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15° Loriau, leur père, àgé de 56 ans, était atteint de diarrhée depuis plusieurs jours, lorsque, le 19 novembre, après s'être enivré, tous les symptômes du choléra se déclarèrent. Il guérit; mais lentement et péniblement.

Ni l'un ni l'autre de ces trois malades n'avaient eu de rapports directs avec les autres cholériques dont ils sont distants d'environ 200 mètres.

16° Lochet, ágé de 62 ans, journalier du hameau de Molitor, distant de 1 kilomètre à peine de Conie, se rend le 13 novembre dans ce bourg et parcourt la rue basse où le plus grand nombre des cas de choléra se sont déclarés; le lendemain 14, dans la matinée, il est pris de diarrhée, le soir de vomissements et bientôt après de tous les symptômes du choléra. Le 15 il est amené à l'hôpital de Châteaudun où nous lui donnámes des soins. Il guérit.

17° Renou, âgé de 63 ans, journalier, père de Bathilde Renou (obs. 5e), constitution usée, existence misérable, est pris d'une forte diarrhée du 13 au 17 novembre, elle diminue, puis se suspend les 18 et 19; enfin elle reparait le 20 et avec elle tous les accidents du choléra le mieux caractérisé. Cet homme guérit; mais il lui survint des abcès anthracoïdes au coude gauche, au genou droit, à l'angle droit de la mâchoire inférieure, enfin une bronchopneumonie à droite. Il finit par mourir ædématié vers la fin de décembre.

18° Maurice, cultivateur à Molitor, 57 ans, atteint de diarrhée depuis huit jours, est pris du choléra dans la nuit du 19 au 20, et meurt le 21 dans la inalinée.

Cet homme a été à Conie, chez les époux Joseph qui ont eu la cholérine et habitent le groupe de maisons où les cholériques ont existé en plus grand nombre. Le 20 il avait été passer toute la soirée au cabaret de ce bourg, à Molitor, il demeure en face de Lochet (obs. 16e).

19e Bonhomme, 36 ans, journalier, habite presqu'en face du précédent et à côté de Lochet , il est pris de diarrhée le 19, de vomissements le 21, avec suppression d'urine, faiblesse du pouls; mais il n'a pas de crampes, ni de refroidissement très-prononcé. Il guérit.

Tels sont les faits dont s'est composée l'épidémie de la commune de Conie; cherchons maintenant quelle a été l'origine de cette épidémie et le mode de propagation du choléra.

Origine et mode de propagation. - Ce n'est ni dans les phénomènes météorologiques, ni dans la qualité des eaux, ni dans l'hygiène des habitants que doit être cherchée la cause de cette épidémie, car il n'a existé à Conie et il n'existe encore aucune condition hygiénique qui ne soit commune aux localités voisines qui ont joui de la plus parfaite immunité.

On ne peut pas davantage admettre qu'elle soit la conséquence de la migration à travers l'atmosphère du principe ou germe générateur du choléra qui a sévi à Paris, foyer le plus rapproché, car alors les localités intermédiaires au point de départ et d'arrivée auraient subi son influence, tandis qu'il n'en a été absolument rien. Ce principe aurait-il donc traversé l'atmosphère à l'instar d'un bolide ou d'une bombe pour venir s'abattre et éclater sur ce malheureux

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petit village; cette supposition ne me parait pas admissible; le serait-elle que ce n'est pas un seul habitant d'abord, puis successivement ceux qui ont eu des rapports avec lui qui auraient été frappés; mais plusieurs l'eussent été en même temps, ça et là, sans qu'aucun rapport puisse être découvert avoir existé entre

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eux.

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Que voyons-nous au contraire : dans une bourgade où, comme nous l'avons dit, l'état sanitaire était excellent, arrive une nourrice venant d'une localité où règne le choléra. Le lendemain de son arrivée elle est atteinte de cette maladie et meurt (obs. 1). Puis deux ou trois jours après deux de ses enfants (obs. 2, 3) et un de ses nourrissons (obs. 4) éprouvent le même sort. Enfin sont successivement atteints du choléra et de la cholérine ceux qui leur ont donné des soins ou se sont assistés les uns après les autres.

