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La langue française, que l'on accuse d'être si verbeuse, n'a rien à envier aux autres langues pour la précision de ses proverbes. Peu et bon. Paix et peu. Qui doit a tort. Patience passe science.

A bon chat bon rat, et quantité d'autres proverbes, sont l'enfermés dans trois ou quatre mots.

La mythologie a fourni quelques proverbes; par exemple : Cest le tonneau des Danaides. C'est la toile de Pénélope. Une voix de Stentor.

On en a aussi tiré de l'apologue, comme : Jeter le manche après la cognée. Réchauffer un serpent dans son sein. C'est la mouche du coche.

Beaucoup de proverbes font allusion à des traits d'histoire; telles sont les expressions : Coup de Jarnac, partage de Montgomerjr.

On en a emprunté aux arts, notamment à la navigation, comme Avoir le vent en poupe; à l'art militaire, comme Baisser la lance; à la vénerie, comme Faire le chien couchant. Rompre les chiens. La serrurerie nous a donné : Mettre lesfers au feu. Battre toujours la même enclume.

Les animaux domestiques ont aussi enrichi le langage proverbial. Ne dit-on pas, Emporter le chat;

Prendre la chèvre; Hurler avec les loups? Trop prodigués, les proverbes se nuisent mutuellement; c'est au goût à en régler l'emploi.

Les proverbes ne tiennent pas mal leur rang dans les épigrammes; ils y peuvent être semés de bonne grâce, et même quelquefois en former la pointe.

Jamais livre ne fut reçu avec plus d'admiration que les Adages d'Erasme : les uns l'appelèrent la Muse attique, les autres la Corne d'abondance, un Trésor de bonnes choses. Charles Dumoulin, citant ces Adages, en prend occasion de donner le titre de grand à Erasme.

La première édition des Adages d'Érasme est de l'anne'e i5oo; elle contient huit cents proverbes, tant grecs que latins. Erasme, pendant plusieurs années, rapporta toutes ses lectures aux adages. L'édition qu'il donna en i5o8 contient trois mille trois cents proverbes, et celle de 1517 quatre mille cent cinquante-un.

Érasme croyait être le premier qui eût écrit en latin sur les proverbes, lorsqu'il apprit que Polydore-Virgile avait traité cette matière. Il y a entre les deux ouvrages une très grande différence, et celui de Polydore-Virgile est court : il parut en 15g8.

Muret, quoique très grand critique, n'avait pas une grande estime pour les proverbes. Vaugelas, Perrot d'Ablancourt, Nicole, ne les aimaient pas non plus; et le P. Bouhours les a comparés à ces babits antiques qui sont dans les garde-meubles des grandes maisons, et qui ne servent qu'à des mascarades ou à des ballets.

Ce jugement sévère a été infirmé par le Dictionnaire de Trévoux. Voici le passage : « Je suis de l'opinion de Cardan, lorsqu'il dit en ses livres de Sapientiâ, que la sagesse et la prudence de chaque nation consistent en ses proverbes. »

Senecé exprime la même pensée. « Quoique certains esprits, dit-il, qui se croient supérieurs, veuillent renvoyer au bas peuple les proverbes, il est hors de doute qu'ils contiennent la quintessence du bon sens. »

Guillaume Penn, dans son ouvrage intitulé: Fruits de l'amour d'un père, dit: « La sagesse des nations est renfermée dans leurs proverbes; recueillez-les et apprenez-les, ce sont de bonnes leçons et des directions utiles dans le cours de la vie; ils disent beaucoup en peu de mots, épargnent la peine de trop parler, et dans bien des cas sont la réponse la plus propre, la plus significative et la plus sûre qu'on puisse faire aux gens. »

Le sage Franklin pensait de même. Pendant vingt-cinq ans il publia des almanachs où il plaçait des conseils d'économie et des leçons de bienfaisance et de justice, qu'il assaisonnait de proverbes. Lui-mêmeM réuni ces conseils dans un ouvrage intitulé : Science du bon homme Richard.

Les proverbes faisaient l'ornement de notre littérature il y a six cents ans. Les poètes divisaient assez souvent une pièce de vers par couplets, et chaque couplet finissait par une sentence ou proverbe.

Rabelais fut trop prodigue de proverbes, et JeanAntoine de Baïf, qui le suivit de près, publia un Traité (les Mimes, Enseignemens et Proverbes, Paris, 1576, m-12) tout-à-fait propre à en dégoûter la nation.

La Comédie des Proverbes, par le comte de Cramail, Paris, 1616, est farcie de proverbes si vulgaires, qu'il serait aujourd'hui impossible d'en soutenir la lecture.

« Si tu y avois seulement pensé, dit Philippin (valet de cette comédie), je ferais de ton corps un abreuvoir à mouches, et je te montrerais bien que j'ai du sang aux ongles. »

Alaighe (autre valet).

Je le crois, mais c'est d'avoir tué des poux.
Lidias (amoureux).

La paille entre deux, sus, la paix à la maison. Je n'aime pas le bruit si je ne le fais; je veux que vous cessiez vos riotes, et que vous soyez comme les deux doigts de la main. Alaigre, vous faites le Jean Fichu l'aîné, et vous vous amusez à des coques si grues et des balivernes. Je veux que vous vous embrassiez comme frères, et que vous vous accordiez comme deux larrons en foire, et que vous soyez camarades comme cochons. »

Mais Molière remit les proverbes en honneur; et nous lui devons : Qu allait-ilfaire dans cette galère?

Vivre de ménage. Rengainer un compliment.

Tu l'as voulu, Georges Dandin; et plusieurs autres façons de parler qui tiennent lieu de proverbes.

Et par le prompt effet d'un sel réjouissant,
Devenir quelquefois proverbes en naissant.

(boilbau. )

Les proverbes, toutefois, sont exclus du genre sérieux et relevé.

On appelait autrefois jouer aux proverbes , faire quelque geste ou représentation qui expliquât un

proverbe.

Cloris ne joue à rien, si ce n'est au proverbe.

(sahazis.)

Vers le milieu du dix-huitième siècle on perfectionna cette espèce de jeu. Un des plaisirs de la haute société était de choisir un proverbe, et, sur ce proverbe, de bâtir à l'improviste un canevas qui devait être rempli par plusieurs personnages.

Madame d'Épinay, dans sa Correspondance, s'égaie aux dépens du célèbre David Hume, que les jolies femmes de Paris avaient jugé propre à ce genre d'amusement. « U fit, dit-elle, son début chez madame de T***; on lui avait destiné le rôle d'un sultan assis entre deux esclaves, employant toute son éloquence pour s'en faire aimer ; les trouvant inexorables, il devait chercher le sujet de leurs peines et de leur résistance : on le place sur un sofa entre les deux plus joUes femmes de Paris; il les regarde attentivement, il se frappe le ventre et les genoux à plusieurs reprises, et ne trouve jamais autre chose à leur dire que : Eh bien! mesdemoiselles,

eh bien ! vous voilà donc Eh bien! vous voilà....

vous voilà ici? Cette phrase dura un quart d'heure, sans qu'il pût en sortir. Une d'elles se leva d'impatience : Ah î dit-elle, je m'en étais bien douté, cet homme n'est bon qu'à manger du veau! »

Par proverbe dramatique, on entend maintenant des scènes dialoguées, qui développent une vérité passée en proverbe, ou dont l'intrigue conduit à

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