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et se joindre d'un coin du monde à l'autre La jouissance et la possession appartiennent principalement à l'imagination; elle embrasse plus chaudement et plus continuellement ce qu'elle va quérir, que ce que nous touchons. Comptez vos amusemens journaliers, vous trouverez que vous êtes lors plus absent de votre ami, quand il vous est présent; son assistance relâche votre attention. »

L'absence ne refroidit que les passions brûlantes, comme l'amour et la haine.

Les sages ont la bouche dans le cœur, et les fous le cœur dans la bouche.

Proverbe emprunté aux Italiens. Cœur est ici synonyme de courage.

Chez les Orientaux, c'est au rebours, quant à la rédaction:

Le fou lient son cœur sur sa langue, le sage tient sa langue dans son cœur. ( Proverbe turc *. ) Mauvaise tête et bon cœur. (Proverbe breton.)

Sans doute, les habitans de l'ancienne province de Bretagne ont de la franchise et de la loyauté; mais il ne faudrait pas qu'ils se fissent gloire de leur rudesse et de leur opiniâtreté.

COFFRE. (Drôle comme un )

Proverbe du temps où les coffres tenaient lieu de commodes. On les garnissait de cuir doré que l'on tirait de l'Espagne; les dessins représentaient des arabesques.

COFFRE. (Mourir sur le)

C'est-à-dire être en charge jusqu'à la fin de ses jours. Autrefois les laquais s'asseyaient dans l'antichambre , sur un coffre.

Une lettre de madame de Sévignéà sa fille nous fournit un exemple de ce proverbe : « Je reviens à M. de Turenne, qui, en disant adieu à M. le cardinal de Retz, lui dit : Monsieur, je ne suis point un diseur, mais je vous prie de croire sérieusement que, sans ces affaires-ci, où peut-être on a besoin de moi, je me retirerais comme vous, et je vous donne ma parole que si j'en reviens, je ne mourrai pas sur le coffre. »

Le même proverbe se trouve dans cette épitapbe de Tristan l'Hermite:

Ébloui par l'éclat de la splendeur mondaine,

Je me flattois toujours d'une espérance vaine;

Faisant le chien couchant auprès d'un grand seigneur,

Je me -vis toujours pauvre et tâchai de paroitre;

Je vécus dans la peine, attendant le bonheur,

Et mourus sur un coffre en attendant mon maître.

COGNÉE. [Jeterle manche après la) Rendre plus grande, par dépit, la perte qu'on vient d'éprouver. L'exemple est pris d'un bûcheron qui, n'ayant plus que le manche d'une cognée, le jetterait au lieu de le réserver pour l'adapter à un autre fer.

C'est une bien malheureuse disposition de l'esprit humain, que celle qui nous prive dans la bonne, et surtout dans la mauvaise fortune, du sang-froid dont nous avons besoin pour juger sainement de notre position. L'orage a-t-il passé sur nos domaines, nous ne voyons que le ravage qu'il a fait, les arbres qu'il a brisés, les moissons qu'il a détruites. Le regret des biens qu'on nous ôte ne nous rend pas seulement insensibles à la jouissance de ce qu'on nous laisse; il nous en dérobe la vue, et souvent même nous y fait trouver un excès d'infortune.

COL (Se tenir)
Rester tranquille.
Autrefois on écrivait quoy, du latin quietus;
Et l'on disait aussi:
Tout quoj,

comme dans le sonnet où Jean Avril parle du baiser
donné à Alain Chartier:

Son parler fut si doux, qu'une fille de roy,

Le trouvant endormy, s'en approcha tout quoy,

Et en public baisa cette bouche admirable.

COIFFE. ( Triste comme un bonnet de nuit sans)

Ce proverbe exprime l'espèce d'abattement dans lequel on tombe sans motif particulier. Rassasié de tout, détrompé de tout, l'homme forme encore des désirs vagues, et devient mélancolique.