L'origine du mal et son mode de propagation peuvent-ils étre plus manifestes. Parmi les maladies considérées comme contagieuses, y en a-t-il dont le germe ait un effet plus prompt, plus saisissant et qui soit plus facile à suivre dans la succession de ses migrations (obs. 1, 2, 3, 4, 6, 7, 11, 12).

Dans d'autres, il est vrai, la contagion est moins évidente; mais si l'on considère que déjà trois ou quatre jours se sont écoulés depuis l'apparition du premier cas de choléra; que huit personnes au moins ont été certainement contagionnées, que la distance des habitations de celles pour lesquelles aucun rapport direct avec les premières atteintes n'a pu être établi, était à plus de 200 mètres et quelquefois seulement de 30,20 et même 15 mètres; qu'au début de l'épidémie alors que le choléra n'avait encore fait que 4 victimes, et que la terreur ne s'était pas encore emparée de la population, des relations médiates indirectes (1) ou latentes ont pu s'établir, avec ces premières victimes, on ne pourra méconnaitre que le germe cholérique émanant de l'un ou de l'autre des premiers malades, n'ait été transporté aux seconds par l'atmosphère infecté ou par toute autre voie, et n'ait constitué une contagion aussi réelle, quoique à plus longue distance que celle qui a eu lieu entre personnes malades et saines ayant eu entre elles des rapports plus ou moins prolongés.

Jusqu'à quelle distance cette contagion à longue portée peut-elle s'effectuer ? C'est ce qu'il ne nous est pas encore possible de dire; mais nous croyons qu'elle n'est pas considérable par les fluctuations de l'atmosphère; dans les faits relatifs aux malades de Molitor, le transport atmosphérique du germe cholérigène n'a pas dépassé 1 kilomètre, en admettant que ces malades n'aient pas puisé le mal à un des foyers primitifs, ou qu'il ne leur ait pas été transmis par un foyer resté latent autre que l'atmosphère en mouvement.

(1) Nous appelons indirecte la contagion qui a licu par l'intermédiaire de personnes qui, ayant eu des relations avec des cholériques n'ont pas contracté la maladie, mais en ont cependant transmis le principe à d'autres. Cette espèce de contagion peut aussi s'opérer par des objets contaminés. (Bulletin des travaux de la Société imperiale de Marseille. Rapport sur le choléra, 1865, p. 156.) La contagion est latente quand les malades et leur entourage ignorent par quc!le voic elle a eu licu.

La contagion cholérique peut donc s'effectuer de deux manières : 1° à petite distance ou par voie directe ou par foyer patent, 2° à longue distance ou par voie indirecte ou par foyer latent.

La contagion à petite distance est facile à constater dans les petites localités où on peut suivre la transmission du mal d'un individu malade å un individu sain.

La contagion à grande distance, plus tardive dans sa manifestation, se distingue d'abord assez facilement de la première, parallèlement à laquelle elle ne tarde pas à se montrer, à l'absence de toute communication directe avec les malades qui les ont précédés; puis à mesure que les cas sc multiplient, ces deux modes de contagion tendent à se confondre, se confondent même et ne peuvent plus guère élre distingués avec certitude. Il en résulte que la maladie dont la véritable origine et le véritable mode de transmission sont obscurcis est considérée comme ayant pris naissance et s'étant propagée d'une manière épidémique, c'est-à-dire sous l'influence de causes générales et passagères agissant sur toute la population et tenant à des modifications des agents ordinaires de la vie. Or, dans les faits que nous avons rapportés, où réside celle cause générale, puisque les conditions hygiéniques étaient à Conie les mêmes que dans les localités voisines qui jouissaient de la plus complète immunité ? Elle réside dans l'importation du principe ou germe cholérique dans le bourg de Conie et dans sa transmission, par voie de contagion, d'abord aux personnes qui ont eu des rapports de tous les instants avec la première atteinte, et ensuite successivement à d'autres, puis enfin à des personnes plus éloignées et n'ayant eu aucun rapport direct ou évident avec ces dernières.

