Testa diù. Hobat. I , ep. a , 69.

Ce vieux proverbe signifie qu'on conserve jusque dans un âge avancé les impressions de Penfance.

BESACE. ( // en est jaloux comme un gueux de sa) Se dit d'un mari qui fait épier les actions de sa femme.

Besoin.

Le besoin fait la vieille trotter. La faim chasse le loup hors du bois.

Ces proverbes se rapportent à ceux des Latins, et les Latins les avaient empruntés des Grecs : Multa docet famés. Hominem experiri multa paupertas jubet.

BÊTES. ( Quatre-vingt-dix-neuf moutons et un Champenois font cent)

Voici l'origine que l'on donne à ce dicton : Lorsque César fit la conquête des Gaules, le principal revenu de la Champagne consistait en troupeaux de moutons qui payaient au fisc un impôt en nature; mais, sur les représentations des cultivateurs d'un pays pauvre, on «exempta de la taxe tous les troupeaux au-dessous de cent bêtes. Pour n'avoir rien à payer du tout, les Champenois ne passaient jamais le nombre de quatre-vingtdix-neuf. Mais César, instruit de la ruse, ordonna qu'à l'avenir le berger de chaque troupeau serait compté pour un mouton, et paierait comme tel.

On raconte aussi que le troubadour Thibault iv, comte de Champagne, ayant mis un impôt sur les troupeaux de cent moutons, pour subvenir aux dépenses de ses fêtes, chaque berger mangea un mouton et s'ap

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