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// a battu les buissons, L'autre a prias les oisillons.

Pendant le siège d'Orléans sous Charles vil, les habitons de cette ville, pressés par la famine, mais, ne voulant pas se rendre aux Anglais, firent dire au duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, qui servait alors l'Angleterre contre la France, qu'il serait digne de sa générosité d'empêcher qu'un prince son parent, outre sa liberté, perdît encore ses biens. (Le duc d'Orléans était retenu prisonnier en Angleterre depuis la bataille d'Azincourt. ) Ils prièrent le duc de recevoir leur ville, l'Orléanais et les autres biens de leur seigneur en dépôt, jusqu'à ce qu'il fût délivré. La proposition plut à Philippe. Il alla lui-même à Paris la communiquer au duc de Bedfort, régent du royaume de France pour le roi d'Angleterre Henri vi. Bedfort, que la prospérité commençait à aveugler, ne sut pas se contraindre en cette occasion , et répondit imprudemment par une phrase devenue proverbe, qu'il n'était pas homme à battre les buissons pour laisser prendre les oisillons. Cette réponse , accompagnée de quelques brusqueries, piqua le duc de Bourgogne. Il rappela les troupes nombreuses qu'il avait, dans l'armée anglaise, et leur départ causa au régent une grande diminution de forces, dans un moment où il n'aurait pas eu trop de toutes celles qui l'abandonnaient, pour soutenir les efforts de Charles vu , alors puissamment secondé par la Pucelle d'Orléans.

Nicot, qui, dans son Dictionnaire fiançais-latin (année 1Ô0G), rapporte le proverbe : // a battu les buissons, etc., dit : « Nostre siècle est plein de batteurs de buissons et de preneurs d'oisillons, en temps de paix et de guerre, et en tous estats. »

BAUDRIER.. (Mon)

Nos pères appelaient ainsi un compagnon inséparable, un ami sur lequel ils comptaient comme sur le baudrier ou ceinture qui leur servait de bourse.

Bavardage.

Trop gratter cuit, Trop parler nuit. Le proverbe espagnol est plus expressif que le nôtre: Le peu parler est or, et le trop est boue. Les Grecs modernes disent:

Si tu gagnes de l'argent à parler, tu gagnes de l'or h te taire.

Un de nos poètes a dit de la langue:

Ne la réglons pas, rien n'est pire;
Gouvernons-la, rien n'est si bon.

BAVETTES. ( Tailler des)

Quand des femmes s'assemblent pour caqueter, on dit proverbialement qu'elles taillent des bavettes.

Le mot baver, d'où dérive bavette, est tombé en désuétude; mais on dit encore bavard.

Bavolet.

-Loin de la cour je me contente
D'aimer un petit bavoUt.

( Boisrobert. )

Le nom d'une coiffure est devenu proverbial pour désigner une paysanne. Mais quelle est l'étymologie de bavolet?

— Petit voile qui descend bas; volet pour voilet. Originairement tous les bavolets étaient des coiffures à barbes; on les porte encore tels dans la ci-devant Normandie.

Dans quelques livres anciens, au lieu de Bavolet, on trouve Bagnolet. Nous croyons que ce dernier nom est celui d'un village des environs de Paris.

Iris coiffée en chien barbet
Cessera bientôt de me plaire;
Quand elle met son bagnolet
Elle ressemble à sa grand'mère.

Autrefois de ses blonds cheveux
Célimène faisait parure;
Mais à présent elle est bien mieux,
Ayant mis bas sa chevelure.

Il s'agit d'une mode de l'année 1726 : les bagnolets d'été étaient de gaze garnie de blonde, ou entièrement de point. On faisait ceux d'hiver en velours, en pluche ou en satin sans envers, et on les garnissait d'une dentelle de soie noire. Quand les dames quittaient leurs bagnolets, elles étaient entièrement frisées par petites boucles : les cheveux, sur toute la tête, étaient coupés en vergette.

