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Les gens qui ont l'habitude de temporiser, meurent sans avoir rien fait d'utile; et c'est chez eux paresse bien plus que prudence.

AFFAMÉ. (Pou)

Ainsi s'appelle un gueux à qui l'on a donné un emploi lucratif, où il cherche à s'enrichir promptement.

Age.

Chaque âge a ses humeurs, ses goûts et ses plaisirs.

(reghier, Sat. 6.)

Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.

(BoiLEiU, Artpoét.)

Estienne Pasquier, mort en 1610, avait eu la même idée, lorsqu'il donna aux cinq parties de son recueil de poésies, les titres de Loyauté, Liberté, Ambition, Vieillesse amoureuse et Vieillesse rechignée. « J'ai, disait-il, composé la première partie de ces poésies, lorsque j'étais encore dans ma première jeunesse , temps heureux de la vérité, de la franchise, du loyal amour : on aime alors de bonne foi, et l'on croit être aimé de même. Dans l'âge suivant, qui est celui où j'ai composé la seconde partie de mes poésies, le cœur est plus libre et moins franc : on s'aperçoit qu'on peut être trompé, et on devient quelquefois trompeur. L'âge de l'ambition est le troisième; elle devient la passion dominante, lorsqu'on ne peut plus voguer à pleines voiles sur la mer d'amour. La quatrième partie est intitulée Vieillesse amoureuse, parce qu'il arrive souvent qu'on revient sur ses anciennes brisées d'amour, dans un âge où on n'y doit être nullement disposé. Enfin, lorsque l'on est tout-à-fait vieux, renonçant à tous désirs ambilieux et galans, le vieillard ne connaît plus d'autre passion que l'humeur, qui le porte à blâmer tout ce qui se passe, et à critiquer les défauts des autres, en se plaignant de ses propres infirmités. »

AGIOS.

Mot grec, que le peuple a fait passer dans notre langue, et qui tire son origine de trois versets de l'office du vendredi-saint, lors de l'adoration de la croix. Ces trois versets commencent par agios (saint); et chacun d'eux se répète trois fois.

Sans entendre le mot dans le sens qu'il a en grec, le peuple s'en sert pour marquer la surprise. Voila bien des agios ! Les agios d'une mariée.

Entre les dents barbotte

Tout à part Iny, d'agios une botte,

a dit Mnrot dans son Epître pour un gentilhomme de la cour, écrivant aux dames de Châteaudun. AGNÈS.

Pour innocente, comme tenant de l'agneau.

Aidek. Aide-toi , le ciel t'aidera.

Le charretier de la fable de LaFontaine (io^du 6°" Ltv. ) a donné lieu à ce proverbe. Pique tes bœufs, indolent; prête l'épaule, pousse la roue, aide-toi, le ciel t'aidera.

AIGUILLE. ( Discuter sur la pointe d'une )

C'est contester pour une bagatelle.

Les Grecs disaient: Disputer sur l'ombre d'un âne. Ce proverbe était fondé sur une historiette que Démosthènes conta, dit-on, aux Athéniens, pour les rendre plus attentifs à ce qu'il leur disait. Un jeune homme avait loué un âne pour aller d'Athènes à Mégare. C'était dans l'été; vers midi le soleil elait brûlant, et il ne se trouvait pas un buisson où l'on pût se mettre à l'abri. Que fait notre voyageur? il descend de sa monture, s'assied près d'elle, et se rafraîchit à son ombre. Là nier qui était du voyage prétend que celte place lui appartient, et le prouve, en disant qu'il avait bien loué l'âne, mais non pas son ombre. La dispute s'échauffe; des paroles on en vient aux coups; et ces deux moyens de persuasion n'ayant rien décidé, l'affaire fut portée en justice.

AIGUILLE. (Defil en')
De propos en propos.

A mesure que les mœurs deviennent plus raffinées, on abandonne les proverbes, on craint de paraître n'avoir pas assez de rapports avec la bonne société. Vous n'entendrez point une couturière dire: De. fil en aiguille, et un commis marchand : Je sais ce qu'en vaut l'aune*

AIGUILLETTE. ( Courir V )

Se disait autrefois des femmes de mauvaise vie.

