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sa mort ne tardèrent pas à venir en foule à la prison. L'évasion de la victime les exaspéra ; ils menacèrent d'égorger Mme. Nicollon et ses enfans, s'ils ne trouvaient l'objet de leur haine. Le malheureux proscrit, entendant les cris des tigres qui le cherchaient et son nom mille fois répété, craignit de compromettre celui chez qui il s'était refugié, il monta au grenier, de là sur le toit, où il se cacha entre deux cheminées. Un polisson l'aperçut, le montra aux assassins en disant : r'wétiez , r'wétiez ; en trois minutes, Nicollon fut arraché du faîte de la maison où il s'était hissé.Après l'avoir outrageusement insulté, on l'accrocha à la corde d'un réverbère, visà-vis le cadavre de son filleul ; trois fois la corde cassa, trois fois on renouvela son supplice aux acclamations sataniques des spectateurS. Cet affreux événement plongea la ville de Douai dans la consternation ; lorsque l'ordre fut rétabli, on mit en prison les assassins, mais on n'osa pas les juger. Le 14 septembre de la même année, ils furent mis en liberté en vertu d'une amnistie. Lorsque la république française fut proclamée, ces deux monstres, déclarés bons citoyens, républicains parfaits, firent longtemps trembler leurs compatriotes , au nom des frères et amis, et l'assassinat des deux Douaisiens fut leur titre de gloire. Mme. CLÉMENT, mée HÉMERY.

M. DE NEDONCHEL. - Le baron de Nédonchel, d'une an

cienne et noble famille du Hainaut, était fort bien vu à la cour du vieux roi Louis XV. M. de Nédonchel, comme beaucoup de jeunes gentilshommes de cette époque, avait fait un voyage en Angleterre, et comme eux aussi avait rapporté de cette terre étrangère une anglomanie très prononcée. Il parlait anglais, s'habillait à l'anglaise , montait des chevaux de pur sang , affectait la gravité britannique et vantait la constitution des trois royaumes.

Un jour qu'il suivait Sa Majesté à la chasse ou à la promenade, monté sur son anglais, il trottait à la portière du roi et lui envoyait de la boue dans sa voiture ; le roi lui cria : Monsieur de Nédonchel, vous me crottez ! Le baron qui avait entendu : vous trottez, s'empressa de répondre : Oui, sire , à l'anglaise. Le roi rit beaucoup et se contenta de lever les glaces de sa voiture pour n'être pas sali à l'anglaise. . A. D.

[1] Cette illustre maison date de 1199 où l'on connaissait déjà Godefror de Nédonchel, chevalier, époux de Alete de Humières; elle est alliée aux de Lannoy , aux de Ste.Aldegonde, aux d'Assignies , aux du Châtel de la Hovarderie , aux de Hennin , de Bergues, de Tenremonde, etc. Elle a fourni de tout tems des chanoinesses aux chapitres nobles de Denain, Mons et Maubeuge : et méme des abbesses à Denain et á Bourbourg. Ses armes sont d'azur à la bande d'argent ; le casque couronné, le cimier : un bouc naissant d'hermines , les cornes et le collier d'or. La principale branche habite aujourd'hui le château du Jolimetz, près le Quesnoy. Son chef, le baron de Nédonchel , lieutenant-général , cordon rouge . ancien gouverneur du Quesnoy, y est mort le 13 février 1834, agé de 92 ans.

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CHARLES-LE-TÉMÉRAIRE FAIT GRACE AUX GANTOIS. — Relation inédite (1). — « Sensieult la congregacion des nobles que faicte estoit en la grant salle de Brouxelles, le dimencexv° jour de janvier lan mil iiij° lxviij derrainement passe et comment ceulx de la ville de Gand obtindrent ou dict parlement de tres hault · tres victorieux et tres redoubte seigneur et prince, monseigneur le duc Charles de Bourgongne, de Lottier, de Brabant, de Limbourg, et de Luxembourg conte de Flandres, etc. pays, par sa tres benigne clemence et tres excellente bonnairité et noblesse de leur derraine offence et desobeissance. »

» Premierement estoit la dicte salle aournee et circompendue de tres riche tapicerie du grant roi Alexandre, Hanibal et aultres nobles anciens et mon dict seigneur le duc estoit assiz en icelle salle ou capital et pour tribunal à une tres riche chayere moult noblement paree et circompendue de draep dor et pareillement dessoubz ses pies, dont certains degrez estoient mis descendant de ladicte chayere, et au plus bas degre estoit assiz tres hault et puissant prince monseigneur Anthoine bastard de Bourgongne, conte de la Roiche, seigneur de Bevre et de Beuvry, premier chambellan de mondict seigneur le duc et ayans à ceste cau

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se et instance la charge et cognoissance aux affaires cy après en suiant. »

