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Platon a conçu, il l'a senti, et l'a exprimé dans ses vers, toujours décens, toujours circonspects.

Amour Poétique.

Amour idéal. Les Italiens disent : Amour à la façon de Pétrarque, Petrarchevolmente.

Piron, dans sa Métromanie, qu'on peut appeler une satire échappée à l'auteur contre lui-même, fait ainsi le portrait d'une maîtresse poétique:

Oui, je l'aimais avec autant de volupté
Que le vulgaire en trouve à la réalité;
La réalité même est moins satisfaisante,
Sous une même forme elle se représente;
Mais une Iris en l'air en prend mille en un jour:
La mienne était bergère, et nymphe tour à tour,
Brune ou blonde, coquette ou prude, filffe ou veuve,
Et, comme tu crois bien, fidèle à toute épreuve.

Boileau parle de ces amoureux transis, qui, bien buvant, bien mangeant, meurent par métaphore.

AN. (Bonjour et bon)

Façon de parler proverbiale et familière en saluant les personnes au commencement de l'année.

SUR LE JOUR DE l'tX.

Ne peut-on du calendrier

Effacer le premier janvier,
Ce jour fatal aux pauvres bourses,
Ce jour fertile en sottes courses;
Ce jour où cent froids visiteurs,
A titre de complimenteurs,
Pleins du zèle qui les transporte,
Sèment l'ennui de porte en porte?
Où fuir les assauts pétulans
De ces baiseurs congratulans,
Qui viennent donner pour étrenne
Le fier poison de leur haleine?
O jour! qui n'as pour amateurs
Que l'ordre des frères questeurs,

QuaDcl du joug dur de tes corvées
Verrons-nous nos cités sauvées?

, (Mercure de janvier I716.)

ANE. ( Oreille d')

Nos pères disaient d'un bon serviteur, qu'il devait avoir oreille d'âne; c'est-à-dire, tout écouter, sans faire aucune réplique.

Ce proverbe est pris de la coutume de l'âne, qui, malgré le bruit qu'on fait autour de lui, va son pas et baisse l'oreille.

ANE. {Courre l') ,

«Tout le monde chevauchera, et je meneray l'asne.» (rabelais, Liv. n, chap. 27.)

L'usage dont parle Rabelais, usage que la police n'était pas encore 'parvenue , vers la fin du dix-huitième siècle, à détruire entièrement, avait lieu dans plusieurs parties de la France.

Appliquée d'abord aux infidélités entre époux, cette mascarade était devenue la vengeance banale de toutes les querelles, de tous les ressentimens, de toutes les petites jalousies. Les ménages les plus honnêtes, les personnes les plus recommandables par leur conduite ou leurs emplois, étaient exposés à servir de jouet à la populace.

Cet usage avait commencé on ne sait à quelle époque , pour ridiculiser un homme qui s'était laissé battre par sa femme. Cette mauvaise plaisanterie , qui eut lieu pendant le carnaval, fut continuée les années suivantes; et dans d'autres endroits on voulut se donner le même divertissement.

A Castelnaudari, on forma une cour avec un président et des conseillers; on faisait, le premier dimanche de carême , une procession qui passait dans toute la ville, à dix heures du soir. Chaque membre de la cour tenait un flambeau, et l'étendard était porté par le plus jeune marié de la troupe. Le costume du président et des conseillers était l'habit de velours noir, et un manteau de soie jaune. La cour avait ses registres sur lesquels on inscrivait les procès-verbaux de ses séances, ainsi que la chanson de l'année.

ANE. ( Faute d'un point Martin perdit son ) Pasquier, Liv. vm de ses Recherches, donne à ce proverbe, d'après Alciat, une origine bien peu vraisemblable.

Un nommé Martin aurait été titulaire d'une abbaye appelée Ascllo; sur la porte se serait trouvée cette inscription:

PORTA PATHHS ESTO HULLI CLAUDARIS HOBE5TO.

