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BARBE. ( Faire la )

Faire la barbe a quelqu'un , c'est lui donner des marques de mépris, le braver.

On sait combien les Orientaux tiennent à leur barbe; cbez nous, il en fut de même jadis. Le serment ordinaire de Charlemagne était : Je jure par saint Denis et par cette barbe qui me pend au menton.

Depuis Clovis jusque vers la fin du douzième siècle, on laissa croître la barbe. Pendant environ quatre siècles, ce furent les cheveux qu'on porta longs.

François Ier introduisit une mode contraire, lorsqu'un coup reçu à la tête, en jouant, l'eut obligé de faire accourcir ses cheveux.

Henri ni, qui portait une toque de femme, fit couper sa barbe; mais on voit dans d'Aubigné quelle impression produisit ce changement.

Henri fut mieux instruit à juger des atours

Des p de sa cour, et plus propre aux amours:

Avoir le menton raz , garder la face pâle f

Le geste efféminé, l'œil d'un sardanapalc;

Si bien qu'un jour des Rois, ce douteux animal,

Sans cervelle, sans front, parut tel en un bal.

Sous Henri iv, la barbe fut un des principaux articles de la toilette. On vit des barbes en éventail, en queue d'hirondelle, en feuille cl'artichaut, et des moustaches à la turque, a Vespagnole, en garde de poignard. Une cire préparée donnait à la barbe le parfum et les couleurs à la mode ; la nuit on la renfermait dans un sac fait exprès; de jolies brosses étaient destinées à en réparer le désordre; et un petit-maître regardait comme une faveur insigne qu'une dame voulût bien donner à sa barbe le coup de brosse.

Sous L'ouis XiIi , qui monta sur le trône à l'âge de neuf ans, les barbes perdirent de leur crédit. Les courtisans ne conservèrent qu'un petit bouquet de barbe, d'abord carré, puis pointu, qui finit par disparaître.

On sait les vaudevilles qui furent faits sur le retranchement des barbes, sous le ministère du cardinal de Richelieu.

Vous êtes aussi rasé
A la mode de la cour,
Car l'on vous fait le poil bien court.

Ça, monsieur de Laforce,
Que je vous la fasse aussi.
Hélas! sire, mercy,
Ne me la coupez pas,
Plus ne me connaîtraient vos soldats.

Richard Million, bailli du comte d'Eu, mort en 1626, fut le dernier qui porta une longue barbe.

Bardot.

On appelle ainsi, dans une compagnie, celui sur qui les autres se déchargent du poids de leurs travaux. Au propre , c'est un petit mulet.

BARILLET. [Jaloux de sa femme comme un ladre de son )

C'est-à-dire, du petit baril qui contient sa provision de vin.

Ce proverbe se trouve dans Brantôme.
BARRE. {Avoir)

Avoir barre sur quelqu'un , c'est avoir avantage sur lui.

Expression tirée du jeu que les écoliers appellent jeu de barres3 et qui est une image de la guerre, car les joueurs sont divisés en deux camps.

BARRETTE ( Parler à la) de quelqu'un^

Le réprimander avec colère; littéralement, porter la main sur la partie du chaperon qui lui couvre le front. (Voyez Chaperon.)

On appelait, dans le moyen âge, le devant d'un chaperon barrette, à cause des passemens dont il était orné, et qui formaient des barres. Par la suite on détacha du chaperon cet appendice, mais le mot barrette resta; et il est encore en usage, quand on parle du petit bonnet rouge à trois faces (i), envoyé par le pape à un souverain, pour un de ses sujets promu, sur sa demande, au cardinalat.

Bas-breton.

Les Bas-Bretons savent que nos rois sont maries lorsqu'ils ont des en/ans. Proverbe angevin.

Il s'applique à des gens qui ne savent les choses que long-temps après qu'elles sont faites.

BASSIN. {Cracher au)

C'est contribuer à une dépense, mais avec autant de peine qu'en éprouve un malade à expectorer des flegmes.

