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furent mieux réglées, cette mesme ordonnance s'observa : dont depuis est dérivé entre nous ce proverbe, par lequel nous disons qu'une femme court lesguillette, lorsqu'elle prostitue son corps à l'abandon de chacun. »

Ce proverbe peut aussi venir du prix de la course, établi de temps immémorial, à Beaucaire, dans le cidevant Languedoc. Les filles publiques qui voulaient venir à la foire de la Magdeleine, couraient en public la veille de cette foire célèbre , et celle qui la première avait atteint le but marqué, recevait pour prix un paquet d'aiguillettes. (1)

L'aiguillette qui fermait l'ouverture du haut de chausses des hommes , offre une explication plus simple encore. Les femmes dont il s'agit mettaient de l'empressement à dénouer l’aiguillette.

AIGUILLETTE. (Nouer l')

Cette manière de caractériser les maléfices des prétendus sorciers sur un jeune marié qui se trouve dans un état d'impuissance, vient de ce que dans le seizième siècle, qui était celui des exorcismes, l'espèce d'étui que l'on nommait braguette, se serrait avec un cordon terminé par une aiguillette.

Dans nos campagnes il y a encore de prétendus

(1) L'origine des aiguillettes que porte , soit sur l'épaule droite, soit sur l'épaule gauche, l'élite de la cavalerie et de la gendarmerie francaises , est trop curieuse pour que nous ne saisissions pas l'occasion de la donner. Cette origine est espagnole. Le duc d'Albe, pour se venger de l'abandon d'un corps considérable de Belges, ordonna que les délits qui se commettraient fussent punis de la corde , sans distinction de rang Ces braves firent dire au duc que, pour faciliter l'exécution de cette mesure, ils porteraient sur le col une corde et un clou. Cette troupe s'étant distinguée, la corde et le clou devinrent des marques d'honneur, et furent transformés en aiguillettes.

noueurs d'aiguillette. Un jeune marié se trouve-t-il dans un état de débilité qui contrarie les plus chers désirs de sa jeune épouse : c'est un sort, à n'en pas douter.

Voici ce que dit M. Fremont (du Calvados), dans une brochure intitulée Note sur lorobanche de Dioscoride (in-8° de 32 pages, Paris , Capelle et Renand, 1809): « Assis sur le bord de la Tardouère, au milieu d'un buisson touffu , je confrontais diverses plantes que j'avais cueillies, avec les savantes descriptions qu'en a données M. de Jussieu , lorsque mon travail fut interrompu par la soudaine apparition d'une jeune et charmante personne d'environ vingt ans, qui paraissait profondément affligée. Elle passa sans m'apercevoir, et fut à quelques pas de là s'adresser à un vieillard dont la figure håve, la longue barbe et les vêtemens déguenillés annonçaient un devin. Après une humble révérence elle lui conta piteusement ce qui la tenait en émoi , et lui promit une brebis noire. et dix francs s'il parvenait à désensorceler son mari. Le vieillard , ayant préalablement fait quelques grimaces et beaucoup de difficultés , accepta le marché avec un écu d'à-compte : il ramassa quelques pieds d’orobanche, et, tourné vers l'occident, grommela dessus quelques paroles barbares; il les remit dans les belles mains de la jeune femme, lui dit de les hacher dans une salade, et de la présenter à son époux. Cette aventure, qui se rapportait si bien aux propriétés de la plante que je venais d'examiner, piqua ma curiosité; je voulus en connaître la suite, et pour cet effet, je me rendis le lendemain de bonne heure au même endroit. Je vis d'abord conduire la brebis noire à la cabane du sorcier; je fréquentai les mêmes lieux pendant quelques jours, affectant de cueillir de

l'orobanche; enfin je fus remarqué, j'entrai sans peine en conversation, et j'appris ce que je voulais savoir. Le mari mangea la salade sans se douter de rien, et la jeune épouse n'eut à regretter ni ses dix francs ni la brebis noire.»

AIGUILLETTE. ( Je n'en donnerais pas un fer d')

Se dit d'une chose dont on fait peu de cas. Les aiguillettes ayant cessé d'être en usage, on a dit dans le même sens : Je n'en donnerais pas une épingle.

