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PAAIS. -- IMP. SIMON RACON ET COMP., DUE D'ERFURTH, 1.

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PARIS
CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDIT EUR

40, RUE BONAPARTE, 40 .

1856

L'auteur et l'éditeur se réservent le droit de traduction et de reproduction à l'étranger

IS UNIVERSITY 6 - DEC. 1935 OF OXFORD

LIVRE I.

MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE.

(1789-1792.)

*

SECTION I.

ASSEMBLÉE CONSTITUANTE.
S mai 1789 — 30 septembre 1791.

CHAPITRE PREMIER.

Serment du Jeu de paume. — Prise de la Bastille. — Les Parisiens à Versailles. — Du 5 mai au 6 octobre 1789.

§ I. Le Peuple A Seul La Direction De La Révolution. — L'ouverture des états généraux se fit en grande pompe à Versailles, dans la salle des Menus-Plaisirs ('). Elle excita une ivresse générale, des transports d'enthousiasme, un attendrissement « dont le tableau ravissant, enchanteur , disent les contemporains, ne peut se retracer. » La joie brillait dans tous les yeux; toutes les mains s'unissaient; tous les cœurs battaient des plus généreux sentiments; il n'y avait plus de place pour les discordes et les haines; on ne voyait devant soi qu'un avenir immense de bonheur, de liberté et de gloire; on rêvait les plus magnifiques destinées pour la France : la révolution semblait

(') Située sur l'avenue de Paris, au coin de la rue des Chantiers. Le bâtiment n'eiiste plus.

si facile à faire avec un peuple éclairé et sensible, des classes de citoyens qui paraissaient disposées à tous les sacrifices, un roi qui ouvrait l'assemblée par ces mots : « Tout ce qu'on peut attendre du plus tendre intérêt au bonheur public, tout ce qu'on peut demander à un souverain, le premier ami de ses peuples, vous pouvez, vous devez l'espérer de mes sentiments! »

Mais une révolution qui devait bouleverser radicalement un ordre social assis depuis huit siècles, remuer hommes et choses, religion et richesses, institutions et propriétés, changer même les passions, l'esprit, le caractère de la nation, une telle révolution ne pouvait être qu'une lutte, et la lutte fut la plus terrible dont parle l'histoire, parce que la direction en fut abandonnée entièrement au peuple. En effet, cette royauté que nous avons vue presque constamment, depuis le douzième siècle, inspirée si profondément du sentiment national, qu'elle a mérité le surnom glorieux de « Providence visible de la France, » cette royauté qui avait tant travaillé à amener les temps de la démocratie par sa politique de nivellement social et d'unité monarchique, se trouva tout à coup, quand ces temps furent arrivés, inerte, aveugle, et, pour ainsi dire, hébétée; elle ne sut prendre en rien l'initiative, et se laissa continuellement traîner à la remorque de l'opinion et des événements. C'est ainsi que nous l'avons vue forcée de renvoyer Calonne et Brienne, de rappeler Necker, de convoquer les états généraux, de donner la double représentation au tiers. Quand Louis XVI ouvrit les étals, on s'attendait à lui voir énoncer largement et sans arrière-pensée les grandes concessions qui serviraient de base à la constitution nouvelle du pays; en présence des classes privilégiées qui devaient nécessairement résister, des communes qui devaient nécessairement envahir, c'était à la couronne à trancher dans le vif: « Quelques hommes même, dit un journal royaliste, pensaient qu'elle devait abdiquer son pouvoir devant la nation assemblée, pour le recevoir de sa libre reconnaissance. » Mais le roi, inspiré par la faction dont le comte d'Artois était le chef, ne prononça que des paroles de vague bienveillance, et ses ministres ne parlèrent que de la situation du trésor. Le fait seul de la convocation des états était une révolution; le gouvernement ne parut pas s'en douter : les députés n'apparaissaient à ses yeux que comme des contribuables et non des législateurs; la crise était pour lui toute dans

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