Pagina-afbeeldingen
PDF
[ocr errors][merged small][ocr errors]

EGLISE DE ST-QUENTIN. — L'Eglise de Saint-Quentin , quoique privée des tours qui font le ·grand appareil des édifices religieux du moyen âge, n'en est pas moins majestueuse et remarquable: sa structure a toute l'élégance et la délicatesse du beau gothique. Son ensemble est vaste et l'harmonie de toutes ses parties est admirable. On peut en voir de plus grandes, non de plus hardies ; son élévation est sans rivales. Placée sur le sommet de la colline qui porte toute la ville, elle domine étonnamment la contrée. Tout est petit à son aspect. : • . , Depuis le grand portail jusqu'à la chapelle de la Vierge, qui est à l'opposite, derrière le chœur, elle développe une étendue de 59o pieds non compris le parvis du grand portail, qui est encore d'une grande dimension. La hauteur, depuis le pavé jusqu'au haut de la voûte sous clef, est de 12o pieds. La nef, depuis la porte de l'église jusqu'à I'entrée du chœur, en a 199, Les grandes croisées du chœur et de la nef, au nombre de 1 1 o, ont 4o pieds de hauteur. On y compte vingt-trois chapelles et soixantedix-huit piliers.

Cette eglise dont le portail est lourd , massif, et sert de gros clocher , présente deux singularités remarquables : la première est d'avoir double grande croisée , comme une croix archiépiscopale, partie dans laquelle elle a 15o pieds de largeur , avec trois ness et cinq chœurs; la seconde est que tous les

trumeaux du chœur sont déversés en dehors : le fort-plomb, depuis la naissance des voûtes jusqu'aux piliers qui supportent cestrumeaux est de 18 pouces, c'est mal-à-propos qu'on a prétendu que c'était une production de l'art. Ce fortplomb n'est point égal dans chaque trumeau : tous les alignemens sont dérangés en dedans comme en dehors, les contre-sorts et arcsboutans sont aussi déversés, les. voûtes ont croûlé et ont été reconstruites plusieurs fois ; tout cela n'est arrivé que par la poussée des voûtes et la faiblesse des piliers de base, qui , dans leur première construction , n'avaient que trois pieds de diamètre, et cependant supportaient les trumeaux qui en ont sept et demi, parceque dans ces trumeaux on a voulu pratiquer des galeries et marche-pieds en dedans et en dehors.

A cette époque il parut nécessaire de fortifier les piliers qui couronnaient l'enceinte circulaire du chœur : des murs furent construits qui en enveloppaient le pourtour, dans leur partie supérieure ; un cordon de sculpture en pierre fut élevé à grands frais, reproduisant avec une grande naïveté, une merveilleuse énergie et beaucoup de grâce d'exécution pour le temps, toutes les circonstances de la prédication, du martyre, de la mort et des miracles de St. - Quentin. Dans les dernières années de son existence, le chapitre ennoblit ce petit chef-d'œuvre de goût gothique, d'une restauration magnifi

[ocr errors]
[blocks in formation]

avait ajouté un portail latéral qui lui coûta, au dire de quelques annalistes , cent mille écus d'or, et · qui nous donna un chef-d'œuvre admirable de vieille architecture. · C'est celui qui ouvre l'église par la seconde branche du chœur à droite ( le portail dit des Enfans-deChœur).

Le grand portail que nous voyons encore aujourd'hui, est en par· tie un des restes de la construction du comte de Vermandois, Fulrad. Commencé en 78o , il fut achevé en 824 : il est le seul débris qui soit demeuré de ces tems mémorables du règne de Charlemagne.

(Journal de St.-Quentin).

ARMENTIÈRES. - Armen· tières est une jolie petite ville, assise sur les bords verdoyans de la Lys et sur les confins de la France vers la Belgique. Le plus ancien acte que nous connaissions, relatif à Armentières , est un diplôme de Charles-le-Chauve, de l'an 8o7. Par cet acte, le prince donne ce village avec plusieurs autres à l'abbaye de Saint-Waast, pour en jouir après ceux qui le · tenaient en précaire. Cette donation fut confirmée par Hincmar, archevêque de Rheims, au concile de Verberie, l'an 87o, et signée par les archevêques , évêques et abbés, qui assistaient au concile.

[blocks in formation]

ghem et partie à Fleurbaix ; à l'abbaye de Château-l'abbaye, prés Mortagne, par Alexandre III, l'an 1 17 o.

Il existe un autre acte ancien qui se rattache à Armentières, c'est un diplôme de la comtesse Jeanne, du 6 mai 125o, relatif à une donation faite à l'abbaye de Marquette.

Armentières eut beaucoup à souffrir des guerres qui désolèrent tant de fois la Flandre. Les anglais et les flamands. commandés par le comte de Salisbury, la prirent en 1339 sur Louis de Nevers, comte de Flandre, malgré la vigoureuse résistance que leur opposèrent les genevois qui y tenaient garnison ; elle fut alors pillée et incendiée. Les français venus au secours de Louis-de-Mâle, la pillèrent encore en 1582. D'affreux incendies la réduisirent en cendres en 142o, 1467, 1518 et 1589. Les hérétiques ou Gueux de Flandre, comme on les

, nommait alors, pillèrent et ren

versèrent son église en 1566.

