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faire dire aux auteurs une phrase proverbiale; en sorte que cette vérité ou cette phrase se trouve placée naturellement à la fin de la dernière scène.

Carmontelle, lecteur du feu duc d'Orléans, nous a laissé dix volumes in-8° de pièces de ce genre; les six premiers parurent en 1768; les deux suivans, vers 1783, et les deux autres après sa mort, en 1811. M. C. de Méry, chevalier de la Légion-d'honneur, a joint à la réimpression des huit premiers volumes (Paris, Delonchamps, 1822), une Dissertation historique et morale sur les proverbes, et une Table explicative de l'origine et du sens des proverbes traités par Carmontelle.

M. Gosse, membre de la Société Philotechnique, est l'auteur de deux volumes ira-8°de Proverbes dramatiques, qui ont paru, en 181 g, chez Ladvocat, libraire, à Paris. Dans un Avant-propos, M. Gosse combat le préjugé d'un grand nombre de personnes sur son devancier. « Elles pensent, dit-il, que Carmontelle n'écrivait pas bien, accoutumées comme elles le sont au style à effet, aux termes ambitieux, à la recherche continuelle de l'esprit, au clinquant des mots, au cliquetis des antithèses; tout ce qui est naturel leur parait trivial; tout ce qui est vrai leur parait commun. »

Deux autres volumes m-83 de Proverbes dramatiques, imprimés par Le Normant, à Paris, en 1823, sont l'ouvrage d'un homme du monde, M. Théodore Leclercq. Comme dans ceux de Carmontelle, il y a de la gaîté sans indécence, du naturel, et le ton de la bonne compagnie.

En i654, on dansa à la cour le ballet des Proverbes, composé par Benserade. La scène changeait de face à tous les proverbes. En Voici le sujet : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Ce ballet était divisé en deux parties : dans la première partie, pour la première entrée , on personnifiait le proverbe : A petits merciers, petits paniers; pour la seconde entrée, jamais amoureux honteux n'eut belle amie; pour la troisième, un fou en amuse bien d'autres; pour la quatrième, tout ce qui reluit n'est pas or; pour la cinquième, tel menace qui a grand peur; pour la sixième, entre deux vertes une mûre; pour la septième, à gens de village trompette de bois; pour la huitième, l'occasionfait le larron; pour la neuvième, il vaut mieux être seul qu'en mauvaise compagnie; pour la dixième, on se traite de Turc à Maure; pour la onzième, ce qui vient de la flûte s'en va au tambour; et pour la douzième, à bon vin bon cheval. Dans la première entrée de la seconde partie, on personnifiait les armes de Bourges; dans la seconde entrée, à vaillant homme courte épée; dans la troisième, a beau parler qui n'a cure de bien faire; dans la quatrième, quand les en/ans dorment les nourrices ont bon temps; dans la sixième, le jeu n'en vaut pas la chandelle; dans la septième, il n'est pas si diable qu'il est noir; dans la huitième, chacun cherche son semblable; dans la neuvième, il n'est de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre; dans la dixième, après la panse vient la danse; et dans la onzième, les Espagnols, inventeurs des proverbes.

Mis en comédie et en ballet dans le dix-septième siècle, les proverbes furent aussi la matière d'un sermon.

SERMON EN PROVERBES, OU PROVERBES EN GUISE DE SERMON.

Mes très chers frères,

Tant va la cruche à l'eau qu'enfin elle se brise. Ces paroles sont tirées de Thomas Corneille, Molière et compagnie. (Sganarelle à don Juan, acte v, scène m, v. 14.)

Cette vérité devrait faire trembler tous les pécheurs; car enfin, Dieu est bon, mais aussi qui aime bien châtie bien. Il ne s'agit pas de dire je me convertirai. Ce sont des écoute s'il pleut; autant en emporte le vent; un bon tiens vaut mieux que deux tu auras. Il faut ajuster ses flûtes, et ne pas s'endormir sur le rôti. On sait bien l'on est, mais on ne sait pas l'on va; quelquefois l'on tombe de fièvre en chaud mal, et l'on troque son cheval borgne pour un aveugle.

