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obtenir, que pour l'informer des raisons qu'il a de conserver les officiers qui l'ont fidèlement servi dans la dernière rebellion.

Je m'assure qu'il n'aura pas de peine à obtenir ce secours de cette assemblée : elle croira avec raison avoir beaucoup gagné, s'il n'entreprend rien en faveur de la religion Catholique, et qu'il la laisse dans le déplorable état ou elle est encore à-présent, sujette aux loix pénales, et à tout ce que la fureur et les emportements de ses plus grands ennemis pourroient attenter contre elle dans une conjoncture plus favorable pour eux. Je suis bien persuadé aussi que ce Prince connoît assez l'intérêt qu'il a de la rétablir, et que d'ailleurs il a tout le zèle qu'on peut désirer pour ne pas manquer d'en procurer ses avantages; et comme vous savez bien mes intentions sur la conduite que vous devez tenir pendant la séance de ce Parlement, je ne doute point que vous ne les suiviez aussi exactement qu'il vous sera possible, et que vous ne m'in- ' formiez de tout ce qui se passera dans les délibérations des deux Chambres, et des mesures que le Roy d'Angleterre prendra pour parvenir à ses fins.

Extrait d'une Lettre de M. Barillon au Roy.

22. Novembre, 1685, a Londres.

On dit que Milord Grey a déposé que plusieurs Seigneurs devoient se joindre à M. de Monmouth, entre autre Milord Devincher; il est gendre du Duc d'Ormond, et le plus grand Seigneur d'Angleterre en fonds de terre. Beaut coup de gens prennent intérêt à ce qui le regarde, et s'entremettent pour le recommander ; mais il ne s'aide pas lui-même autant qu'il faudroit. Cela commence à causer les agitations ordinaires en ce pais-ci lorsque le Parlement est assemblé.

M. Barillon au Roy.

26. Novembre, 1685, à Londres.

JE reçus avant hier la dépêche de votre Majesté du 19 Novembre, par un courier exprès ; avant que d'y répondre, je crois dévoir rendre compte à V. M. de ce qui s'est passé ici depuis le derniere ordinaire. La délibération de la Chambre des Communes du 22. Novembre fut pleine de chaleur et de contestation. Les partisans de la Cour obtinrent pourtant une résolution de donner un secours d'argent. Ceux du parti opposé avoient eu l'adresse d'ajouter à la proposition de donner de l'argent, que ce secours seroit pour entretenir l'armée, ce qui auroit fait rejeter la proposition par le plus grand nombre de voix. Mais le Speaker, et quelques autres, firent mettre simplement la question de donner de l'argent, sans spécifier à quel usage : il passa de quelques voix mais en même temps, la Chambre prit la résolution de représenter à sa Majesté Britannique, que la véritable force du royaume consiste dans les milices, et qu'elle opportera tous les soins, et prendra tous les expédiens possibles, pour les rendre utiles : c'étoit déclarer nettement que la Chambre ne prétend pas que l'armée subsiste. Beaucoup de gens parlèrent avec véhémence contre l'armée et contre les officiers Catholiques, et soutinrent que le Discours du Roy ne se rapportoit point à ce qu'il avoit dit dans la séance précédente, puisqu'en celle-ci il se déclaroit ouvertement contre les loix établies qui font la sûreté de la religion Protestante. M. Seymer parla fort âprement, le Sieur Clergis de même; un nommé Jennins, créature de Milord Danbi, et un nouveau membre de la Chambre, nommé Tuesden, parlerent aussi avec beaucoup de force, et d'applaudissemens. Tous leurs discours se terminoient à ne pas souffrir une armée sur pied, et à ne pas permettre qu'il y ait des officiers Catholiques. Un des députés dit qu'il ne voyoit pas que l'Angleterre fit une figure considérable dans le monde dont il étoit fait mention dans le Discours du Roy. Milord Preston répondit à cela, qu'il savoit, et étoit bien informé, que V. M. auroit, cet été, attaqué l’Espagne en quelque endroit, si le Roy d'Angleterre ne l'avoit empêché, et que V. M. n'en avoit été détournée que parce qu'elle avoit cru qu'une rupture avec l'Espagne mettroit l'Angleterre

