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gaires , qu'il serait aujourd'hui impossible d'en soutenir la lecture.

« Si tu y avois seulement pensé, dit PhilipPIN (valet de cette comédie), je ferois de ton corps un abreuvoir à mouches, et je te montrerois bien que j'ai du sang aux ongles. »

A LAIGRE (autre valet).
Je le crois, mais c'est d'avoir tué des poux.

Lidias (amoureux). La paille entre deux, sus, la paix à la maison. Je n'aime pas le bruit si je ne le fais ; je veux que vous cessiez vos riotes, et que vous soyez comme les deux doigts de la main. Alaigre, vous faites le Jean Fichu l'aîné, et vous vous amusez à des coques si gruës et des balivernes. Je veux que vous vous embrassiez comme frères, et que vous vous accordiez comme deux larrons en foire, et que vous soyez camarades comme cochons. »

Mais Molière remit les proverbes en honneur; et nous lui devons : Qu'allait-il faire dans cette galère? - Vivre de ménage. - Rengaîner un compliment. - Tu l'as voulu, Georges Dandin ; et plusieurs autres façons de parler qui tiennent lieu de pro

verbes.

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Et par le prompt effet d'un sel réjouissant,
Devenir quelquefois proverbes en naissant.

(Boileau.) Les proverbes, toutefois, sont exclus du genre sérieux et relevé.

On appelait autrefois jouer aux proverbes , faire

quelque geste ou représentation qui expliquât un proverbe. Cloris ne joue à rien, si ce n'est au proverbe.

(Sarazin.) · Vers le milieu du dix-huitième siècle on perfectionna cette espèce de jeu. Un des plaisirs de la haute société était de choisir un proverbe, et, sur ce proverbe, de bâtir à l'improviste un canevas qui devait être rempli par plusieurs personnages.

Madame d'Épinay, dans sa Correspondance, s'égaie aux dépens du célèbre David Hume, que les jolies femmes de Paris avaient jugé propre à ce genre d'amusement. « Il fit, dit-elle, son début chez madame de T***; on lui avait destiné le rôle d'un sultan assis entre deux esclaves, employant toute son eloquence pour s'en faire aimer; les trouvant inexorables, il devait chercher le sujet de leurs peines et de leur résistance : on le place sur un sofa entre les deux plus jolies femmes de Paris; il les regarde attentivement, il se frappe le ventre et les genoux à plusieurs reprises, et ne trouve jamais autre chose à leur dire que : Eh bien! mesdemoiselles, eh bien! vous voilà donc.... Eh bien! vous voilà.... vous voilà ici ? Cette phrase dura un quart d'heure, sans qu'il pût en sortir. Une d'elles se leya d'impatience : Ah! dit-elle, je m'en étais bien douté, cet homme n'est bon qu'à manger du veau! » ;.

Par proverbe dramatique, on entend maintenant des scènes dialoguées , qui développent une vérité passée en proverbe, ou dont l'intrigue conduit à

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faire dire aux auteurs une phrase proverbiale; en sorte que cette vérité ou cette phrase se trouve placée naturellement à la fin de la dernière scène.

Carmontelle, lecteur du feu duc d'Orléans, nous a laissé dix volumes in-8° de pièces de ce genre; les six premiers parurent en 1768; les deux suivans, vers 1983, et les deux autres après sa mort, en 18u. M. C. de Méry, chevalier de la Légion-d'honneur, a joint à la reimpression des huit premiers volumes (Paris, Delonchamps, 1822), une Dissertation historique et morale sur les proverbes, et une Table explicative de l'origine et du sens des proverbes traités par Carmontelle.

M. Gosse, membre de la Société Philotechnique, est l'auteur de deux volumes in-8° de Proverbes dramatiques, qui ont paru, en 1819, chez Ladvocat, libraire, a Paris. Dans un Avant-propos, M. Gosse combat le préjugé d'un grand nombre de personnes sur son devancier. « Elles pensent, dit-il, que Carmontelle n'écrivait pas bien, accoutumées comme elles le sont au style à effet, aux termes ambitieux, à la recherche continuelle de l'esprit, au clinquant des mots, au cliquetis des antithèses; tout ce qui est naturel leur parait trivial; tout ce qui est vrai leur paraît commun.»

Deux autres volumes in-8° de Proverbes drarnatiques, imprimés par Le Normant, à Paris, en 1823, sont l'ouvrage d'un homme du monde, M. Théodore Leclercq. Comme dans ceux de Carmontelle, il y a de la gaité sans indécence, du naturel, et le

ton de la bonne compagnie.

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En 1654, on dansa à la cour le ballet des Próverbes, composé par Benserade. La scène changeait de face à tous les proverbes. En voici le sujet : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Ce ballet était divisé en deux parties : dans la première partie, pour la première entrée, on personnifiait le proverbe : A petits merciers, petits paniers ; pour la seconde entrée, jamais amoureux honteux n'eut belle amie ; pour la troisième, un fou en amuse bien d'autres; pour la quatrième, tout ce qui reluit n'est pas or; pour la cinquième, tel menace qui a grand peur; pour la sixième, entre deux vertes une mûre; pour la septième, à gens de village trompette de bois; pour la huitième, l'occasion fait le larron; pour la neuvième, il vaut mieux étre seul qu'en mauvaise compagnie; pour la dixième, on se traite de Turc à Maure; pour la onzième, ce qui vient de la flûte s'en va au tambour; et pour la douzième, à bon vin bon cheval. Dans la première entrée de la seconde partie, on personnifiait les armes de Bourges; dans la seconde entrée, à vaillant homme courte épée; dans la troisième, a beau parler qui n'a cure de bien faire ; dans la quatrième, quand les enfans dorment les nourrices ont bon temps; dans la sixième, le jeu n'en vaut pas la chandelle ; dans la septième, il n'est pas si diable qu'il est noir; dans la huitième, chacun cherche son semblable; dans la neuvième, il n'est de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre; dans la dixième, après la panse vient la danse; et dans la onzième, les Espagnols, inventeurs des proverbes. Mis en comédie et en ballet dans le dix-septième siècle, les proverbes furent aussi la matière d'un sermon.

SERMON EN PROVERBES, OU PROVERBES EN GUISE

DE SERMON.

Mes très chers frères, Tant va la cruche à l'eau qu'enfin elle se brise. Ces paroles sont tirées de Thomas Corneille, Molière et compagnie. (Sganarelle à don Juan, acte v, scène m, v. 14.)

Cette vérité devrait faire trembler tous les pécheurs ; car enfin, Dieu est bon, mais aussi qui aime bien châtie bien. Il ne s'agit pas de dire je me convertirai. Ce sont des écoute s'il pleut; autant en emporte le vent; un bon tiens vaut mieux que deux tu auras. Il faut ajuster ses flútes, et ne pas s'endormir sur le rôti. On sait bien l'on est, mais on ne sait pas l'on va ; quelquefois l'on tombe de fièvre en chaud mal, et l'on troque son cheval borgne pour un aveugle.

Au surplus, mes enfans, honni soit qui mal y pense! un bon averti en vaut deux; il n'est pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre; à décrasser un Maure, on perd son temps et son savon, et

on ne peut pas faire boire un áne s'il n'a soif. Mais suffit, je parle comme saint Paul, la bouche ouverte; c est pour tout le monde, et qui se sent morveux se mouche.

Ce que je vous en dis , n'est pas que je vous en

une.

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