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premier chirurgien de Louis XIV,

il jetta au feu pour vingt mille livres de billets, produit des honoraires que lui devaient des personnes auxquelles il avait rendu la santé. Voici d'un autre côté des " détailsintéressans que les nouveaux Mémoires du ducdeSaint Simon nous fournissent sur cet excellent praticien, né dans le Nord de la France; nous ne changerons rien au style, parfois négligé mais toujours de bon ton, du noble historien.

« Félix, premier chirurgien du Roi, mourut en l'année 17o5, laissant un fils qui n'avait pas voulu tâter de sa profession. Fagon, premier médecin du roi, qui avait toute sa confiance et celle de madame de Maintenon sur leur santé , mit en cette place Maréchal , chirurgien de la Charité, à Paris, le premier de tous en réputation et en habileté, et qui lui avait fait trèsheureusement l'opération de la taille. Outre sa capacité dans son métier , c'était un homme qui avec fort peu d'esprit, avait très-bon sens , connaissait bien ses gens , était plein d'honneur , de probité et d'aversion pour le contraire ; droit, franc, et vrai; et fort libre à

· le montrer, bonhomme et ronde

ment homme de bien, et fort capable de servir, et par équité, ou par amitié de se commettre trèslibrement à rompre les glaces aupi ès du roi , quand il se fut bien initié (et on l'était bientôt dans ces sortes d'emplois familiers auprès de lui). On verra dans la suite que ce n'était pas sans raison que je m'étends sur cette espèce de personna

ge des cabinets intérieurs , que sa faveur laissa toujours doux , respectueux, et quoique avec quelque grossièreté, tout-à-fait en sa place. Mon père , et moi, après lui , avons logé toute notre vie auprès de la Charité. Ce voisinage avait fait Maréchal le chirurgien de notre maison; il nous était tout-à-fait attaché , et il le demeura dans sa fortune.

« Je me souviens qu'il nous conta, à madame de Saint-Simon et à moi, une aventure qui lui arriva et qui mérite d'être rapportée. Moins d'unan depuis qu'il fut premier chirurgien et déjà en familiarité et en faveur, mais voyant , comme il a toujours fait, les malades de toute espèce qui avaient besoin de sa main dans Versailles et autour, il fut prié par le chirurgien de port-Royal-des-Champs d'y aller voir une religieuse à qui ce dernier croyait devoir couper la jambe. Maréchal s'y engagea pour le lendemain. Ce même lendemain on lui proposa au sortir du lever du roi d'aller à une opération qu'on devait faire. Il s'en excusa sur l'engagement qu'il avait pris pour Port-Royal. A ce nom quelqu'un de la faculté le tira à part et lui demanda s'il savait bien ce qu'il faisait d'aller à Port-Royal. Maréchal, tout uni, et fort ignorant de toutes les affaires qui sous ce nom avaient fait tant de bruit, fut surpris de la question, et encore plus quand on lui dit qu'il ne jouait pas à moins qu'à se faire chasser ; il ne pouvait comprendre que le roi trouvât mauvais qu'il allât voir si on y couperait ou non la jambe à une religieuse. Par composition il promit de le dire au roi avant d'y aller. En effet, il se trouva au retour du roi de sa messe, et comme ce n'était pas une heure où il eut accoutumé de se présenter, le roi, surpris, lui demanda ce qu'il voulait. Maréchal raconta avec simplicité ce qui l'amenait et la surprise ou il en était lui-même. A ce nom de Port-Royal, le roi se redressa comme il avait accoutumé aux choses qui lui déplaisaient, et demeura deux ou trois Pater sans répondre, sérieux et réfléchissant , puis dit à Maréchal : « Je veux que vous y alliez, mais à condition que vousyalliez tout-à-l'heure pour avoir du tems devant vous; que sous prétexte de curiosité vous voyiez toute la maison, et les religieuses au chœur et partout où vous les pourrez voir; quevous les fassiez causer et que vous examiniez bien tout de très près, et que ce soir vous m'en rendiez compte. » Maréchal, encore plus étonné , fit son voyage, vit tout , et ne manqua à rien de ce qui lui était prescrit. Il fut attendu avec impatience; le roi le demanda plusieurs fois, et le tint à son arrivée près d'une heure en questions et en récits. Maréchal fit un éloge continuel de Port-Royal; il dit au roi que le premier mot qu'il lui fut dit fut pour lui demander des nouvelles de la santé du roi et à plusieurs reprises : qu'il n'y avait lieu où on priât tant pour lui, dont il avait été témoin aux offices du chœur. Il admira la charité , la patience et la pénitence qu'il y avait remarquées; il ajouta qu'il

n'avait jamais été en aucune maison dont la piété et la sainteté lui eussent fait autant d'impression. La fin de ce compte fut un soupir du roi, qui dit que c'étaient des saintes qu'on avait trop pressées, dont on n'avait pas ménagé l'ignorance des faits et l'entêtement , et à l'égard desquelles on avait été beaucoup trop loin. Voilà le sens droit et naturel produit par un fécit sans fard d'un homme neuf et neutre qui dit ce qu'il a vu et dont le roi ne se pouvait défier, et qui eut par là toute liberté de parler; mais le roi, vendu à la contre-partie, ne donnait d'accès qu'à elle ; aussi cette impression fortuite du vrai fut elle bientôt anéantie. Il ne s'en souvint plus quelques années après, lorsque le père Tellier lui fit détruire jusqu'aux pierres et aux fondements matériels de Port-Royal, et y passer partout la charrue. » A. D.