dans le parti de ses ennemis. Il y en eut d'autres encore qui firent entendre qu'il n'y avoit que le Roy d'Angleterre qui pût empêcher les progrès et l'augmentation de cette puissance qui fait trembler toutes les autres, et que le veritable intérêt de la nation Angloise est que le Roy soit en état de s'y opposer, ce qui ne se peut, s'il n'a des forces suffisantes et toutes prêtes. Ce raisonnement fut combattu indirectement par d'autres membres, qui soutinrent que le véritable intérêt des Anglois est de vivre en repos et en tranquillité dans le dedans, avec la sureté de leurs loix et propriétés, aussi bien que leur conscience dans l'exercice de leur religion, et que, quand cela sera, l'Angleterre aura assez de considération au-dehors. Cette délibération parut si opposée à ce que sa Majesté Britannique pouvoit désirer que l'on disoit déjà que le Parlement seroit prorogé ou cassé. Il s'étoit fait beaucoup de cabales la veille : les vieux Parlementaires qui ne sont pas du présent Parlement avoient instruit les nouveaux députés.

La Chambre se rassembla le 23 ; la chaleur fut encore plus grande, et le parti opposé à la Cour emporta de trois voix la question qui avoit été mise, si on délibéreroit sur le secours d'argent, ou si on considéreroit le Discours du Roy ; ce dernier avis prévalut, parce que beaucoup de gens attachés ou dépendants de la Cour étoient absents, et il y en eut même qui en furent d'avis, entre autres, le Sieur Fox, qui est Commis au payement des troupes : son père est officier de la maison, et avoit cet employ du payement des troupes, dans lequel il s'est enrichi. Un Lieutenant des Gardes à Cheval, nomme Darze, homme de qualité, fut aussi de l'avis opposé à la Cour. On parla encore avec beaucoup plus de chaleur que le joar précédent contre l'armée et le officiers Catholiques, et le sentiment presque unanimé de la chambre parut être de ne point donner d'argent pour faire subsister l'armée, et de ne pas souffrir qu'il y eut d'officiers Catholiques.

La Chambre se rassembla avant hier, 24 Novembre, et délibéra sur le Discours du Roy. On s'attendoit que la chaleur et l'emportement seroient encore plus grands que les jours précédents: mais la modération fut beaucoup plus grande qu'on ne l'avoit attendu: il n'y eut presque personne qui répétât rien de ce qui avoit été dit dans les jours précédents : mais le fonds de la délibération fut fort ferme, et la Chambre parut déterminée absolument à ne point permettre

que le Roy se servit d'officiers Catholiques, puisque les loix y sont directement contraires. On proposa divers expédients pour accommoder cette difficulté ; celui de souffrir que ceux qui sont établis, demeurent, et que le Roy promette de n'en plus ajouter d'autres, fut rejeté par la Chambre, et la conclusion fut de faire une adresse pour supplier, sa Majesté Britannique de rémédier aux soupçons et à la jalousie que donnoit à la nation l'inexécution des loix. On attribue la modération qui a paru dans cette dernière délibération, à la crainte qu'on a eue de donner occasion à la cassation du Parlement. D'autres disent que c'est un conseil des vieux Parlementaires qui ont inspiré de la fermeté et de l'opiniâtreté pour le fonds, en témoignant de la modération au dehors.

