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parle ; comme un fou avise bien un sage, je vous dis votre fait, et je ne vais pas chercher midi à quatorze heures.... Oui, mes frères, vous vous amusez à la moutarde, vous faites des châteaux en Espagne; mais prenez garde, le démon vous guette comme le chat fait la souris; il fait d'abord patte de velours; mais quand une fois il vous tiendra dans ses griffes, il vous traiterà de Turc à Maure, et alors vous aurez beau vous chatouiller pour vous faire rire, et faire les bons apôtres, vous en aurez tout du long et tout du large.

Si quelqu'un revenait de l'autre monde, et qu'il rapportât des nouvelles de l'école, alors on y regarderait à deux fois, chat échaudé craint l'eau froide; quand l'on sait ce qu'en vaut l'aune , on y met le prix; mais là-dessus, les plus savans n'y voient goutte ; la nuit , tous chats sont gris, et quand on est mort, c'est pour long-temps.

Prenez garde, disait saint Chrysostôme, n'éveillez pas le chat qui dort, l'occasion fait le larron, vous taillez en plein drap; mais les battus paieront l'amende. Fin contre fin ne vaut rien pour doublure; ce qui est doux à la bouche est amer au cœur; et à la Chandeleur les grandes douleurs. Vous êtes comme des rats en paille , vous avez le dos au feu, le ventre à la table; les biens vous viennent en dormant; on vous prêche, vous n'écoutez pas, ventre affamé n'a pas d'oreille ; mais aussi, rira bien qui rira le dernier. Tout passe, tout casse, tout tasse; ce qui vient de la flúte retourne au tambour, et l'on se trouve à terre le cul entre deux selles ; alors il n'est plus temps,

c'est de la moutarde après diner; il est trop tard de fermer l'écurie quand les chevaux sont pris.

Souvenez-vous donc bien de cette leçon, mes chers frères, faites vie qui dure; il ne s'agit pas de brûler la chandelle par les deux bouts ; qui trop embrasse mal étreint ; et à courir deux lièvres, on n'en prend aucun. Il ne faut pas non plus jeter le manche après la cognée. Dieu a dit : Aide-toi , je t'aiderai : n'est pas marchand qui toujours gagne; quand on a peur des feuilles , il ne faut pas aller au bois; mais il faut faire contre fortune bon coeur, et battre le fer tandis qu'il est chaud.

Un homme sur la terre est comme un oiseau sur la branche , il doit toujours étre sur le qui vive; on ne sait ni qui vit ni qui meurt ; l'homme propose, Dieu dispose; tel qui rit vendredi, dimanche pleurera; il n'est si bon cheval qu'il ne bronche , et quand on parle du loup, on en voit la queue.... Oui, mes chers frères, aux yeux de Dieu tout est égal, riche ou pauvre, il n'importe, tant vaut l'homme , tant vaut la terre; bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Les riches paient les pauvres; ils se servent de la patte du chat pour tirer les marrons du feu; mais saint Ambroise a dit : Chacun son métier, les vaches sont bien gardées : il ne faut pas que Gros-Jean remontre à son curé; chacun doit se mesurer à son aune, et comme on fait son lit on se couche. Tous les chemins vont à Rome , direz-vous; oui, mais encore faut-il les savoir, et ne pas choisir ceux où il y a des pierres.

Pensez donc bien , mes chers frères, que Dieu est partout, et qu'il voit tout; il ne faut pas finasser avec lui, c'est vouloir prendre la lune avec les dents. Il faut aller droit en besogne, et ne pas mettre la charrue devant les boufs; quand la poire est műre, il faut la cueillir.