LA TOUR D'OSTREVENT. • Les anciens monumens sont clairssemés dans le département du Nord; un édifice qui a résisté à plusieurs siècles est une sorte de rareté: dans cette populeuse contrée, les hommes sont trop nombreux, trop riches, trop industrieux pour que les bâtimens, qui surchargent son sol, ne changent pas de face toutes les deux ou trois générations. Si l'onen excepte des momunens druidiques et les restes d'antiquités romaines , la Tour d'Ostrevent est sans contredit une des plus anciennes constructions du pays que nous habitons; ce n'est guères , néanmoins que sous le rapport de son âge qu'elle mérite d'ètre mentionnée: peu de souvenirs historiques se rattachent à son existence,

Pepin de Herstal, ayant gagné sur Bertier, maire du palais du royaume de Neustrie , une bataille longuement disputée vers l'endroit où la Sensée se jette dans l'Escaut, devint par ce succès maire de toute la France; il reprit Cambrai et Valenciennes et voulant éterniser cette victoire, il fit bâtir au lieu du combat, un château que les ancienmes chartes latines nomment Pepioilla, du nom de son fondateur, et que l'on appella ensuite Bucinium, d'où s'est formé depuis le nom français de Bouchain. Cet endroit devint le chef-lieu du comté d'Ostervent , ou d'Ostrevent, qui tira son nom de sa position à l'Ouestdu comté de Hainaut. Ce comté qui forma depuis la Chatellenie de Bouchain, comprenait presque tous les villages situés entre les rivières de l'Escaut, la Scarpe, la Selle et la Sensée.

Baudouin IV, comte de Hainaut surnommé l'Edifieur, entoura Bouchain de murailles vers 1 16o , et construisit un château , fortifié comme tous ceux du tems, dans l'espace que comprend aujourd'hui toute la ville haute; ce fait est attesté par l'épitaphe de Baudouin placée dans l'église Ste.-Waudru à Mons (1). La tour d'Ostrevent est

(1) « Ci gist Baudouin comte d'Hainaut , duquel le proave fut Baudouin d'Hasnon , qui de Richilde engendra Baudouin de Jérusalem. Ce Baudouin engendra Baudouin d'Alix sœur de Godefroy duc de Louvain ,

tout ce qui reste aujourd'hui de ce château. Les anciens manoirs féodaux avaient presque tous , outre leurs murailles et leurs tours des angles, une espèce de tour forte, qui servait souvent de prison , et devenait dans les sièges, la citadelle, le réduit de la place ; c'est ainsi que dans l'antique demeure des rois de France on voyait s'éle

· ver la grosse tour du Louvre , ber

ceau de la bibliothèque royale sous Charles V. Le château de Vincennes nous montre encore son donjon ; les tours de Montlhéry , La Queue, Montlandon et Coucy sont des ruines du même genre.

Le château d'Ostrevent, bâti par Baudouin IV, et embelli par Baudouin V son fils, servit longtems d'hôtel et de maison de plaisance aux comtes de Hainaut et d'Ostrevent lorsqu'ilsvenaient à Bouchain; peu-à-peu le château se trouva envahi par les fortifications que de nouveauxsystèmes de défense obligeaient à construire; la tour d'Ostrevent seule persista ; liée aux remparts et solidement établie elle fut respectée , non sans souffrir quelques modifications dans sa partie supérieure , arrangée en plateforme pour y recevoir des canons. Sa principale restauration eut lieu en 1532 par l'empereur Charles-leQuint qui craignait les attaques des français ; en mémoire de cette réparation on incrusta dans la maçonnerie de la tour les armoiries de ce monarque et celles de sa tante Marguerite d'Autriche gouvermante des Pays-Bas. En cette même année, l'empereur fit ceindre Bouchain de nouvelles murailles. Avant cela , la place n'était gardée que par un petit nombre d'hommes d'armes, postés au haut de la tour d'Ostrevent et qui étaient soldés et entretenus au moyen d'une légère imposition, levée sur tous les villages de la châtellenie de Bouchain, et qu'on appellait la taille du guet. Le guet disparut, mais,. comme cela arrive toujours, l'impôt resta: son produit fut dans la suite employé à chauffer en hiver les soldats de la garnison.

qui est gissant en cette église devant le chœur ; i celui de Yolande eut le présent Baudouin, homme fort et hardi , amateur de justice et de Paix, humble vers ses sujets et sévère á ses ennemis. Il réédifia cette église brulée pour la 3e fois et fit couvrir de plomb celle de St,-Vincent de Soignies et murer la ville de Mons; et bâtit une chapelle de St.-Servais sur la porte principale Il bátit la Salle à Valenciennes et les murs de la ville, à Beaumont, il fit les murailles près la tour. Il batit de fond en comble et munit de tours et édifices les villes de Binch d'Aymont, Quesnoy, Le château de Bouchain; Raismes et Ath. Il trépassa l'an de l'incarnation nostre scigneur. MCLXXI âgé de 72 ans le 6 novembre. » - Le tombeau de Baudouin fut orné de l'effigie de St. Bernard en mémoire de l'amitié qui unit ces deux personnages.