BEAUCOUP. {Cent ans ce n'est guère, mais jamais c'est )

Cela se dit à une personne qui assure, dans un moment de colère, que jamais elle ne retournera en tel endroit, dût-elle vivre cent ans.

Beau-cousin.

Anciennement on disait beau-cousin, comme on dit beau-père et beau-fils. BEAUNE. {Anes de)

Dans le treizième siècle, il y avait àBeaunedes commerçans distingués, du nom de L'Ane. Lorsqu'on voulait parler d'un commerce bien établi, on citait les Anes de Beaune. Depuis, ce nom est resté aux habitans et c'est sur une misérable équivoque que roulent toutes les plaisanteries qui ont été faites sur leur compte.

BEC. (// attend que les alouettes lui tombent toutes rôties dans le)

Allusion à la manne qui tombait du ciel, du temps des Philistins.

BEC. (Passer la plume par le)

Cette façon de parler fait allusion à une espièglerie de clercs ou d'écoliers, qui, pour déniaiser un nouveauvenu , épient le moment où il a la plume à la bouche, et le barbouillent, en tirant cette plume par le bout d'en haut.

Il y a encore un jeu qui consiste à faire passer une plume sur les lèvres des jeunes filles. Celle qui sort sans rire de l'épreuve est, dit-on, sage et imprenable; mais cet essai a ses périls, et peu d'entre elles osent en courir la chance.

BÉGUIN. (Il a encore son premier)
C'est-à-dire, il est sans expérience.

BÉGUIN. (Je le connais dès le)
Depuis son enfance.

A trois ou quatre ans, les enfans quittent aujourd'hui le béguin. Il n'en était pas de même vers le milieu du règne de Louis xv; garçons et filles portaient généralement cette coiffure à six ou sept ans, et dans quelques familles, la permission de quitter le béguin arrivait pour les demoiselles beaucoup plus tard. Craignant des bommages trop précoces, certaines mères obligeaient leurs filles à porter, toutes grandes, une coiffure qui voulait dire : Je suis encore une enfant, ne m'adressez point de propos indiscrets, ne faites point attention à moi.

Lorsque J. J. Rousseau (année 1762) proscrivit le maillot, la bride, petite bande de toile qui fait partie d'un béguin, et qui sert à le fixer sur la tête, fit comprendre cette coiffure dans son projet de réforme.

Le docteur Des Essartz ( Traité de l'éducation corporelle des en/ans en bas âge, Paris, 1760) avait déjà dit que cette bride, comprimant les glandes maxillaires et même les parotides, y occasionnait un engorgement et un gonflement.

Le docteur Alpbonse Le Roi (Recherches sur les habillemens des femmes et des en fans, Paris, 1772) ajouta : «Souvent on serre trop le cordon, à dessein d'affermir la coiffure de l'enfant; alors cette compression arrête le sang dans les veines, le refoule vers le cerveau, ce qui produit ou aggrave une multitude de maladies auxquelles les enfans succombent le plus ordinairement. »

Dans XEncyclopédie méthodique (Paris, 1785), M. Rolland de La Platière lança aussi son manifeste contre les béguins. «Nous nous abstiendrons, dit-il, de tous détails de la layette, têtière, béguins, fichus, chaussettes, bavoirs, mouchoirs, etc., fatras de liens incommodes, de pièces ridicules, dont la sottise et le préjugé embarrassaient l'enfance, gênaient ses mouvemens, arrêtaient sa croissance, et dont le bon sens commence à l'affranchir. »

Mais le coup le plus terrible fut un article du Mercure de France, signé M. «Qu'est-ce qui a fait, dit l'abbé Galiani dans une lettre à madame d'Epinay, cette plaisanterie charmante des oreilles a ressorts? Elle est digne de Swift, et de tout ce qu'il y a de plus délicat dans ce genre. Si Grimm n'en est pas l'auteur, je ne le connais point. »

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