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les traités d'alliance qu'ils avoient avec le feu Roy son frère, et de tout ce qu'il vous a dit sur ce sujet.

J'ai été d'autant plus surpris de la conclusion de cette affaire qu'il ne m'a pas paru, dans toutes vos lettres qu'on vous en ait donné aucune part; et je trouve que les ministres étrangers ont raison de ne le pas regarder comme une simple formalité, ainsi que la Cour od vous êtes reut vous le persuader. J'estime, au contraire, qu'elle jette par là le fondement d'une ligue qui peut donner courage à ceux qui ne peuvent souffrir le repos dont l'Europe jouit à-présent ; que les Etats Généraux, qui vouloient demeurer dans une parfaite neutralité, ou plutôt le Prince d'Orange et le Pensionnaire Fagel, parent à-présent d'un renouvellement d'alliance avec l'Empereur, le Roy d'Espagne, et celui de Suède ; que l'Electeur de Brandebourg est sur le point de conclure son traité avec eux, et que cette disposition où le Roy d'Angleterre témoigne être de renouveller les traîtés du feu Roy son frère, non seulement avec les Etats Généraux, mais même avec l'Espagne, faite dire aux ministres de cette couronne, que ce Prince est déjà entièrement dans leurs intérêts. On ajoute même d'autant plus de créance aux bruits qu'ils en répandent, qu'on sait que le feu Roy d'Angleterre n'étoit entré dans ces engagements que pendant la mésintelligence qu'il y a eu entre moi et lui, et que l'amitié n'a pas été plutôt rétablie par la convention verbale que vous avez faite par mon ordre, qu'il a bien fait voir qu'il ne se tenoit plus obligé à ces traités, et qu'il étoit bien éloigné de les vouloir renouveller. Ainsi je ne comprends point par quel motif le Roy d'Angleterre s'empresse si fort de rentrer dans la même embarras, principalement dans un temps ou il voit bien que tous mes desseins tendent à la conservation de la paix, et qu'elle ne peut-être troublée que par de semblables commencements de ligue, que ne peuvent, en quelque manière que ce soit, convenir à ses intérêts. Vous en pouvez même encore parler dans ce sens, y ajant moins d'inconvénient de témoigner que je ne puis pas être satisfait de cette résolution, que de la confirmer par un espoir d'acquiescement de ma part ; et peut-être que quand le Roy d'Angleterre verra qu'il me donne par là un juste sujet de mécontentement, ou il ne s'empressera plus de donner la dernière perfection 'à ce traîté, ou il y apportera tant de modifications et de changements, qu'on ne le pourra plus regarder en effet que comme une simple formalité. Mais s":désire effectivement de conserver

mon amitié, il n'entrera dans aucun autre engagement qui puisse y être contraire, soit directement ou indirectement.

J'apprends aussi que le Parlement d'Angleterre a fait une nouvelle et forte imposition sur les denrées et marchandises étrangères, qui entrent dans ce royaume. - Vous ne manquerez pas de me faire savoir au plutôt și cette imposition est générale, ou si elle se réduit aux seules denrées et marchandises qui sont portées de mon royaume en Angleterre, et à combien elle

se monte.

Continuez à m'informer le plus exactement qu'il vous sera possible de tout ce qui se passe de plus considérable au lieu où vous êtes.

Je suis surpris que vous ne fassiez aucune mention dans vos lettres du Comte de Sunderland, quoiqu'on ait ici plusieurs avis de son éloignement en Irlande en qualitié de viceroy. Mandez-moi ce pui en est. Conservez ce qui vous reste de fonds entre les mains, sans en remettre aucune partie aux banquiers, jusqu'à ce que je vous aie donné de nouveaux ordres.

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Le Roy à M. Barillon.

à Versailles, le 30 Août, 1685.

M. Barillon quoique sos lettres des 20 et 23 de ce mois ne me parlent encore de la négociation qui se fait entre les commissaires du Roy d'Angleterre et les Ambassadeurs des Etats Généraux, que comme d'une disposition prochaine à un renouvellement de traîté ; néanmoins les dernières lettres du Sieur d'Avaux du 24 m'assurent que celles des dits Ambassadeurs qui venoient d’arriver d'Angleterre à la Haye, portoient qu'ils venoient de conclure l'acte de renouvellement de ces dits traités; et la déclaration que vous a faite le Comte de Sunderland, qu'on se garderoit bien de rien mettre dans le traîte qui puisse engager le Roy d'Angleterre au-delà de ce que l'étoit le feu Roy son frère, est

d'autant moins considérable, qu'on sait bien que le défunt Roy n'avoit contracté ces obligations, que dans le temps qu'il n'étoit pas en bonne intelligence avec moi, et que depuis qu'elle a été rétablie, il ne leur a point donné d'autres intrepretations que celles que je pouvois désirer; au lieu que le Roy d'Angleterre à présent régnant, les renouvellant volontairement, et dans le temps que rien ne l'y oblige, les voudra exécuter à la lettre, et donnera moyen au Prince d'Orange d'en faire une ligue capable de troubler le repos de l'Europe. Quoiqu'il en soit, il n'est plus temps de faire des remontrances sur ce sujet, et vous ne devez plus les employer que pour empêcher le renouvellement d'un traîté avec l'Espagne, ou avec quelqu'autre Prince ou Etat que ce puisse être.