Il étoit hier dimanche. On délibère aujourdhui sur le fonds d'argent. Toute la question se termine à savoir si la Chambre des Communes accordera · de l'argent, sans y mêler aucune condition, et si elle se contentera d'avoir témoigné combien la subsistance de l'armée, et l'emploi dès Catholiques lui son odieux, sans insister d'avantagé sur une satisfaction préalable. En ce cas là le Roy d'Angleterre aura obtenu ce qu'il y a de plus essentiel; car le mécontentement général ne l'empêchera pas d'avoir ses troupes sur pied, et de quoi les payer. La délibération d'aujourdhui décidera de la durée de la séance du Parlement, car le Roy d'Angleterre paroît résolu de ne se relâcher en rien, et sa fermeté étonne ceux qui croyoient que ce qui s'est passé dans la Chambre des Communes, le feroit résoudre d'admettre quelques temperaments, et de ne se pas opiniâtrer à emporter dans cette séance tout ce qu'il désire.

De tout ce que j'ai l'honneur de mander à V. M. elle voit que les affaires de ce pays sont fort changées depuis quelques jours ; elles peuvent recevoir des adoucessements et des changements. Je sais que l'on emploie de l'argent pour remettre les gens les plus opposés à la Cour dans des sentiments plus modérés; mais il n'est pas facile que le concert se rétablisse parfaitement, et qu'il ne reste pas de grandes défiances de part et d'autre.

Le parti opposé à la Cour est celui du Prince d'Orange, que beaucoup de gens favorisent secrètement. La division même est dans la Cour ; c'est ce que j'expliquerai, autant que je le pourrai, à V. M. dans la suite de cette Lettre. Il me paroît, cependant, que je n'ai rien à faire en exécution des ordres

portés par la dernière dépêche de V. M. que d'employer tous mes soins pour être bien informé, et pour lui rendre un compte exact de ce qui se passe.

J'ai conservé quelques liaisons avec des gens accrédités dans les précédents Parlements, et il ne seroit pas impossible d'augmenter, s'il étoit nécessaire les divisions qui semblent naître; il ne seroit pas inutile au service de V.M. d'avoir toujours quelques gens dans sa dépendance ; cela peut même, daps les occasions, être utile au Roy d'Angleterre, et au bien de la religion. Je ne vois rien qui presse présentement : il semble que les affaires prennent d'ellemême le chemin qui peut être le plus avantageux à V. M.; c'est au moins ce qui paroit aujourdhui. Il est cependant difficile de prévoir les révolutions et les changements inopinés qui arrivent en ce pays-ci, et V. M. voit bien que

les affaires sont faites ou terminées avant que l'on ait le temps. de recevoir de nouveaux ordres,

J'ai été informé des démarches de l'Ainbassadeur d'Espagne, depuis le commencement de la séance du Parlement. J'ai été aussi averti que quelques jours auparavant, il avoit fort pressé le Roy d'Angleterre de renouveller le traité de 1680. La réponse de sa Majesté Britannique a été un délai plutôt qu'un refus absolu. Cette Ambassadeur a témoigné en etre surpris, et le Roy d'Angleterre a bien jugé de ce que M. Ronquille a dit qui'l avoit donné des espérances à Madrid, que le traité se pouvoit renouveller. Je n'ai pas crn, pendant ces derniers jours, devoir parler au Roy d'Angleterre sur ce renouvellement du traité avec l'Espagne, sachant qu'il n'y avoit rien à craindre présentement, et trouvant plus convenable qu'il m'en parle le premier, ce que je croit qu'il fera des qu'il sera un peu moins accablé d'affaires.

L'Ambassadeur d'Espagne fondoit de grandes espérances sur l'assemblée du Parlement. J'ai été averti que ses partisans insinuoient une alliance avec les Etats Généraux et la Suède où l’Electeur de Brandebourg, pour tenir lieu de ce qu'étoit autrefois la triple ligue. Je sais même que l'on devoit joindre à ces projets d'alliances, des offres de sommes considérables pour y engager sa Majesté Britannique. Tout cela se trouve renversé, ou du moins éloigné par tout ce qui s'est passé jusques à aujourdhui.

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