Quand on veut faire son salut, voyez-vous, il faut aller de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Si le démon veut vous dérober, laissez-le hurler après vous; chien qui aboie ne mord pas. Soyez bons chevaux de trompette, ne vous effarouchez pas du bruit. Les méchans vous riront au nez; mais c'est un ris qui ne passe pas le noud de la gorge; c'est la pelle qui se moque du fourgon. Au demeurant, chacun son tour, et à chaque oiseau son nid parait beau. Au surplus, pour être heureux, il faut souffrir; les pois ne peuvent pas tomber tout cuits dans la bouche ; après la pluie vient le beau temps, et après la peine le plaisir. Laissez dire : Trop gratter cuit, trop parler nuit; moquezvous du qu'en dira-t-on, et ne croyez pas que, qui se fait brebis, le loup le mange. Non, non, mes chers, frères; Dieu a dit : Plus vous vous serez humiliés sur la terre, plus vous serez élevés dans le ciel.

Écoutez et retenez bien ceci, je vous parle d'abondance de cour; il n'est pas besoin de mettre les points sur les i; à bon entendeur salut; il n'est qu'un mot qui serve ; il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron; quiconque fera bien , trou

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vera bien; les écrits sont des mâles, dit-on, et les paroles des femelles ; on prend les boeufs par les cornes, les hommes par les paroles , et quand les paroles sont dites , l'eau bénite est faite.

Faites donc de solides réflexions sur tout ce que je vous ai dit : il faut choisir d'être à Dieu ou au diable; il n'y a pas de milieu, et comme on dit , il faut passer par la porte ou par la fenêtre. Vous n'êtes pas ici pour enfiler des perles, c'est pour faire votre salut. Ce n'est pas sur l'anse d'un panier que vous rendrez vos comptes; le démon a beau vous dorer la pilule, quand le vin sera tiré, il faudra le boire, et c'est au fond du pot qu'on trouve le marc.

Au surplus, à l'impossible nul n'est tenu; je ne veux pas vous sauver malgré vous, moi. Si ce que je vous dis vous entre par une oreille et vous ressort par l'autre, c'est comme si je prêchais à des sourds; mais c'est égal, quand il faut fondre la cloche, sauve qui peut , malheureux qui est pris.... Pour moi, je m'en bats l'æil ; je suis comme saint Jean-Boucheďor, je dis tout ce que je sais; et comme charité bien ordonnée commence par soi-même, je vais tåcher de faire mes orges et de retirer mon épingle du jeu. Alors, quand je serai sauvé, ah! ma foi, arrive qui plante, je vous dirai tire-t'en Pierre! et si vous allez à tous les diables, je m'en lave les mains.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit
Amen. Ainsi soit-il.
Passons à la Bibliographie des proverbes.
Jean de la Véprie, prieur de Clairvaux, en 1495,

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recueillit plusieurs proverbes français qui furent mis en vers latins par Jean-Gilles Des Noyers, et que Josse Badius imprima, à Paris, en 1519. Voici un des proverbes de Jean de la Véprie :

Quand argent faut, tout faut. La traduction par Des Noyers renferme un jeu de mots :

Deficiente pecu, - deficit omne , -- nia. Pierre Gringore, poète lorrain, donna, en 1527, Notables Enseignemens, Adages et Proverbes par quatrains , in-8°, Paris.

Pierre Grognet, poète bourguignon, publia, en 1530 et 1533, les Mots dorés du grand et sage Caton , en latin et en français , avec aucuns bons et très utiles Adages , Auctorités et Dicts moraux des sages , profitables à chacun, in-8°, Paris.

Charles de Bovelles, chanoine de Noyon, écrivit des Proverbes et Dicts sententieux, avec l'interprétation d'iceux. Ce recueil ne fut imprimé qu'en 1557.

Gilles Gorrozet, libraire à Paris, publia, en 1540, un ouvrage en vers intitulé : Hécatomgraphie, descriptions de cent figures et histoires contenant plusieurs apophthegmes , proverbes , etc., des anciens et modernes ; in-8°, Paris. Ces descriptions sont renfermées dans des quatrains au nombre de cent; en voici un : Dessoulz beaulté gist déception.

Bien souvent soubz quelque beaulté
Et soubz bonne et doulce apparence,

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