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Pensez donc bien, mes chers frères, que Dieu est partout, et qu'il voit tout; il ne faut pas finasser avec lui, c'est vouloir prendre la lune avec les dents. Il faut aller droit en besogne, et ne pas mettre la charrue devant les bœufs; quand la poire est mûre, ilfaut la cueillir.

Quand on veut faire son salut, voyez-vous, il faut aller de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Si le démon veut vous dérober, laissez-le hurler après vous; chien qui aboie ne mord pas. Soyez bom chevaux de trompette, ne vous effarouchez pas du bruit. Les méchans vous riront au nez; mais c'est un ris qui ne passe pas le nœud de la gorge; c'est la pelle qui se moque du fourgon. Au demeurant, chacun son tour, et à chaque oiseau son nid paraît beau. Au surplus, pour être heureux , il faut souffrir; les pois ne peuvent pas tomber tout cuits dans la bouche; après la pluie ment le beau temps, et après la peine le plaisir. Laissez dire : Trop gratter cuit, trop parler nuit; moquezvous du qu'en dira-t-on, et ne croyez pas que, qui se fait brebis, le loup le mange. Non, non, mes chers. frères; Dieu a dit : Plus vous vous serez humiliés sur la terre , plus vous serez élevés dans le ciel.

Ecoutez et retenez bien ceci, je vous parle d'abondance de cœur; il n'est pas besoin de mettre les points sur les i; à bon entendeur salut; il n'est qiïun mot qui serve; il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron; quiconque fera bien, trouvera bien,- les écrits sont des mâles, dit-on, et les paroles des femelles; on prend les bœufs par les cornes , les hommes par les paroles, et quand les paroles sont dites, F eau bénite est faite.

Faites donc de solides réflexions sur tout ce que je vous ai dit : il faut choisir d'être à Dieu ou au diable; il n'y a pas de milieu, et comme on dit, il faut passer par la porte ou par lafenêtre. Vous n'êtes pas ici pour enfiler des perles, c'est pour faire votre salut. Ce n'est pas sur l'anse d'un panier que vous rendrez vos comptes; le démon a beau vous dorer la pilule, quand le vin sera tiré, ilfaudra le boire, et c'est au fond du pot qu'on trouve le marc.

Au surplus, à l'impossible nul n'est tenu; je ne veux pas vous sauver malgré vous, moi. Si ce que je vous dis vous entre par une oreille et vous ressort par Vautre, c'est comme si je prêchais à des sourds; mais c'est égal, quand il fautfondre la cloche, sauve qui peut, malheureux qui est pris— Pour moi, je m'en bats l'œil; je suis comme saint Jean-Bouchedor, je dis tout ce que je sais; et comme cluirité bien ordonnée commence par soi-même, je vais tâcher de faire mes orges et de retirer mon épingle du jeu. Alors, quand je serai sauvé, ah! ma foi, arrive qui plante, je vous dirai tire-t'en Pierre! et si vous allez à tous les diables, je m'en lave les mains.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Amen. Ainsi soit-il.

Passons à la Bibliographie des proverbes.

Jean de la Véprie, prieur de Clairvaux, en i495, recueillit plusieurs proverbes français qui furent mis en vers latins par Jean-Gilles Des Noyers, et que Josse Badius imprima, à Paris, en i5i(). Voici un des proverbes de Jean de la Véprie:

Quand argent faut, tout faut.

La traduction par Des Noyers renferme un jeu de mots:

Déficiente pecu, déficit omne, nid.

Pierre Gringore, poète lorrain, donna, en i52j, Notables Enseignemew, Adages et Proverbes par quatrains, in-8", Paris.

Pierre Grognet, poète bourguignon, publia, en 153o et 1533, les Mots dores du grand et sage Caton, en latin et en français, avec aucuns bons et très utiles Adages, Auctorités et Dicts moraux des sages, profitables à chacun, m-8°, Paris.

Charles de Bovelles, chanoine de Noyon, écrivit des Proverbes et Dicts sententieux, avec l'interprétation d!iceux. Ce recueil ne fut imprimé qu'en 155 j.

Gilles Corrozet, libraire à Paris, publia, en i54o, un ouvrage en vers intitulé : Hécatomgraphie, descriptions de cent figures et histoires contenant plusieurs apophthegmes, proverbes, etc., des anciens et modernes ; in-8°, Paris. Ces descriptions sont renfermées dans des quatrains au nombre de cent; en voici un:

Dessoulz beaulté gist déception.

Bien souvent soubz quelque beaulté
lit soubz bonne et doulce apparence,
Gist fallace et desloyauté,
Dont on ne fait la différence.

Jean-Antoine de Baïf, né en I53i, a fait des sixains tout composés de proverbes; nous en avons déjà parlé; et ce n'est point au hasard, mais comme faisant exception, que nous citons le suivant:

Trop de miel mangé s'amertume.
Qui trop à jouir s'accoutume,
Gaste du plaisir le plaisir.
Ce que l'on cherche, on ne rencontre;
Qu'on n'y pense plus, il se montre.
Eastif se repent à loisir.

Jean Le Bon, médecin du duc de Guise, a écrit des Adages ou Proverbes français, qui ont été imprimés //j-8°, à Paris, dans le seizième siècle.

Henri Estienne, deuxième du nom, a consacré aux proverbes, particulièrement à ceux qui sont traduits du grec et du latin, trente-neuf pages de son ouvrage sur la Précellence du langage français; in-12, Paris, i55g.

Le même a donné, en 15g4, in-8°, les Prémices, ou le premier livre des Proverbes épigrammatisés, ou des Kpigrammes proverbialise'es.

On trouve l'explication de quelques proverbes français , à la fin du Dictionnaire français-latin de Nicot, imprimé en 1606, in-folio, sous le titre de Trésor de la langue française , tant ancienne que modernes et quelques additions à cet abrégé de proverbes dans l'édition du même dictionnaire, donnée en 1608, à Lyon, par Jean Baudoin.

Gabriel Meurier a écrit en français, quoiqu'il fût né en Flandre, un volume de 332 pages sur les proverbes; en voici le titre : Trésor des Sentences dorées et argentées; Proverbes et Dictons communs réduits selon l'ordre alphabétique; in-i 2, Cologoe, 1617.

Voici le commencement de la lettre B.

Bien heureuse est la maison
Où prudence règne et raison.
Bien heureux qui a femme sage,
Car c'est l'ornement du mesnagc.

En 1640, Antoine Oudin, interprète des langues étrangères, donna à Paris, in-8°, les Curiosités françaises pour supplément aux dictionnaires, ou Recueil de plusieurs belles propriétés, avec une infinité de proverbes et de quolibets, pour l'explication de toutes sortes de livres.

Il y a dans cet ouvrage beaucoup plus de quolibets que de proverbes; et l'on y donne comme proverbes des façons de parler à peine connues. L'auteur a puisé dans X Astrée , dans Polexandre , dans Ariane, dans Poljxène, et autres romans.

A son tour, il a été copié par P. J. Le Roux , auteur d'un Dictionnaire comique, satirique, critique, etc., dont nous parlerons plus bas.

En i653, un Hollandais, grand admirateur de la Comédie des Proverbes, donna un essai d'un ouvrage assez considérable, qui parut trois ans plus tard, à La Haye, sous le titre d'Étjmologie, ou Explication des Proverbes français, divisée en trois livres par chapitres en forme de dialogue, par

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