» Item assez prez de ladicte chayele de monseigneur le duc, estoit un aultre tres riche siege moult noblement aourne, sur lequel siege estoient assiz, assavoir premierement monseigneur levesque de Liege, duc de Bullon et conte de Loz, messire Philippe de Savoye frere de la tres noble et tres excellente dame madame la royne de France et tres hault et puissant prince monseigneur Adolff de Cleves conte de la Marque et seigneur de Ravestain. »

» Item aprez ce, estoient en ordre assiz , en tres riches sieges, tres haulx et puissans seigneurs, messeigneurs de la noble thoyson dor, qui illecq estoyent et par consequent les aultres nobles chacun en ensuyant son chief de dixiesme et aultrement ainsy qu'il appertenoit, et que moult riche et noble estoit pour veoir. »

» Item pareillement estoient au dict parc pluiseurs estraingnes ambassades, comme de France, dengleterre, de Hongarie, de Bohaigne, de Naples, darragonne , de Cecylle, de Cypres, de Norweghe, de Pole, de Denemarche, de Ruusse, de Lyfland, de Pruusse, dauteriche, de Mylan , de Loumbardie et autres, ce qui estoit moult merveilliux pour veoir. »

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en ensuyant prindrent illecq leur repos sur bailles à ce faictes en la dicte salle ung chacun en ordre et selong son estat et office.

« Item estoit illecq, en icelle salle faicte, moult richement de charpentaige une rue, comme ung chemin, pour les venans, passans et seiournans, dont ou moyen dicelle rue, lesdicts officiers de mon dict seigneur chacun en ordre et selon sa dignite de son office, comme dict est , estoient mis en assiz. »

» Ores pour scavoir la cause dicelle congregacion et parlement il est vray que au dict jour monsieur Olivier, de la Marche, chevalier, et Pierre Bladelin dit Leestmakere, maistres dostel de mon dict seigneur le duc comme deputez ad ce de par mon dict seigneur et vindrent de la court de mon dict seigneur jusques sur la place appellee Caudeberghe devant la court ou les dicts de la ville de Gand estoient assamblez, et venus de la maison de Brouxelles, assavoir : ceulx de la loy les cincquante deux doyens des mestiers et jures dicelle ville de Gand, lesquelz ils conduisrent moult gracieusement de la dicte place jusques en la dicte court, chacun doyen ayant devant luy la banniere ouverte de son

mestier sur une lance, dont ilz at-

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oncques ou dict parcq la ou ilz estoient chacun en ordre, appelles, et misrent illecq chacun lenr baniere devant les pies de mon dict seigneur le bastard de Bourgongne, criant tous ensamble et unanimitez tres humblement merchy, ce que moult piteux estoit pour veoir et oyr. »

» Item après ce incontinant, estoit illec leu tout au long le grant previlege desdicts de Gand, et par especial du renouvellement de la loy dicelle ville etc. et ce fait, apres la dicte lecture, demanda monseigneur messire Pierre seigneur de Goux et deWedergrote, chancelier de Bourgongne, a la personne de mon dict seigneur le duc, que chose lui en plaisoit estre faicte dont mon dict seigneur respondi incontinent , que on adnulleroit de tout le dict privilege et ce oyant, monsieur maistre Jehan le Groz premier secretaire et audiencier print ung canyvet ou tailge-plume et cassa le dict privilege, present tous assistans. »

» Item ce fait, commencha mon dict seigneur le duc, proposer plusieurs raisons, par maniere de lamentacion , touchant les darraineres guerres de Flandres alleguans tout au long leurs offences et mesuz et quel maniel e ilz avoient tenu envers la tres haulte et noble per

sonne de feu le puissant duc Phe

lipe, cui Dieu absoille, son pere, en plusieurs manieres, leur aussy signiffiant et demonstrant comment il avoit este tousiours de toute sa puissance et leur ayde en tous lieux, et pour les excuser devers son dict feu tres noble pere, soy entre tous autres choses complaignans en den otant de sa tres noble fille, quant il la faisoit querir devers lui à Bruxelles que a paine icelle en povoit ravoir par ce assez demonstrant que quant il se confioit le plus en eulx quilz avoient offense grandement contre lui et plus estont quant il cuidoit recevoir son pays de Flandres, et jurer de tenir et entretenir les privileges etc. ils avoient encoires plus grandement et vilainement offense et gette leur venin. »

» Item proposa encoires au propos, comment ilz avoient, en renumeracion de ce que dict est, commenchie a faire quatre points, premierement comment ilz avoient a sa requeste ferme les portes, secondement comment ils avoient illecq apporte leurs banieres, comme dessus est touchie, tierchement comment ilz avoient tres humblement crye merchy du tres enorme crime de lesenmageste, quilz avoient perpetre, quartement comment ilz avoient apporte leurs privileges, dont dessus est assez note, pa1 lesquelles obeissances, se vous entretenes les dictes promesses, et les volez desservir destre noz bonnes gens et enffans, ainsy quil appertient, vous porez obtenir notre grace, et nous vous serons ung bon prince et archimandrite, concluant en outre, en leur demandant sesatisfaction entiere povoient avoir faict de leur dicte offence et vilaine desobeissance, a quoy comme bien fait a presupposer ilz ne respondirent mot. Et par ainsy fina le dit parlement de la paix de Gand,

la quelle nostre benoit saulveur Jhesu Crist, par sa benigne grace, veulle conserver et coroborer dest1e entretenue jusques au finement de ce siecle. »

