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mouvement, soit vers l'Ecosse ou vers le Nord d'Irland;- néanmoins la Cour où vous êtes, et les principaux marchands de la ville de Londres apprébendent que les entreprises de ces factieux n'aient quelques suites qui troublent le commerce et le repos dont les Anglois jouissent à-présent, je suis bien aise d'apprendre que le dit Roy ait donné de bons ordres pour prévenir les desseins des Rébelles, et qu'il metie sa principale confiance dans mon amitié,

Il peut aussi s'en promettre la continuation, tant qu'il demeurera dans les mêmes engagements que le feu Roy son frère et lui-même avoient pris avec moi; et comme les discours que le public lui fait tenir sur-tout ce qui regarde les intérêts de ma couronne ne conviennent pas à ce que je dois attendre de lui, vous devez observer bien soigneusement quels sont ses véritables sentiments, et m'informer de tout ce que vous apprendrez qu'il aura dit sur ce sujet, soit dans ses discours particuliers, soit dans les discours qu'il aura tenus aux Ambassadeurs et ministres étrangers; ensorte qu'après avoir donné des marques de mon zèle pour le rétablissement de la religion Catholique en Angleterre, et de mon amitié pour ce Prince par les secours que je vous fais incessamment remettre, je ne contribue pas d'avantage, s'il a de mauvais desseins, à le mettre en état de s'opposer à tout ce qui peut être de ma satisfaction ; et vous ne sauriez me rendre un compte trop exact de la manière qu'il vous traite, de tout ce qu'il vous dit sur les affaires présentes, et de ce que vous pouvez pénétrer de ses intentions, tant sur les alliances qu'il prétend faire à l'avenir, que sur les mesures qu'il veut prendre avec ses voisins.

Vous pouvez cependant l'assurer, qu'il n'y a aucun fondement à l'avis qu'on lui a donné, que le Marquis de Boufflers avoit ordre d'entrer dans la Navarre Espagnole ; que pour ce qui regarde l'escadre de mes vaisseaux que j'ai en voyée sous le commandement de Sieur de Treuilly vers Cadiz, il n'a ordre que de faciliter le commerce de mes sujets, et le retour des effets qu'ils ont sur la flotte des Indes. Vous savez aussi que le Maréchal d'Estrées doit seulement faire la guerre avec les vaisseaux qu'il commande aux Corsaires de Tripoli; ainsi il n'y a rien de nouveau dans ces commandements dont vous n'ayez déjà été averti.

Vous jugez bien que tout ce qui se passera dorénavant en Angleterre mérite une grande attention, et je ne doute point que vous ne donniez tous vos soins à en être bien averti, et à me rendre un compte exact de ce que vous apprendrez.

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Communes a accordé à sa Majesté Britannique, pour sa vie, les mêmes revenus dont le feu Roy son frère jouissoit : la résolution en a été prise d'un comun consentement; M. Seymer seul s'y opposa, et harangua inutilement contre la forme des élections, et sur le péril où l'on est de voir introduire la religion Catholique, et un gouvernement contre les loix. Son discours ne fut suivi ni applaudi de personne.

La Chambre Haute délibéra, en même temps, sur l'affaire des Seigneurs accusés de haute trahison, et cassa un règlement de la même Chambre qui ordonne que les accusations intentées par la Chambre Basse subsisteront d'un parlement à l'autre. Cela s'étoit fait pour perpétuer l'accusation contre le Comte de Danby et les Pairs Catholiques, qui par ce moyen demeureront toujours en état d'être condamnés sur les témoignages rendus contre eux. Ils sont présentement libres de l'accusation, et il faudroit pour les poursuivre recommencer une nouvelle accusation, et une nouvelle procédure. Cette délibération de la Chambre Haute annule tout ce qui a été fait sur la prétendue con spiration des Catholiques, qui sans cela auroit subsisté : c'est un coup fort important à l'égard de sa Majesté Britannique. Les Milords Devanschaer, Anglesey, Claire, et Radnor furent d'un avis contraire, et témoignèrent seulement leur mauvaise volonté.

Le Roy d'Angleterre me parla hier au soir avec beaucoup de chaleur de son attachement pour V. M. et de l'envie qu'il a de conserver son amitié, et d'augmenter, s'il est possible, les liaisons établies. Il me dit qu'il se croyoit encore plus en état de se conduire suivant son inclination at ses intérêts, se trouvant en possession du revenú dont le feu Roy son frère jouissoit ; que cependant il auroit toujours un grand besoin de l'amitié et des secours de V. M. pour exécuter les choses qu'il a dans l'esprit, et sans lesquelles il ne peut-être en sûreté ; que V. M. verroit avec quel soin il ménagera l'honneur de ses bonnes graces, et avec quelle fermeté il sera dans ses intérêts. Ce Prince me dit ensuite le détail des nouvelles d'Ecosse ; et ajouta, qu'il ne doutoit pas que l’Electeur de Brandebourg et d'autres Princes d'Allemagne n'eussent contribué sous main à l'entreprise du Comte d'Argile, et qu'il seroit soutenu de tous les Protestans de l'Europe; que cela lui montroit le chemin qu'il doit tenir, et à qui il se peut fier. Je lui dis que j'informerois V. M. de ce qui se passoit, et que je pouvois

l'assurer per avance que V. M. n'omettroit rien pour le soutenir, et lui donner des marques essentielles de son amitié.

