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droit s'appelait cullaige, cullage, cidliage; ou, en termes plus décens, droit de prélibation; du latin prœlibare, goûter d'avance, goûter le premier.

Quand les attraits d'une nouvelle mariée n'avaient rien d'engageant pour le seigneur, ou lorsqu'il se faisait scrupule de jouir du droit dans toute sa plénitude, il n'exerçait que le droit de jambage ou cuissage; pendant que l'épouse était couchée , il introduisait une jambe dans son lit, et se tenait sur l'autre jambe en s'appuyant sur une lance.

Les dames de Magni, près Pontoise, étaient obligées d'aller battre les fossés du château de Bantelu, toutes les fois que la châtelaine était en travail d'enfant, pour empêcher les grenouilles de coasser.

Le vassal d'un seigneur des environs de Bressuire, en Poitou, devait, le lendemain de la première couche de la dame de...., se présenter à la porte de sa chambre, et dire à haute voix: Vive madame de.... et le nouveau-né! Ce vassal était tenu à boire tout d'une haleine une bouteille de vin qu'on lui servait, avec un morceau de pain blanc pesant une livre, et une perdrix bien salée et bien poivrée.

Le seigneur de La Moc, en Picardie, obligeait, au quatorzième siècle, les femmes de ses vassaux à tenir les pieds de la sienne pendant la première nuit de ses noces.

Lorsqu'une fille devenait mère dans le comté de Dunois, le bailli du seigneur ou son fermier se transportait le lendemain de l'accouchement au domicile de la délinquante, armé d'une poignée de verges, et se faisait donner un écu, ou administrait la correction des enfans. Ce droit s'appelait le droit des fillettes.

Dans un dénombrement de 1517, un vassal de la

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comtesse d'Aulge confesse qu'il doit offrir tous les ans à cette dame un rasoir fin pour son usage; et le titre nomme la partie du corps que cette dame rasait.

Par un acte fait au château de Crève-Cœur, en Aulge, le i3 juillet 1606, Jacques de Montmorency, baillif et gouverneur deCaen, seigneur châtelain de Crève-Cœur, baille en pure, vraie et perpétuelle Jiejfe, à honnête homme, Loys Varin, chirurgien, une portion de terre sise au bourg de Crève-Cœur, à la charge d'y bâtir une maison avant deux ans, de payer annuellement une rente; à la charge encore defaire la barbe et les cheveux dudit seigneur et de ses gentilshommes deux fois l'an; a savoir, aux vigiles de Noël et de Pâques , et en cas qu'il y auroitfille de chambre ou autre servante pucelle demeurant audit château, icelui f^arin, ch irurgien, sera tenu , le jour ou cettefille de chambre ou sen>ante sera mariée, de lui.... (de lui enlever avec le rasoir ce que les femmes de l'Orient font tomber avec des pommades épilatoires).

Nous avons parlé du droit de girouette; celui-ci n'était bizarre qu'en apparence. Dans l'origine, on ne l'avait accordé qu'au chevalier qui avait monté à l'assaut de quelque ville, et planté sa bannière ou son pennon sur lesremparts. Ces girouettes étaient peintes, armoriées, et représentaient les bannières et les pennons de la noblesse.

On armoriait aussi les litres.

Honte.

Elle a honte bue, elle a passé le pont de Gournay.

A une époque où la clôture n'élait pas très bien observée dans les couvens de filles, les religieuses de Chelles, abbaye située de l'autre côté de la Marne, pas

I

snient le pont, et a'iaient visiter les moines de Gournay. Le peuple se scandalisa de ces visites; et leur fréquence fit naître un proverbe qui fut appliqué en général aux femmes de mauvaise vie.

H OIV T EUX.

Il n'y a que les honteux qui perdent.

Proverbe dirigé contre ceux qu'une sotte timidité, une mauvaise honte empêchent de faire valoir leurs droits.

Un honteux n'eut jamais belle amie.

On suppose qu'une belle femme doit être entourée d'adorateurs, et difficile dans le choix d'un amant.

Ce proverbe peut aussi vouloir dire : Que les honteux ne gagnent rien , et qu'il faut être entreprenant auprès des femmes.

HÔTE.

Qui compte sans son ho'te compte deux fois.