Incubation. — Les faits que nous avons rapportés méritent d'être examinés maintenant à un autre point de vue, nous voulons parler du temps qui peut s'écouler entre le moment de la contamination et celui des premiers accidents cholériques : de l'incubation en un mot; elle ne nous parait pas avoir sullisamment fixé l'attention des observateurs. Il n'est cependant pas indifférent de savoir combien de temps peut durer chez les personnes sortant d'un foyer cholérique la possibilité d'étre atteintes du choléra et de le transmeltre å d'autres. Or, cette incubation cxiste, elle n'est pas douteuse, en effet la femme Gentil était bien portante le 15 lorsqu'elle est entrée à l'hôpital Beaujon, où il y avait des cholériques, elle est revenue chez elle le 16 indemne de lout accident de cette nature et le 17 au soir elle a été frappée du choléra, c'est-à-dire quarante-huit heures environ après son séjour à l'hôpital Beaujon.

Pour les autres malades, ayant reçu directement d'elle le germe de la maladie ou se l’étant transmis, l'incubation a élé de soixante-douze heures pour les obs. 2o, 3o e 4o, de trois à six heures pour l'obs. 6e. Dans l'obs. 7°, elle a durée vingt-quatre heures et de deux à trois jours dans l'obs. ge. Chez le sujet de l'obs. 11° elle a élé de dix jours et peut-être de vingt-quatre chez celui de l'obs. 17e.

Nous ne parlerons pas des autres faits, parce qu'ils échappent à lout calcul;

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ce n'est en effet que pour les contaminations à petite distance et patentes que la durée de l'incubation peut élre établie d'une manière suflisamment rigoureuse pour avoir quelque valeur.

Les fails dont nous venons de déterminer la durée sont évidemment trop peu nombreux pour avoir une signilication à cet égard, c'est pourquoi nous avons puisé dans nos notes, sur les épidémies antérieures de choléra que nous avons observées, des bases plus solides d'une apprécialion de la durée de l'incubation cholérique.

Les observalions de contagion certaine et à petite distance que nous avons réunies jointes à celles qui précèdent s'élèvent à 64 qui se décomposent ainsi : L'incubation a été de quelques heures à un jour dans 11 cas.

de deux à quatre jours dans
de cinq à sept jours dans
de huit à douze jours dans
de vingt-quatre jours dans

55 cas. 11 cas. 6 cas. 1 cas.

64 De la diarrhée prémonitoire. La préexistence d'une diarrhée de quelques heures à quelques jours de durée au choléra confirmé est un fait exact; ainsi, sur les 19 observations qui précèdent, la diarrhée a existé quatorze sois; deux fois elle a manqué el trois fois nous n'avons pu savoir si elle avait cu lieu ou non. Ceci constaté, cxaminons si toutes les diarrhées ont, comme phénomène prémonitoire, la même importance. Il nous semble qu'à cet égard on a beaucoup exagéré leur róle ou du moins le rôle de certaines d'entre elles. En effet, on a confondu sous le nom de diarrhée prémonitoire loute espèce de flux intestinal, soit chez les individus, soit dans les localités, car élendant à celles-ci la manière d'envisager la diarrhée chez ceux-là, on a prétendu que le choléra élait loujours précédé dans un pays par l'apparition de flux intestinaux. Cette doctrine est la conséquence de la manière d'envisager le mode d'action du principe généraleur du choléra qu'on a l'habitude de considérer comme s'exerçant dans le même temps sur toute une population. Or, si le choléra n'est que la suite de la transmission par contagion d'un principe spécifique, il doit en résulter que l'apparition de cette affection dans une localité ne sera pas nécessairement liée au règne préalable de la diarrhée dans cette localité. C'est en effet ce que nous a fait voir l'épidémie de Conie où le choléra a éclaté tout à coup, à la suite de son importalion et de sa transmission par une nourrice venant d'un lieu infectė, sans qu'aucune affection diarrhéique ait préalablement régné dans celte localité.

