Images de page
PDF
ePub

existence au tonnerre. Qu'un orage survienne pendant la nuit, les femmes naturellement peureuses cherchent la protection de leurs maris. Mécontentement, bouderie, tout est oublié. L'orage se dissipe; mais la conversation entamée se poursuit, et l'hymen fait sa récolte.

Ce sont les en/ans de la messe de minuit, qui cherchent leur père a tâtons.

Anciennement les églises étaient beaucoup plus fréquentées dans la nuit qui précède Noël, et il s'y commettait plus de désordres que maintenant.

C'est à cause de ces désordres que l'on dit des enfans dont le père est inconnu : Ce sont en/ans de la messe de minuit, qui cherchent leur père a tâtons.

Être de la lignée de Noël.

Ne point appartenir à une famille.

( Songe du vieux Pèlerin. )

ENFARINÉE. {Tenir la gueule)

Métaphore empruntée des boulangers, qui, au moment d'enfourner, sèment de la farine a la gueule ( à l'entrée) de leur four, et jugent, par la manière dont la farine s'allume, si le four a le degré de chaleur convenable.

ENGLUÉE. {La chevêche est) C'est-à-dire, les voleurs sont pris au piège. Chevêche était anciennement synonyme de chouette. Ainsi cette comparaison vient de la pipée, espèce de chasse où l'on place les gluaux sur des arbres dépouillés de leurs feuilles : les chouettes accourent en entendant contrefaire le cri des petits oiseaux.

ENGRAINE. {Le premier venu) Ce proverbe est une leçon pour les paresseux. Celui qui tarde trop à exécuter une entreprise qu'il a conçue, court grand risque de voir pareil projet réalisé par un autre.

S'il s'agit d'emplois, de dignités à postuler, le proverbe s'applique encore mieux. Ce n'est pas le tout de courir, il faut partir de bonne beure.

Les Italiens disent : Premier venu, premier servi.

Aux desseins importons la diligence importe.

(rotrou, Venceslus, act. 3, se. 3.)

Ennemi.

// n'y a point de petits ennemis. .

Le sens de ce proverbe se trouve dans un passage de l'Ecriture. « Ne tombez jamais, dit l'Ecclésiastique (chap. 8), en différend avec celui qui, quoique pauvre, a une langue. »

La fourmi a sa bile, disaient en proverbe les anciens Grecs.

Plutarque raconte que Brasidas ayant porté la main sur des figues sècbes, et sentant la morsure d'une souris qui s'y était cachée, s'écria: Il n'y a point d'animal si faible qui ne se venge quand on le tourmente.

Tiens pour un éléphant ton ennemi, ne Jut-ilpas plus gros qu'une fourmi.

( Proverbe turc. * )

« Point d'ennemis, ma chère enfant, écrivait madame de Sévigné à madame de Grignan ; faites-vous une maxime de cette pensée, qui est aussi chrétienne que politique : je dis non seulement point d'ennemis, mais beaucoup d'amis ; vous en sentez la douceur dans votre procès. On peut avoir besoin de tel qu'on ne croit pas qui puisse jamais servir; on se trompe : voyez comme madame de La Fayette se trouve riche en amis de tous cotes et de toutes conditions; elle a cent bras, elle atteint partout; ses enfans savent bien qu'en dire, et la remercient tous les jours de s'être formé un esprit si liant. »

Enn Ci.

Tromper l'ennui.

Expression proverbiale; c'est-à-dire, se procurer des ressources contre l'ennui.

De. singulières ressources étaient celles de BussyRabutin, prisonnier à la Bastille. «Je me donnais, dit-il (tome 11 de ses Mémoires), de l'emploi toute la journée; mon impatience me servait d'occupation; je m'amusais à être impatient, quand je ne pouvais faire autre chose ; je faisais souvent frapper par mon valet à la porte de ma chambre pour appeler celui qui en avait la clef, auquel j'avais toujours quelque chose de nécessaire à demander. Une autre fois je m'allais enfermer une heure clans un cabinet où je n'avais de jour que par une lucarne, et puis je me faisais une liberté artificielle quand je retournais dans ma chambre. »