Sans coiffe, c'est-à-dire, sans enveloppe de toile blanche, un ancien bonnet de nuit d'homme, un bonnet de laine, était véritablement l'emblème de la tristesse; tandis que l'enveloppe lui donnait une sorte d'élégance. Cette enveloppe était une espèce de sac de toile fine, bordé d'une bande de mousseline. Quand on avait recouvert le bonnet, on fronçait le sac, et la bande de mousseline formait une espèce de houppe.

COIFFÉ. (Il est né)

C'est-à-dire, il est né heureux. Ce proverbe vient de l'augure favorable que les anciens tiraient de l'espèce de coiffe dont la tête de quelques enfans est revêtue quand ils viennent au monde, la considérant comme un diadème de roi ou une mitre de grand-prêtre. Un ancien poète a fait un rondeau sur cette prospérité innée:

Coiffé d'un froc bien raffiné,
Et revêtu d'un doyenné
Qui lui rapporte de quoi frire,
Krcre René devient messire,
Et vit comme un déterminé.

COI

Un prélat riche et fortuné,
Sous un bonnet enluminé,
En est, si je l'ose ainsi dire,
Coiffé.

Ce n'est pas que frère René
D'aucun mérite soit orné,
Qu'il soit docte, ou qu'il sache écrire,
Ni qu'il ait tant le mot pour rire;
Mais c'est seulement qu'il est né
Coiffé.

Les Anglais disent d'un homme issu de parens riches, qu'tZ est avec une cuillier d'argent à la bouche.

COIFFÉE. {Chèvre)

On dit d'un homme qui n'est pas difficile en amour, qu'i/ aimerait une chèvre coiffée.

Coiffer.

On dit des vieilles filles que l'on désespère de voir mariées, qu'elles resteront pour coi/fer sainte Catherine, (i)

Dans beaucoup d'églises, l'usage s'est maintenu de coiffer la mère du Sauveur; il en était sans doute de même jadis pour sainte Catherine, patrone des vierges.

La condition de vieille fille est frappée dans les idées du monde d'une sorte de disgrâce, tandis qu'on devrait s'intéresser à des êtres qui souvent ont fait de touchans sacrifices, et qué recommandent, pour l'ordinaire, des perfections morales.

En 1788, parut, à Paris, chez Le Tellier, un volume in-ia de 172 et 224 pages, intitulé : Essai satirique et amusant sur les vieilles filles ; traduit de l'anglais par M. Sibille. La première partie traite des défauts ordinaires aux vieilles filles; la seconde de leurs bonnes

(1) Le nom de Catherine veut dire, en grec, pure, hennéte.

qualités, a J'exhorte, dit l'auteur, la vieille fille solitaire, que je regarde comme l'habitante d'un désert où les fleurs de l'amour sont entièrement desséchées et celles de l'amitié répandues de loin en loin, et en très petit nombre, à faire de la charité sa compagne favorite et inséparable. Celle qui suivra ce conseil est sûre de trouver dans les délices qui naîtront de ce commerce, l'équivalent de tous les plaisirs précaires dont les caprices du sort l'ont peut-être privée. »

COIN. [Frappé au bon)

Se dit d'un ouvrage d'esprit que l'on trouve bon. Cette métaphore est empruntée de l'art du monnayeur.

M. Chaussard a eu la hardiesse de dire, en parlant de Voltaire:

Soit qu'au coin de Morans et des jeux complaisaus
En légère monnaie il frappe le bon sens.

( Épitre sur quelques genres dont Boileau n 'a point fait mention. )

Colère.

C'est la colère du père Duchêne.

Se dit d'un courroux impuissant.

Cette expression proverbiale vient des imprécations en termes grossiers, qui se trouvaient en 1792 et 1793, contre les autorités du temps, dans le journal d'Hébert, dit le père Duchêne.

COLLATIO WNEB.

Avant la révolution l'on disait : L'ordre de Cîteaux dîne bien, mais collationne mal, parce qu'il avait de grands revenus pour vivre, et peu de bénéfices à conférer; c'était un jeu de mots sur le mot collation, qui tantôt signifie un repas du soir, et tantôt l'action de conférer un bénéfice.

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