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Où l'œil du corps finit, l'œil de l'esprit commence,
Et sa tremblante main le sceptre affermira.

CHOEUR. {Jacobins en chaire, cordeliers en) Ce proverbe signifie que les jacobins tâchent d'avoir de bons prédicateurs, et les cordeliers de belles voix.

CHOEUR. {Enfant de)

Tondu comme un enfant de chœur.

Trois usages fort anciens se sont maintenus relativement aux enfans de chœur, dans les églises cathédrales. On coupe leurs cheveux ras, quoique les chanoines et les chantres soient depuis long-temps en possession de la frisure; ils saluent à la manière des femmes, en pliant les deux genoux; et au lieu de baisser leur stalle, ils se tiennent, malgré la faiblesse de leur âge, presque debout, appuyés sur l'étroite saillie qu'on nomme miséricorde.

Chou.

Juin, juillet et août,
Ni femme ni chou.

La saison des choux est passée, et les chaleurs énervent les maris.

Ménager la chèvre et le chou.

C'est parer à deux inconvéniens. Ce proverbe vient d'une question faite à des enfans, pour les accoutumer à réfléchir et à trouver des expédiens. Voici la question : Un homme a un bateau fort petit dans lequel il faut qu'il passe un loup, une chèvre et un chou, mais l'un après l'autre. S'il prend le loup le premier, voilà le chou en proie à le chèvre; s'il prend le chou, le loup étranglera la chèvre; s'il prend la chèvre, même embarras pour le voyage suivant; et pendant qu'il viendra chercher ce qu'il aura réservé pour le troisième, ou la chèvre ou le chou sera mangé. Il y a pourtant un moyen; c'est de prendre d'abord la chèvre seule; le chou reste avec le loup qui n'y touche pas. Au second voyage, on prend le chou et l'on ramène la chèvre, à la place de laquelle il faut passer le loup, qui, étant à l'autre bord auprès du chou, n'y fera aucun tort. Alors le maître revient, reprend la chèvre restée seule, et ménage ainsi la chèvre et le chou.

Voici un autre problème qui a beaucoup de rapport à celui-là, et qui est cité dans les Récréations mathématiques d'Ozanam. « Trois maris jaloux se trouvent avec leurs femmes, pendant une nuit fort obscure, au passage d'une rivière. Us rencontrent un bateau sans batelier; ce bateau est si petit, qu'il ne peut porter que deux personnes à la fois. On demande comment ces six personnes passeront deux à deux, aucune femme ne demeurant en la compagnie d'un ou de deux hommes, si son mari ne s'y trouve. — Deux femmes passeront d'abord; puis l'une, ayant ramené le bateau, repassera avec la troisième femme. Ensuite l'une des trois femmes ramènera le bateau, et, restant à terre, laissera passer les deux hommes dont les deux femmes sont de l'autre côté. Alors un des hommes.,ramènera le bateau avec sa femme, et la mettant à terre, il prendra le troisième homme, et repassera avec lui. Enfin, la femme qui se trouve passée entrera dans le bateau, et ira chercher en deux autres fois les deux autres femmes. »

En 1807, M. Tournay fit du proverbe, ménager la chèvre et le chou, le sujet d'une chanson, sur l'air du Ballet des Pierrots; en voici le premier couplet:

Guidant sa chèvre pnr la barbe,
Tenant an gros chon sous le liras,
Au point du jour, la jeune Barbe
Au marché courait à grands pas;
Sa mire, prévoyante et sage ,
En l'embrassant lui dit : Mon chou,
Songe qu'il faut, dans le voyage ,
Ménager la chèvre et le chou.

Faire ses choux gras;

Profiter des événemens pour faire sa fortune. Ce proverbe se prend ordinairement en mauvaise part.

«Ho mon amy, disoit-il (Alexandre vi), si tu sçavois comment je feis mes choulx gras de la croisade, tu serois tout esbaliy. »

(Pantagruel, Liv. a, chap. 17.)

( Voyez Faire ses orges. )

Ciel.

Il est avec le ciel des accommodemens.

La Dame des belles cousines voulant rendre heureux le petit Jehan de Saintrè, s'informe s'il pratique exactement les devoirs de religion.

La fèe Mêlior, couchée avec Parlhenopex de Blois, fait dans le lit sa profession de foi.

Dans un assez grand nombre de romans du moyen âge et de fabliaux, on trouve de pareilles inconséquences.

Henri m fit peindre en saints et en saintes ses mignons et ses maîtresses. L'auteur des Remarques sur la confession de Sancjr, dit (Remarq. sur le chap. 7, p. 89) : «On fit une grande recherche des enlumineurs, par les mains desquels le roi (Henri m) faisait enluminer des heures de portraits des personnes qu'il aimait violemment, et lesquelles étant peintes au naturel, il faisait draper et habiller en saints et en saintes, les plus favorisés en crucifix, et les plus aimées en N.-Dames. »

CIGNE. {Chant du)

On dit proverbialement et figurément d'un bel ouvrage, qu'un auteur fait peu de temps avant sa mort, que c'est le chant du cigne, par allusion aux passages de plusieurs anciens poètes, qui prétendent que cet oiseau prélude par des sons harmonieux à son dernier soupir.

CIRE. [Faire comme de)

Faire une cliose dans la perfection, comme si on la coulait en moule.

CIVIÈRE. {Cent ans bannière,
Cent ans )

C'est-à-dire, avec le temps, les familles déchoient. La bannière était un des attributs de la haute noblesse, et les manouvriers seuls font usage de la civière.

Mais comme les malheurs de la fortune se réparent aussi avec le temps, soit par le métier des armes, soit par les emplois, soit enfin par le commerce, ou toute autre branche d'industrie, les descendans de ceux qui sont ainsi tombés dans la foule et dans l'obscurité, paraissent à leur tour sur le théâtre du monde.

CLAUDE, {Fous êtes bien) dit-on à quelqu'un que l'on trouve borné.

Godon, aujourd'hui inusité, et godiche, sont des diminutifs de Claude.

Benêt, anciennement beneet, puis benoît, ne se prend pas en meilleure part.

Des motifs ridicules nous ont fait attacher à certains noms propres des idées fâcheuses. De Jean , par exemple, on a fait un synonyme de c.u, parce que beaucoup d'hommes portent ce nom , et que bon nombre de maris ont des femmes infidèles.

Janin, diminutif de Jean, a élé pris dans le même sens:

Ci git maître Guillin,
Qui de trois femmes fut janin.

« Il est dangereux de se marier à Paris, à moins que de vouloir être de la confrérie des janins. »

(Dictionnaire de Richelet.)

CLAVELÉ. (Hérétique)

Hérétique contagieux, comme une brebis qui a le

claveau.

Peut-être aussi cette épithète fait-elle allusion aux livres des hérétiques qu'on perçait d'un clou.

On a dit hérétique chevillé; et c'est ainsi qu'est qualifié notre roi Henri iv, au folio 3o du Dialogue du Maheulre et du Manant.

CLERC. (Grand)

On appelait autrefois grand clerc un homme habile, et mau-clerc un ignorant. Les mots clerc et clergie se prenaient pour savant et pour science.

CLERC. (Pas de)

C'est-à-dire, une fausse démarche, une démarche inutile, comme en font souvent les clercs des avoués et et des notaires.

Les plus grands clercs ne sont pas toujours les plus fins.

C'est-à-dire, les hommes lettrés, les savans, sont quelquefois moins fertiles en expédiens que des paysans sans étude.

N'en déplaise aux docteurs cordeliers, jacobins.
Parbleu! les plus grands clercs ne sont pas les plus fins.

(reokieh.)

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