Esl\enneVasqiiiev(Rechercltes de la France, Liv. vu, chap. 33) fait mention d'une ordonnance de Saint-Louis, qui enjoignait aux femmes débauchées de porter une aiguillette sur l'épaule. «On voulut, dit-il, que telles bonnes dames eussent quelque signal sur elles pour les distinguer- et recognoistre d'avec le reste des preudefemmes, qui fut de porter une esgnillette sur Vespaule: coutume que j'ay veu encore se pratiquer dedans Tholoze par celles qui avoient confiné leurs vies au Cliastel-Verd, qui est le bordeau de la ville, qui me fait penser qu'anciennement en la France, lorsque les choses furent mieux réglées, cette mesme ordonnance s'observa : dont depuis est dérivé entre nous ce proverbe, par lequel nous disons qu'une femme court l'esguillette, lorsqu'elle prostitue son corps à l'abandon de chacun. »

Ce proverbe peut aussi venir du prix de la course, établi de temps immémorial, à Beaucaire, dans le cidevant Languedoc. Les filles publiques qui voulaient venir à la foire de la Magdeleine, couraient en public la veille de cette foire célèbre, et celle qui la première avait atteint le but marqué, recevait pour prix un paquet d'aiguillettes. ([)

L'aiguillette qui fermait l'ouverture du haut de chausses des hommes, offre une explication plus simple encore. Les femmes dont il s'agit mettaient de l'empressement à dénouer l'aiguillette.

AIGUILLETTE. (Nouer V)

Cette manière de caractériser les maléfices des prétendus sorciers sur un jeune marié qui se trouve clans un état d'impuissance, vient de ce que dans le seizième siècle, qui était celui des exorcismes, l'espèce d'étui que l'on nommait braguette, se serrait avec un cordon terminé par une aiguillette.

Dans nos campagnes il y a encore de prétendus

(l) L'origine des aiguillettes que porte, soit sur l'épaule droite, soit sur l'épaule gauche, l'élite de la cavalerie et de la gendarmerie française*, est trop curieuse pour que nous ne saisissions péi l'occasion de la donner. Cette origine est espagnole. Le duc d'Alhe, pour se venger de l'abandon d'un corps considérable de Belges, ordonna que les délits qui se commettraient fussent punis de la corde, sans distinction de rang Ces braves firent dire au duc que, pour faciliter l'exécution de cette mesure, il» porteraient sur le col une corde et un clou. Cette troupe s'étant distinguée, la corde et le clou devinrent des marques d'honneur, et furent transformés en aiguillettes.

noueurs d'aiguillette. Un jeune marié se trouve-t-il dans un état de débilité qui contrarie les plus chers désirs de sa jeune épouse : c'est un sort, à n'en pas douter.

Voici ce que dit M. Fremont (du Calvados), dans une brochure intitulée Note sur l'orobanche de Dioscoride (in-8° de 32 pages, Paris, Capelle et Renand, 180g): « Assis sur le bord de la Tardouère, au milieu d'un buisson touffu, je confrontais diverses plantes que j'avais cueillies, avec les savantes descriptions qu'en a données M. de Jussieu, lorsque mon travail fut interrompu par la soudaine apparition d'une jeune et charmante personne d'environ vingt ans, qui paraissait pro-' fondément affligée. Elle passa sans m'apercevoir, et fut à quelques pas de là s'adresser à un vieillard dont la figure hâve, la longue barbe et les vêtemens déguenillés annonçaient un devin. Après une humble révérence elle lui conta piteusement ce qui la tenait en émoi, et lui promit une brebis noire.et dix francs s'il parvenait à désensorceler son mari. Le vieillard , avant préalablement fait quelques grimaces et beaucoup de difficultés, accepta le marché avec un écu dà-compte: il ramassa quelques pieds d'orobanclie, et, tourné vers l'occident, grommela dessus quelques paroles barbares; il les remit dans les belles mains de la jeune femme, lui dit de les hacher dans une salade, et de la présenter à son époux. Cette aventure, qui se rapportait si bien aux propriétés de la plante que je venais d'examiner, piqua ma curiosité; je voulus en connaître la suite, et pour cet effet, je me rendis le lendemain de bonne heure au même endroit. Je vis d'abord conduire la brebis noire à la cabane du sorcier; je fréquentai les mêmes lieux pendant quelques jours, affectant de cueillir de

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