Le Maréchal de Crequy est à-présent auprès de moi, et quelque bruit qui se répande à la Cour où vous êtes sur mes desseins, vous pouvez assurer le Roy d'Angleterre qu'ils ne tendent qu'à affermir le repos que les derniers traîtés ont rétabli dans toute l'Europe.

Extrait d'une Lettre du Roi à M. Barillon.

à Chartres, 4 Septembre, 1685.

Cependant comme vous me faites entendre par l'un des articles de votre lettre, qu'il sera à mon pouvoir de renouveller avec ce Prince les mêmes liaisons que j'avois avec le feu Roy son frère, et de les rendre encore plus fermes et plus assurées, je vous dépêche ce courier pour vous avertir de bonne heure, que vous devez bien vous garder de vous engager dans aucune négociation sur ce sujet ; et que comme je vous ai assez fait connoître par toutes mes dépêches, et par celle ci, que je n'ai point d'autre dessein que de maintenir la paix dont toute l'Europe jouit à-présent, j'ai lieu de croire aussi que dans le florissant état où j'ai mis toutes les affaires de mon royaume, non seulement le Roy d'Angleterre, par l'intérêt qu'il a pareillement a la conservation de la tranquillité publique, mais aussi tous les autres Princes et Etats de l'Europe, seront bien aise

pas néces

qu'elle ne soit pas troublée, et qu'il n'y en aura point qui ose malgré moi rėnouveller une guerre qui ne tourneroit qu'à son dommage. Ainsi il n'est saire de rentrer pour cet effet dans des liaisons avec l'Angleterre, qui ne se con cluent jamais qu'à mes dépens, et même par des subsides capables de porter un grand préjudice aux affaires de mon royaume; et toutes les fois qu'on vous tera de semblables propositions, vous devez seulement répondre, que je suis assez persuadé de l'amitié du Roy d'Angleterre, et qu'il assez de sujet de faire un fondement certain sur la mienne, pour n'avoir pas besoin l'un et l'autre de nous en assurer par aucune traité.

Le Roy à M. Barillon.

à Chambord, le 13 Septembre, 1685. Monsieur BARILLON, le compte que vous me rendez par votre lettre du Se. de l'entretien que vous avez eu avec le Roy d'Angleterre au sujet du traité qu'il a repouvellé avec les Etats Généraux, ne m'oblige pas de vous donner d'autres ordres que ceux que vous avez reçus par mes précédentes dépêches, cest-à-dire, de ne plus témoigner de mécontentement de ce qui s'est passé, mais de profiter le plus adroitement qu'il vous sera possible de l'embarras où l'on vous a témoigné d'être d'avoir conclu cette affaire avec trop de précipitation, pour empêcher qu'on n'en fasse plus de semblables ni avec l'Espagne ni avec aucune autre Puissance.

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Je suis bien aise d'apprendre que le Roy d'Angleterre ait découvert la nouvelle conspiration qui se formoit contre lui, et il me semble qu'elle doit servir à lui faire connoître qu'il s'en pourroit encore faire de semblables, si la crainte des liaisons qu'il a avec moi, ne retenoit ceux qui seroient, sans cette consi, dération, bien plus hardis à entreprendre.

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Ertrait d'une Lettre de M. Barillon au Roy.

10 Septembre, 1685, à Windsor.

Le Roy d'Angleterre m'a lu sur l'original la déposition du Sieur Mathieu, escuyer du Duc de Monmouth ; elle contient qu'il a su de M. de Monmouth que le Baron de Freize lui avoit parlé la Haye de la part des Protestants de France, et lui avoit communiqué leur projet, qui étoit de prendre les armes au commencement de cet été, et de se révolter en plusieurs endroits de la France; qu'ils offroient au Duc de Monmouth de le recevoir à leur tête ; que ce dessein a été communiqué à l'Electeur de Brandebourg, aux Princes de la Maison de Brunswick, et à M. le Prince d'Orange, qui tous l'ont approuvé; que cer Baron de Frize a fait plusieurs voyages en France pour concerter avec les Protestants des diverses provinces. C'est tout ce que contient la déclaratior, sans rien spécifier de particulier à l'égard des lieux ni des personnes avec qui ce Baron de Freize a traité. Il est Allemand, et a été autrefois à la cour de Saxe, dont il est sorti pour un démêlé qu'il eut avec le favori de l'Electeur de Saxe,

J'ai prié le Roy d'Angleterre de me dire s'il ne savoit rien d'avantage sur cette matière : sa réponse a été, qu'il ne savoit que ce qui est porté par cette déclaration, et qu'il ne me cacheroit rien sur une matière de telle importance, s'il en avoit la moindre connoissance; que je pouvois assurer V. M.

que

rien ne lui étoit si cher que ses intérêts, et qu'il ne laisseroit passer aucune occasion de lui donner des marques de son amitié. Je l'ai prié de presser encore les autres confidents de M. le Duc de Monmouth, et du Comte d'Argile, pour dés couvrir quelque chose ne plus particulier que ce qui in'a été communiqué. Sa Majesté Britannique me l'a promis.

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