En 1759, la tour d'Ostrevent fut encore complétement réparée à l'intérieur et à l'extérieur sans qu'on changeât rien à son architecture; une partie en fut donnée au génie et à l'artillerie de la place de Bouchain pour leur servir de magasins; une autre fut convertie en prison et le dessus de la plate-forme supporta un petit beffroi qui eontient une forte cloche , destinée à sonner l'alarme à l'approche des troupes et l'ouverture

et la cloture des portes de la ville.

Tandis que cet édifice recélait les prisonniers du bailliage de Bouchain, seize ou dix-huit de ces malheureux , condamnés à être privés de leur liberté à perpétuité, travaillérent à leur délivrance avec tant d'activité et de persévérance, qu'ils parvinrent à percer des murs de quinze pieds d'épaisseur ; pour tromper l'active surveillance de Ieur gardien, ils cachèrent soigneusement la brêche faite à leur muraille, avec la paille de leur litière et le geolier ne connut leur manœuvre que le jour où il trouva le cachot vide de ses hôtes : à la vue seule de l'édifice on s'étonne qu'une telle tentative ait pu réussir; mais qui ne sait ceque peut l'amour de

la liberté !

| L'aspect de la tour d'Ostrevent est triste et sévère; elle est de forme quarrée, un peu plus élargie à sa base qu'à son sommet; elle a soixante pieds de hauteur et autant de largeur; des fenêtres rares et étroites jettent dans l'intérieur un jour doûteux; des escaliers usés par les pas, conduisent à des portes massives et toutes retentissantes de fer, qui enclosent trois étages si artistement voutés qu'on dirait qu'ils ont été construits depuis la terrible in

vention de la bombe; aucun orne- ^ ment, aucune inscription, aucune date, ne vient révéler au voyageur l'origine de ce monument aussi nu que son histoire ; mais son âge reste suffisamment fixé par sa structure, sa division intérieure et sa solidité qui permet de supposer

qu'à moins d'événemens extraordinaires, il doit voir encore passer autant de siècles qu'il en a déja vu s'écouler. A. D.

LA FLEUR-DE-LIS. — Ni par sa forme, ni par sa couleur, la fleur-de-lis qu'on voit dans l'an

cien écu de France ne ressemble à

la fleur de lis que nous cultivons vlans nos jardins; tandis quejaune comme nos fleurs de lis, et présentant la même figure, la fleur de la plante qu'on nomme flambe ou iris semble avoir fourni le modèle de la fleur que nos rois adoptèrent dans leurs armoiries. La flambe croît en abondance depuis bien des siècles sur les bords de la Lys, rivière du département du Nord et de la Belgique , qui se jette dans l'Escaut à Gand , et aux environs de laquelle les Francs habitèrent longtems avant de passer dans la Gaule proprement dite. La fleur de cette plante est trop belle pour n'avoir pas été remarquée de nos premiers rois, qui la trouvant au

tour de leur habitation, et ayant à choisir une image symbolique

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particulière par l'abondance avec laquelle elle y croissait. Sa fleur aura été appelée d'abord la fleur de la Lys, et plus tard la fleur de lis , par une abréviation dont on trouve bien d'autres exemples. Il est à remarquer qu'on n'a jamais dit abssolument fleur de tulipe, fleur d'œilet, fleur de muguet, etc.; par quelle exception aurait-on dit fleur de lis ? " .

| Après ce sentiment sur l'origine de la fleur-de-lis, je citerais des auteurs qui trouvent qu'elle ressemble à un des bouts de l'angon des Francs, et qui pensent que la même figure qui formait ce bout aura été mise comme un ornement au haut des sceptres ou autour des couronnes, et qu'elle aura été choisie ensuite pour armoiries. Mais dans cette hypothèse, pourquoi lui aurait-on donné la couleur jaune et le nom de fleur-de-lis ? D'autres nous assurent que les abeilles étaient lesymbole des premiers rois de France, et que , lorsqu'on avait imaginé les armoiries sous la 5"race, on avait pris pour des fleursde-lis ces abeilles mal gravées sur les pierres des anciens tombeaux. Il est certain que lorsqu'en 1653 on découvrit a Tournay, sur le bord

de l'Escaut, le tombeau de Chil

déric, père de Clovis, l'on y trouva plus de trois cens petites abeil- . les d'or qui s'étaient apparemment

détachées de sa cotte d'armes. Mais les partisans de cette dernière opinion ne sauraient expliquer comment le nom de fleur-de-lis aurait été donné à la figure plus ou moins ressemblante d'une abeille. Z.

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