Au surplus, mes enfians, honni soit qui mal y pense! un bon averti en vaut deux; il n'est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre; à décrasser un Maure, on perd son temps et son savon, et f on ne peut pas faire boire un âne s'il n'a soif. Mais suffit, je parle comme saint Paul, la bouche ouverte; c'est pour tout le monde, et qui se sent morveux se mouche.

Ce que je vous en dis, n'est pas que je vous en parle; comme un fou avise bien un sage, jé vous dis votre fait, et je ne vais pas chercher midi à quatorze heures.... Oui, mes frères, vous vous amusez à la moutarde, vousfaites des châteaux en Espagne; mais prenez garde, le démon vous guette comme le chat fait la souiis; il fait d'abord patte de velours; mais quand une fois il vous tiendra dans ses griffes, il vous traitera de Turc à Maure, et alors vous aurez beau vous chatouiller pour vousfaire rire, et faire les bons apôtres, vous en aurez tout du long et tout du large.

Si quelqu'un revenait de l'autre monde, et qu'il rapportât des nouvelles de l'école, alors on y regarderait à deuxfois, chat échaudé craint Veaufroide; quand l'on sait ce qu'en vaut Faune, on y met le prix; mais là-dessus, les plus savans n'y voient goutte; la nuit, tous chats sont gris, et quand on est mort, c'est pour long-temps.

Prenez garde, disait saintChrysostôme, n'éveillez pas le chat qui dort, V occasion fait le larron , vous taillez en plein drap; mais les battus paieront Vamende. Fin contre fin ne vaut rien pour doublure; ce qui est doux à la bouche est amer au cœur; et à la Chandeleur les grandes douleurs. Vous êtes comme des rats en paille, vous avez le dos au feu, le ventre à la table; les biens vous viennent en dormant; on vous prêche, vous n'écoutez pas, ventre affamé n'a pas d'oreille; mais aussi, rira bien qui rira le dernier. Tout passe, tout casse, tout tasse; ce qui vient de laflûte retourne au tambour, et l'on se trouve à terre le cul entre deux selles; alors il n'est plus temps, c'est de la moutarde après dîner; il est trop tard de fermer Vécurie quand les chevaux sont pris.

Souvenez-vous donc bien de cette leçon, mes chers frères, faites vie qui dure; il ne s'agit pas de brûler la chandelle par les deux bouts; qui trop embrasse mal étreint; et a courir deux lièvres, on n'en prend aucun. Il ne faut pas non plus jeter le manche après la cognée. Dieu a dit : Aide-toi, je t'aiderai : n'est pas marchand qui toujours gagne; quand on a peur des feuilles, il ne faut pas aller au bois; mais il faut faire contre fortune bon cœur, et battre le fer tandis qu'il est chaud.

Un homme sur la terre est comme un oiseau sur la branche, il doit toujours être sur le qui vive; on ne sait ni qui vit ni qui meurt; l'homme propose, Dieu dispose; tel qui rit vendredi, dimanche pleurera; il n'est si bon cheval qu'il ne bronche, et quand on parle du loup, on en voit la queue.... Oui, mes chers frères, aux yeux de Dieu tout est égal, riche ou pauvre, il n'importe, tant vaut l'homme, tant vaut la terre; bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Les riches paient les pauvres; ils se servent de la patte du cluxt pour tirer les marrons du feu; mais saint Ambroise a dit : Chacun son métier, les vaches sont bien gardées : il ne faut pas que Gros-Jean remontre à son curé; chacun doit se mesurer à son aune, et comme on fait son lit on se couche. Tous les chemins vont à jRome^direz-vous; oui, mais encore faut-il les savoir, et ne pas choisir ceux où il y a des pierres.

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