AIGUILLETTES. ( Il ne fait pas bon servir, un maitre qui serre ses vieilles ) .

C'est-à-dire , qui est trop économe.

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2

LE.

Une fille qui est toujours sous l'aile de sa mère, c'est-à-dire, auprès de sa mère; par allusion aux petits des oiseaux.

Le peuple dit : Cette fille est toujours attachée au cotillon de sa mère.

Mercier, tout membre de l'Institut qu'il était, se servit de cette expression dans son Dictionnaire néologique. (Paris, 1801.) « Qu'y a-t-il de plus ridicule , disait-il, que deux grandes viripotenses (filles nubiles), attachées au cotillon de leur mère, dont elles semblent être les satellites.... Les Juifs marient leurs filles dès qu'ils ont reconnu qu'elles sont nubiles. »

Mercier n'avait en vue que la gêne morale : parlons de la contrainte physique. Vers le milieu du dix-huitième siècle, un corset bien roide faisait partie du costume de toutes les jeunes personnes : pour empêcher qu'elles portassent la tête trop en avant, on employait un collier de fer, recouvert de velours noir : l'appendice de ce collier appuyait sur le corset, et forçait à porter la tête

en arrière. « C'était, dit M. J. J., juge ( Changemens survenus dans les meurs des habitans de Limoges, depuis une cinquantaine d'années; in-8', Paris, 1817), un spectacle singulier de voir autour d'une mère de famille quatre ou cinq grandes demoiselles, droites comme des piquets, obligées de lever les bras pour pouvoir tricoter, et ne répondant que par monosyllabes ; il faut avouer qu'une pareille contrainte était bien faite pour inspirer l'envie d'en voir la fin : aussi l'espérance de quitter le corset et son collier était pour une fille qui se mariait, une des douceurs qu'elle se promettait dans son changement d'état. »

AILE. ( Tirer pied ou )

C'est-à-dire, tirer quelque chose d'une personne qui nous doit. Métaphore du tir à l'oie.

AILE. (En avoir dans l')

Ce n'est point, comme on pourrait le croire, se trouver dans un état pareil à celui d'un oiseau qui, blessé à l'aile, ne peut reprendre son vol, mais être âgé de cinquante ans : la lettre L, employée comme chiffre, exprime le nombre cinquante. Ce proverbe, comme on le voit , est un calembourg.

Ains. (1)
Qui ains naist

Ains paist.
Proverbe sur les droits de primogéniture.
ALGARADE. ( Faire une)

C'est faire une insulte bruyante et inattendue. Cette façon de parler vient des invasions subites qu’ont coutume de faire les corsaires d'Alger sur les côtes de la Méditerranée.

(1) Ains vient de antè, avant. Le mot aisné a la même source, antè

natus.

ALIBORUM, ou ALIBORON. ( Maitre) Se dit d'un homme qui se croit propre à tout. Nous avions d'abord cru que ce sobriquet avait été donné à un avocat peu familier avec la langue latine, et qui, ne voulant pas admettre les alibi allégués par la partie adverse, avait dit : Nulla habenda est ratio istorum aliborum.

Mais, dans la comédie de la Passion de Jésus-Christ à personnages ( in-4°, gothique), nous venons de trouver, parmi d'autres termes injurieux :

Sire roi, maistre Aliborum.
La Fontaine a appliqué ce mot à un âne :

Arrive un troisième larron

Qui saisit maitre Aliboron.
Sans doute que La Fontaine avait lu, dans le poète ,
Sarazin ( Testament de Goulu ) :

Ma sotane est pour maistre Aliboron,
Car la sotane à sot âne appartient.

ALLEMAGNE.
On trouve dans Brantome une suite de rodomontades
qui ne devaient pas contribuer à faire aimer les Espa-
gnols. A la même époque, on voyait aussi en France
les Allemands de mauvais æil, et pour les injurier, on
disait que la poudre à canon et l'hérésie étaient sorties
de l'Allemagne.

ALLEMAND. (N'entendre que le haut)
Ce proverbe se trouve dans Rabelais.

Le langage des habitans de la Haute-Allemagne est très-différent de celui des habitans des Pays-Bas : plus pur, il doit être plus facile à comprendre.

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