Les lettres que j'ai reçues de M. d'Avaux, du 29 May, me font voir que les Ambassadeurs d'Hollande qui sont ici, écrivent comme s'ils étoient persuadés que le Roy d'Angleterre est dans une entière disposition à faire une nouvelle et plus étroite alliance avec les Etats Généraux.

V. M. jugera ce qui est à faire ici pour son service dans la conjoncture présente. Je me tiendrai en état d'exécuter ses ordres, sans m'avancer au-delà du payement de l'ancien subside. Je ne doute pas que Milord Rochester, et même le Roy d'Angleterre, ne me pressent bientôt de leur fournir d'autres sommes dont ils sçavent que les fonds sont ici. Il me paroît que le cas contenu dans les ordres de V. M, est à-peu-près arrivé, puis qu'il y a une rébellion formée en Ecosse qui a ses racines et son fondement en Angleterre et en Irlande. J'attendrai ce qu'il plaire à V. M. de m'ordonner; mais ce qui se fera bientôt, et du pur mouvement de V. M., sera, ce me semble, d'un autre poids, et d'un plus grand mérite, que les secours qu'on accordera, lorsqu'ils seront demandés avec empressement.

Je sais que des sommes considérables ne se fournissent pas ordinairement sans des stipulations préalables, et sans des assurances positives de l'effet qu'elles peuvent produire. Je ne fais aucun doute que le Roy d'Angleterre n'entre dans la suite dans tous les engagements que V. M. pourra désirer : je ne me suis point ouvert sur cela, parce que je n'ai pas eu d'ordre positif de V. M. de le faire: j'ai même appréhendé, si j'en commençois le discours, qu'on ne demandât des conditions qui ne lui conviendroient peut-être pas, comme celle de ne point faire, de son côté, d'alliance avec d'autres Princes. Cette égalité n'est pas raisonnable ni admissible entre V. M. et le Roy d'Angleterre, dont la puissance est si différente et si inégale avec la sienne. Mais les Anglois présument toujours d'avantage qu'ils ne doivent, et ceux qui voudroient empêcher ou affoiblir les liaisons entre V. M. et sa Majesté Britannique trouveroient peut-être des prétextes dans les clauses d'un traité pour en éluder les conclusions. Je fais cette réflexion par avance, sur une chose dont il n'est pas encore question, mais qui pourroit venir en son temps.

Il s'agit seulement à-présent de ce que V. M. m'ordonnera de faire de l'argent qu'elle a fait passer ici. Il me paroit que le Roy d'Angleterre s'engage à mesure qu'il reçoit de l'argent de V. M. et que c'est le meilleur et le plus sur moyen de rendre inutiles tous ces efforts qu'on fera pour l'ébranler, et pour lui faire prendre un chemin opposé aux intérêts de V. M. je crois voir cela clairement, et qu'il y auroit du péril à laisser le Roy d'Angleterre sans sécours, dans le temps qu'il peut en avoir plus de besoin. Il est vrai que le Parlement lui a accordé le revenu du feu Roy ; il pourra même dans la suite donner quelque chose pour la flotte ; mais la guerre civile est commencée en Ecosse, et je vois des gens fort sensés qui sont persuadés que l'entreprise, du Comte d'Argile est plus considérable encore qu'elle ne paroît.

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Dès

que l'acte des revenus sera passé, les affaires qui regardent la religion seront sur le tapis, et quantité d'autres affaires. J'estime qu'l seroit utile, en ce temps là, pour le service de V. M. de pouvoir ménager quelques gens du Parlement, et leur inspirer une conduite telle qu'il convient aux intérêts de V.M. une somme de quinze cent ou deux mille pièces suffiroit pour conserver à V. M. un crédit dont elle pourroit avoir besoin en d'autres temps. Je ne ferai rien sur cela, quand j'en aurois la permission, qu'avec de grandes précautions.

Milord Montaigu m'est venu trouver avant son départ pour France : il m'a fort pressé d'écrire à V. M. pour le parfait payement de ce qui lui reste dû. Il m'a dit qu'au lieu de cinquante mille écus qui lui sont dus, il se contenteroit d'une pension pendant sa vie ; qu'il prétendoit ne pouvoir être moindre que de vingt mille livres : il croit que ce seroit un moyen de satisfaire à ce qui lui est légitimement dû, sans que V. M. fut obligée de débourser une somme considérable, et que ce seroit même une sûreté de sa conduite dans tous les temps puisque V. M. pourroit faire cesser le payement de la pension, si V. M. n'étoit pas contente de lui. Je n'ai pu me refuser à rendre compte à V. M. de cette proposition. Il est certain que M. de Montaigu a rendu un grand service. Il en doit parler lui-même à M. de Croissy.

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