Anciennement les collectes ne se faisaient point avec une bourse ; c'était un bassin que les personnes préposées aux quêtes par les marguilliers présentaient dans l'église, les jours de fêtes solennelles.

BAST. ( Qui ne veut selle, Dieu lui doint)
Doint, donne, du verbe doigner, venant de donare.
Ce proverbe s'applique à ceux qui, en quittant une

condition qu'ils ne trouvent pas bonne, s'exposent à

tomber dans une pire.

(i) Les cardinaux étrangers n'ont le chapeau que lorsqu'ils vont à Rome, et qu'ils le reçoivent des mains du pape; ils peuvent le faire entrer dans leurs armes; mais à leur convoi ce chapeau n'est point placé sur leur cercueil.

BASTILLE. (Plus d'argent que le roi n'en a dans sa)

Le trésor des rois de France fut gardé d'abord au Temple, puis au Louvre, ensuite dans une tour de la cour du Palais. Il était, en 1604 , à la Bastille ; Henri iv y avait alors sept millions d'or, suivant les Mémoires de Sully, et en 1610, année de sa mort, quinze millions huit cent dix mille livres.

BATEAUX. (Arriver en trois)

Proverbe ironique. Coste, commentateur de La Fontaine, en rapporte ainsi l'origine : «Lorsqu'on surfait au peuple du poisson, tel que.... l'acheteur, pour en ravaler le prix, répond ironiquement au vendeur: Oh !je le vois bien, ce poisson est venu en trois bateaux. Celui qui le premier imagina ce trait, trouva plaisant de comparer la méchante petite barque d'un pêcheur à un vaisseau marchand richement chargé, qui aurait été escorté par deux vaisseaux de guerre; d'où le propriétaire prend droit d'augmenter le prix de ses marchandises à proportion de ce que lui a coûté le convoi. »

La Fontaine a employé ce proverbe dans la fable 3TM du gme livre.

BATON (Faire sauter le) à quelqu'un.

C'est lui faire faire quelque chose malgré lui.

Cette métaphore fait allusion à un amusement qui consiste à faire arrêter tout à coup un troupeau de moutons, pour sauter par-dessus un bâton qu'on tient élevé à trois ou quatre pieds de hauteur.

BATON. (Tour du)

Tour du métier, profits secrets et illicites.

La Monnoye tire cette expression du petit bâton avec lequel les joueurs de gobelets font leurs tours de passepasse. De Brieux pense qu'il s'agit du bâton des maîtres-d'hôtel; et, suivant Borel, baston ala même signification que ton bas; on ne dit qu'à l'oreille de celui qu'on veut mettre dans ses intérêts : Vous aurez tant, si vous me secondez dans cette affaire. Peut-être aussi est-ce un proverbe féodal. Lorsqu'un seigneur se faisait représenter pour juger, il donnait sa baguette à celui qui le représentait. En payant l'amende, plus d'un condamné aura cru que les profits du juge étaient ajoutés aux amendes de la loi.

BATONS. {Fêles a)

Nos pères appelaient ainsi les fêtes solennelles, parce que ces jours-là non seulement le grand chantre, mais les chefs des confréries, marchaient à la procession, tenant en main une espèce de bourdon.

Les avocats ont leur bâtonnier. Ce titre vient de ce que, anciennement, le doyen des avocats portait, à une procession de Saint-Nicolas, un bâton auquel était suspendue la bannière du saint. Ce titre fut ensuite un hommage volontaire que l'ordre rendit aux talens, aux vertus, à la considération personnelle. Le bâtonnier fut réélu, tous les ans, par le suffrage des anciens bâtonmers.

Battre. Il fait bon battre glorieux.

Parce qu'il ne s'en vante pas, et que vous n'avez pointa craindre les personnes qui pourraient le venger.

Autant vaut bien battre que mal battre.

Quoi qu'il puisse arriver, il ne faut pas faire les choses à demi.

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