En d'autres termes : On se trompe quand on fait un projet sans la participation d'une personne dont le consentement est nécessaire pour son exécution.

Les fréquens démêlés des voyageurs avec leurs hôtes, quand il s'agit de régler les comptes, ont donné lieu à ce proverbe.

La Fontaine a dit que:

Le moins prévoyant est toujours le plus sage.

Notre proverbe cependant doit être appliqué à ces faiseurs de projets, qui, après tel nombre d'années consacrées aux affaires, doivent, comme Gilblas, enfermer avec eux le bonheur dans une autre petite maison de Lirias. Les maladies, les accidens, les commotions politiques, sont autant d'hôtes avec lesquels ils n'ont pas compté.

HOTELLERIE. ( Printemps d')

Mot critique de Ninon sur le teint d'une vieille coquette. Ce mot courut et eut la vogue pendant une bonne partie du règne de Louis xiv. Madame de Sévigné le rappelle dans une de ses lettres : c'était une allusion à ces mauvais tableaux des quatre saisons qui forment ordinairement des dessus de porte dans les cabarets.

HOTJSEAUX ,(Ilya laissé ses ) dit-on d'un homme qui est mort en quelque lieu éloigné de son domicile. Le mot houseaux ayant cessé d'être en usage , on dit dans le même sens : Il y a laissé ses guêtres; on devrait dire ses bottes; car les houseaux étaient de cuir, comme les bottes qui leur ont succédé.

HOUSSE. («Sepromener en)

C'est-à-dire, à cheval. Au milieu du seizième siècle, époque où les carrosses étaient encore rares, les personnes de distinction qui allaient par la ville étaient montées sur un cheval couvert d'une grande housse qui descendait presque jusqu'à terre. Cet usage existait encore sous Louis xiv, puisque Boileau, Satire 7, dit:

Courir chez un malade un assassin en housse.

HUCHE. {Enflé du vent de la)

Proverbe que les paysans appliquent à une personne jeune dont les joues sont rebondies, et qui a eu le pain à discrétion.

La huche est une caisse de bois où l'on pétrit le pain.

Les ouvriers que nous appelons menuisiers, étaient anciennement connus sous le nom de huchiers. Hd Guenot.

Sobriquet donné en France aux protestans (1) calvinistes.

( 1 ) La dénomination de protestant, appliquée originairement aux

Gui Coquille, dans ses Dialogues des misères de la France , dit, en parlant du règne de François n, qu'à cette époque on commença à employer le mot huguenot; et il le fait dériver de Hugues, parce que les protestans défendaient contre les Guise la lignée de Hugues Capet.

D'autres disent qu'un député calviniste ayant commencé sa harangue au roi par Hue nos venimus, et ayant de nouveau balbutié les mots hue nos auxquels il s'arrêta, les courtisans, peu familiarisés avec le latin, firent tourner cette mésaventure en plaisanterie, et donnèrent le sobriquet hugnot aux gens du parti.

Suivant d'autres, oh aurait d'abord dit egnots, et ce mot composé de l'allemand eid, foi, et gnossen , associé, signifierait allié en la foi.

Estienne Pasquier, dans ses Recherches de la France, rapporte qu'à Tours le peuple appelait le roi Hugon, «un rabat qui toutes les nuicts rodoitpar les rues, par quoy le peuple, entendant qu'il y avoit quelques uns qui faisoient des assemblées de nuict, les appela huguenots, comme disciples de Hugon. » (i)

Une marmite sans pieds, où l'on fait cuire de la viande sur un fourneau, s'appelle une huguenote. Les protestans la substituèrent à la marmite ordinaire, afin d'éviter le scandale les jours où l'usage de la viande est interdit aux catholiques.

Humeur.

Humeur de chien, humeur de hibou, humeur de dogue.

sectateurs de Luther, après leur protestation contre le décret lancé par la diète de Wortns, le 19 avril i5i4? est devenue commune à toutes les sectes séparées de l'église catholique.

(1) Le lutin qu'on appelait le roi Hugon, à Tours, était, à Toulouse, la Mato-Bestio; à Orléans, le mulet Odet ; à Blois, le Loup-garou; et à Dijon, Forte-Épaule.

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