La lecture l'avait rebuté. «Quand on lit en prison, dit-il, on ne s'attache qu'aux matières qui peuvent faire craindre : quand on trouve dans les histoires de longues prisons, on ne manque jamais de prendre cela pour soi; toutes les grandes disgrâces font trembler : de vingt volumes que j'avais lus, il ne m'était demeuré dans la mémoire que la prison de Marie Stuart de dix-huit années, celle de Charles d'Orléans de vingt-cinq, et celle de Jean, comte d'Angoulênie, son frère, de trente : je n'avais retenu que cela; les sujets mêmes et les aventures agréables m'avaient fait souffrir en les lisant , parce que j'avais du regret de n'être pas en état d'en avoir de semblables. »

ENRACINÉE. (Tard médecine est apprêtée
A maladie}

Ce proverbe répond au passage suivant d'Ovide:

Sero medicina paratur
Cum ma/a per longas invaluere moral.

Enseigne.

On disait autrefois d'un méchant portrait, d'un méchant tableau, qu'il était bon à faire une enseigne.

Les choses ont bien changé depuis un siècle. Watteau, peintre de genre, mort en 1721, fit pour une marchande de modes du pont Notre-Dame à Paris, une enseigne qui obtint les honneurs de la gravure. A peu près dans le même temps on admirait, à la descente du Pont-Neuf, l'enseigne du petit Dunkerque. Sous Louis xv, celle d'un armurier du pont Saint-Michel fut achetée comme tableau par un riche financier.

Au commencement du dix-neuvième siècle, une enseigne très remarquable fut celle d'un marchand de cristaux dans la rue qui a repris le nom de rue Royale, près la porte Saint-Honoré. Malheureusement cette enseigne était peinte sur des volets, et le marchand ayant changé de domicile, elle fut effacée. En j 804, la Fille mal gardée, enseigne d'un marchand de cotonnades, attira la foule rue de la Monnaie. En 1808, la Toison de Cachemire, rue Vivienne, obtint les suffrages de tous les connaisseurs. Bientôt après parurent, dans la même rue, les Trois Sultanes, tableau vraiment cligne de figurer dans un Musée; puis le Couronnement de la Rosière, de Joconde, encore dans la même rue; le Comte Orry, sur les boulevards; la Blanche Marguerite, rue Montmartre, etc. etc. L'importance que les marchands mettent à leurs enseignes fit naître en i8i3, à un imprimeur de Panis, l'idée de les faire graver toutes, pour former des têtes de factures. On est entré chez tel marchand à cause de la beauté de son enseigne, on y retourne pour en avoir la gravure.

Communément ce sont des pièces de théâtre qui fournissent aux marchands les sujets de leurs enseignes. Dès qu'une pièce a la vogue, c'est à qui, le premier, en fera peindre une scène; et quelquefois l'enseigne est un contre-sens. Comment ne pas sourire, quand on voit pour enseigne au magasin de deux associés, les Deux Gaspard, qui se filoutent à qui mieux mieux? Quel fond peut-on faire sur uii établissement de commerce qui s'annonce sous les auspices des Danaïdes, ces stériles travailleuses qui s'épuisent à remplir un tonneau toujours vide? Est-ce pour encourager les gens qui achètent à crédit que cet autre marchand a fait peindre M. Guillaume, laissant emporter ses dix aunes de drap marron par l'Avocat patelin? Et la Fille mal gardée est-elle une chose assez nouvelle pour signaler un magasin de nouveautés?

Des enseignes parfaitement analogues à leur objet, sont : les Architectes canadiens, au-dessus de la boutique d'un marchand de chapeaux ; et le Débarquement des chèvres du Thibcl, au-dessus d'un magasin de schalls.

Outre les tableaux, il y a des enseignes parlantes; et comme chacun veut enchérir sur son voisin, vous voyez des gants dont chaque doigt est de la grosseur du bras, et des bottes qui contiendraient autant de liquide qu'un mu ici. Quand tous veulent se distinguer, personne ne se distingue. Il y a soixante-dix ans c'était encore pis. Un moraliste qui écrivait au milieu du dix-huitième

« PrécédentContinuer »