Nous distinguons donc parmi les diarrhées prémoniloires deux espèces de diarrhée, l'une que nous appelons cholérique, c'est la cholérine, le choléra ébauché; elle est due à l'action du principe cholérique; elle conduit trèssouvent au choiéra confirmé.

L'autre que nous qualifions de prédisposante n'a aucune connexité avec ce principe; clle dépend de conditions hygiéniques et pathologiques particulières

a

à chaque sujet, ou à chaque localité, et a les caractères de ces conditions el non ceux de l'espèce précédente; elle ne conduit au choléra qu'autant que le principe de celle maladie vient agir sur le sujet qui en est atteint; elle change alors de nature et revêt les caractères de la diarrhée cholérique. La prédisposition résulte alors d'une part de la susceptibilité morbide à laquelle l'organisme se trouve induit, d'autre part de la nature même des phénomènes dont les mêmes organes sont le siége, phénomènes essentiellement diacritiques.

La distinction que nous venons d'établir nous semble importante au point de vue du pronostic et du traitement; la diarrhée prémonitoire cholérique est en effet bien autrement grave que ne le sont les flux intestinaux, nés sous l'influence soit d'un état saburral, soit d'une alimentation trop abondante ou de mauvaise qualité, soit d'une impression morale, etc. Le succès du traitement de la première est fort incertain tandis que celui des seconds est presque assuré.

Nous avons peu de chose à dire des symptômes, nous n'en parlerons qu'au point de vue du diagnostic des deux espèces de diarrhée prémoniloire que nous avons admises, et pour signaler quelques phénomènes peu communs.

Si la diarrhée prémonitoire cholérique a présenté parfois à son début les caractères de la diarrhée stercorale simple ou bilieuse, elle a bientôt pris ceux qui lui sont propres. Elle était alors constituée par un liquide d'une odeur fade, plus ou moins homogène, blanchâtre, et semblable à une dissolution d'empois ou à une décoction de riz. Dans quelques cas elle fut teinte par un peu de bile verdâtre, ou bien jaunâtre, dans celte dernière circonstance elle avait l'aspect de café au lait peu coloré. La durée de cette diarrhée a été de quelques heures à vingt-quatre ou quarante-huit heures. Quelquefois des vomis. sements sont venus s'y joindre avec ou sans suppression d'urine, faiblesse du pouls, voix brisée, abaissement de la température, puis tous ces accidents se sont arrêtés ; mais le plus souvent tout l'appareil symptomatique du choléra confirmé s'est manifesté jusqu'à la mort, en présentant toutes les variétés d'intensité et de durée qui lui sont habituelles. Chez deux malades les selles sont devenues sanguinolentes pendant les dernières heures de l'existence; un troisième a eu des abcès anthracoïdes multiples, puis une broncho-pneumonie ; il est mort ædématié au bout d'un mois.

La diarrhée prémonitoire prédisposante est toujours stercorale, plus ou moins muqueuse, bilieuse ou séreuse et conserve ces caractères tant que le principe spécifique du choléra n'est pas venu les modifier. Elle est en outre accompagnée d'autres phénomènes en rapport avec ses causes hygiéniques ou pathologiques ; enfin sa durée est aussi variable que les causes qui lui ont donné naissance ou l'entretiennent.

Traitement. Comme nous n'avons pas à faire connaître de traitement différent de ceux qui sont le plus employés, nous serons bref à son égard ; nous nous contenterons d'indiquer ce qui nous a paru le plus utile.

Dans les diarrhées prémonitoires prédisposantes nous nous sommes attaché å combattre la cause qui leur avait donné naissance, opposant les vomitifs et

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