L'abbé, ennuyé des hôtes que cette inscription lui attirait, aurait fait mettre après le mot nulli le point qui se trouvait devant le mot honesto; en sorte que, honnête ou non, tout étranger aurait été exclus.

Pour cette espièglerie, l'abbé aurait perdu son bénéfice : on aurait mis cette nouvelle inscription:

PBO SOLO PUHCTO CARUIT MARTIHUS ASELLO.

Et comme le mot Asello présentait une équivoque , on aurait dit plaisamment:

Faute d'nn point Martin perdit son âne.

Voici une explication plus naturelle : Un nommé Martin, ayant joué son âne au dé, le perdit pour un point de différence.

L'âne de la communauté
Est toujours le plus mal bâté.

Communiter negligilur quod communiter possidetur; ordinairement on néglige ce que l'on possède en

commun.

ANE. ( Contes de Peau a" )
Contes sans vraisemblance.

Peau d'âne est le titre d'un des Contes de Perrault; Boileau s'en moque dans une de ses Lettres au docteur Arnauld. Mais c'est aussi une des nouvelles de Bonaventure des Perriers, la dernière de son Recueil, dans l'édition de La Monnoye. La Fontaine y fait allusion par ces vers de la quatrième fable du huitième livre:

Si peau d'âne m'était conté

J'y prendrais un plaisir extrême.

En voici le sujet : Une jeune fille n'obtint la permission d'épouser son amant, qu'à condition de paraître en public vêtue d'une peau d'âne ; ce qu'elle exécuta.

Insulter l'âne jusqu'à la bride.

C'est faire une réponse méprisante à un sot qui s'est permis d'être insolent; par exemple:

« Votre lettre est devant moi....; tout à l'heure elle sera derrière. »

ANGE. {Écrire comme un)

Prosper Marchand, dShs son Dictionnaire historique, tome Ii, page 296, dit que c'est la belle écriture de signor Angelo Vergece, qui a donné lieu au proverbe, écrire comme un ange.

Sous Charles v, Charles vi, Charles vu et Louis xi, la France eut aussi d'excellens calligraphes; mais la découverte de l'imprimerie fut préjudiciable à l'écriture. En place de lettres carrées et détachées, on fit des lettres rondes avec des liaisons; ce qui était plus expéditif, mais sans symétrie.

La gravure, qui commença à fleurir sous François iCT, fit aussi du tort aux miniatures qui ornaient les manuscrits , et on leur substitua des estampes.

Dans le moyen âge, un livre écrit correctement était en quelque sorte un trésor que l'on léguait à ses descendans ou à des établissemens publics, ou que l'on vendait par contrat comme une terre ou une maison.

Lorsqu'un particulier possédait plusieurs manuscrits, lui-même, pour l'ordinaire, avait pris la peine de les copier ;lant était cher le salaire des écrivains de profession.

ANGLAIS. (J'aipayé tous mes )

C'est-à-dire, tous mes créanciers. Le roi Jean étant prisonnier en Angleterre, il y eut une grande imposition mise sur le peuple pour payer sa rançon; et de là vint ce proverbe. Estienne Pasquier (Recherches de la France ) donne au mot anglais, synonyme de créancier, une interprétation un peu différente. « Toutefois, dit-il, en parlant du traité de Bretigny, les Anglois se sont fait accroire que nous ne nous acquittâmes pas ainsi que nos capitulations le portoient. Si cecy est véritable ou non, je m'en rapporte à la vérité de l'histoire: tant y a que Froissard, qui ne favorise pas grandement les François, est de ceste opinion. Et de là est venu , à mon jugement, que nous appelons Anglois ceux qui pensoient que nous leur deussions. »

Le pape est devenu Français,

Et Jésus-Christ Anglais.

Se disait dans le temps que le siège papal était à Avignon, et que les Anglais occupaient une bonne partie de la France.

ANSES. ( Faire le pot a deux) Mettre ses mains sur ses hanches pour disputer, à la manière des harangères.

A2VTAN. ( Je m'en soucie comme des neiges d') Antan, vieux mot qui signifie l'année précédente, antè annum.

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