Nous n'ajouterons qu'un mot à cette relation inédite jusqu'à ce jour. Presque tous les auteurs parlent de l'événement qui en fait l'objet, mais aucuns n'ont donné les détails que nous offrons aux amateurs de notre histoire. Philippe de Comines (liv. 2) est le seul qui observe en passant, qu'à l'assemblée tenue à Bruxelles, il y avait beaucoup d'ambassadeurs. Olivier de la Marche, qui y assistait, garde le silence sur les cérémonies qui eurent lieu à cette occasion.

· LAMBIN, Archiviste de la ville d'Ypres.

LE BOURGEOIS DE VALENCIENNES, AVANT 1789.— Il est des peuples essentiellement conservateurs de leurs usages, mœurs et coûtumes; il en est d'autres dont la physionomie change à vue d'œil:

, ainsi , la ville de Burgos , en Espa

gne, semble encore habitée, dans quelques quartiers, par les sujets d'Isabelle de Castille, ou au moins par les contemporains de l'empereur Charles-Quint ; tandis que Paris et Londres, changent d'aspect tous les dix ans.

Sans avoir l'importance des cités que nous venons de nommer, une des villes qui a subi des changemens considérables depuis quarante ans, au physique comme au moral, est sans contredit celle que nous habitons : il n'a fallu pour cela qu'un ou deux siéges, deux restaurations, deux révolutions, l'émigration des habitans, suivie de celle du commerce particulier à la localité, l'invasion de plusieurs industries nouvelles, l'implantation dans le pays de familles parisiennes, le séjour des armées, le passage fréquent des étrangers, et le frottement des habitans,naturellement voyageurs, pour leur commerce ou leur plaisir, avec les hommes des nations · les plus civilisées. Voilà , certes, plus de raisons qu'il n'en faut pour modifier sensiblement , dans la durée d'un demi-siècle, l'aspect d'une ville et les allures de ses citadins.

Avant 1789, le bon bourgeois de Valenciennes était essentiellement sédentaire ; jamais il ne sortait de la banlieue, et s'il avait fait quelquefois le voyage de Bonsecours , ce n'était que dans deux occasions solennelles de sa vie : la première,

le lendemain de ses nôces, comme

voyage d'agrément ; et la seconde, à la suite d'une maladie réputée mortelle, dont il avait eu le bonheur d'échapper à l'aide d'un vœu fait à Notre-Dame; alors c'était comme pélerin qu'il voyageait , et s'il gardait sa chaussure en mar· chant , cette infraction à la coûtume était largement compensée par le don qu'il fesait à la chapelle de son portrait en buste peint au naturel dans le plus fort de son mal.

Inutile de dire que le bourgeois n'avait jamais vu Paris , on citait alors deux ou trois habitans par quartier qui avaient entrepris ce long voyage, et, (ce qui étonnait

davantage) qui en étaient revenus: il est vrai qu'ils avaient eu la précaution prudente de faire leur testament avant le départ , ce qui peut-être leur avait porté bonheur.

Le bourgeois a fait ses classes au collége des jésuites, ses études ont été fortes, sinon brillantes : aussi crache-t-il souvent des mots latins dans le discours familier, conversation virgilienne qui désole passablement son cousin le révérend père capucin , qui ne sait , lui, ni français, ni latin. En sa qualité de savant, notre ancien bourgeois avait réuni dans une armoire trois planches mal ajustées qu'il nommait fastueusement sa bibliothèque; elles supportaient, tant bien que mal, une poudreuse His

toire de Valenciennes et l'Exercice

des Négocians de M. Nicodème, la Dévote et solennelle procession fondée en l'an 1oo8, et la Réduction des couronnes et escalins de Brabant en livres de France; on y voyait encore le poéme de la Bataille de Fontenoy, l'Almanach de Milan, et quelques volumes d'œuvres détachées de Voltaire, dont on retourmait les titres, pour ne pas scandaliser les ecclésiastiques qui fréquentaient la maison.

· Le pacifique bourgeois était petitement logé : toutefois, il avait sa salle pour les jours d'apparât ; on y traitait copieusement les amis en tems de ducasse, de carnaval et les jours de St.-Martin, des Rois et du sacre de la paroisse ; le reste du tems, le bourgeois dinait dans sa cuisine, qui, d'ailleurs avait un air de propreté qui serait honte à

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