Charles-Quint fit agrandir etfortifier cette ville en 15o9; il parait que jusqu'alors elle n'avait été entourée que d'un fossé et d'un faible rempart. Les maréchaux Gassion et Rantzau (celui qui avait été tellement maltraité par la guerre, qu'il n'avait plus qu'une des parties du corps de celles que les hommes ont en double) , la prirent en 1645. L'archiduc Léopold la reprit en 1647, après quatorze jours de tranchée ouverte ; enfin, les Français s'en rendirent maîtres de nouveau en 1667, et la

démantelèrent. Cependant, le maréchal d'Aumont étant resté à Armentières avec son armée durant le siège de Douai, qui eut lieu la même année, fit rebâtir une partie de ses fortifications. Elle est demeurée à la France, par la paix conclue à Aix-la-Chapelle, le 2 mai 1668 ; mais, depuis ce tems , elle n'est plus considérée comme place de guerre.

Armentières était autrefois renommée par ses fabriques de différentes étoffes. Celles que l'on appelait Etamettes étaient en usage partout, et celles connues sous le nom de Quatre Couleurs étaient fort recherchées en Italie et dans le Levant. Charles- Quint, après avoir mis autant qu'il dépendait de lui, les habitans d'Armentières en sûreté , en fortifiant la ville, fit fleurir leur commerce par des privilèges. Les échevins lui ayant exposé que leur ville était fondée sur le fait de la draperie et des marchandises , principalement de laines, draps, weddes, garances , etc., et que l'appel de leurs sentences en ces sortes de matières leur portait un grand prèjudice, ce prince ordonna, par des lettrespatentes du 16 mai 155o, que leurs sentences s'exécuteraient en quelque sorte monobstant appel, c'està-dire que l'appelant serait obligé de consigner l'importance de ce à quoi il aurait été condamné, donner caution pour les dépens et l'amende, et qu'il serait libre aux parties qui auraient obtenu gain de cause, de lever les fonds ou objets consignés, en donnant cau

tion pour leur restitution et le paiement des dépens.

Cette ville a encore plusieurs fabriques et manufactures Importantes. Ses foires et marchés de toile et de blé sont très-fréquentés.

De 1622 en 1765, les Jésuites desservirent un collége à Armentières, et avant la révolution de 1789 on y comptait un couvent de capucins, un de brigittines, un de religieuses réformées de l'ordre de Saint-Augustin, un de religieuses de Saint-François, qui avaient le soin d'un hôpital, un de religieuses de Saint-François de Sales, et une maison de force pour les aliénés, dirigée par des frères des trois ordres de SaintFrançois. Cette maison existe encore sous le nom de BoNs FILs, mais elle est administrée par des Laïcs.

Bernard Everard , auteur de quelques poèmes et vers latins, imprimés à Douai en 1554, était d'Armentières, ainsi que Pierre Hassard, auteur d'ouvrages sur la médecine et l'astronomie, celui-ci vivait vers le milieu du 16° siècle. Armentières est également la patrie du Jésuite, père Martin Lhermite, auteur de l'histoire des Saints de Lille, Douai et Orchies, et de celle des ducs et duchesses deDouai; il composa aussi un catéchisme touchant la grâce, qui fut condamné à Rome le 6 octobre 165o ; enfin, Armentières a vu naître Philippe Dumont, dit Montanus, docteur en théologie de l'Université de Paris. Il est le premier qui ait fondé des bourses au collége de Marchiennes à Douai , en faveur des pauvres écoliers. Elles étaient au nombre de trois et à la nomimation des échevins de Douai, en qualité de proviseurs de la dot. Montanus a revu les œuvres de Saint-Chrisostôme et traduit en latin quelques traités de l'Ecriture Sainte et de l héologie.

Armentières a possédé jusqu'au delà de 8ooo habitans ; elle n'en compte en 1855 que 6338.

On applique vulgairement à Armentières les épithètes de pauvre et fière. Nous avons vainement cherché l'origine de ce dicton.

(Mémorial de la Scarpe.)

L'ALBINOS D'ESQUERMES. — Il y a environ onze ans qu'on offrit à la curiosité des Lillois, une jeune fille albinos que beaucoup de personnes se rappelleront avoir vue sur la place du Théâtre. Une villageoise , la femme Vangave , d'Esquermes, enceinte de trois mois, suivit la toule et entra dans une barraque ou elle vit, sur une espèce de trône, l'albinos italienne que l'on montrait pour 2 sous. La vue de cet être, presque fantastique , produisit sur son imagination une impression vive et durable : nuit et jour elle était obsédée par cette tête blanche dont elle ne pouvait chasser l'image de son esprit. Six mois après cette visite, si funeste à son repos, la femme Vangave accoucha d'un enfant du sexe masculin, bien conformé et dont l'extérieur n'annonçait pas qu'il

dût être une variété de l'espèce humaine. Ce ne fut que lorsqu'il commença à distinguer les objets qui l'environnaient , que sa mère s'aperçut qu'il avait les yeux roses. Cette observation fut communiquée à plusieurs personnes de l'art qui constatèrent le phénomène. Dès ce moment, le jeune Augustin Vangave devint le sujet de toutes les conversations; chacun voulait le voir , le caresser; et sa leucopathte fut pour lui une source de jouissances que la bonté du public rendait inépuisable.

Pour le vulgaire, rien de plus facile à expliquer que l'apparition de ce singulier phénomène. La mère du petit Augustin avait vu une albinos pendant sa grossesse, son imagination avait été vivement frappée, dès lors il était tout naturel qu'elle mit au monde un albinos ; mais, pour des observateurs attentifs, une telle explication estelle satisfaisante ? Non , sans doute; et si j'ai rapporté les détails qui précédent, c'est plutôt pour ne rien omettre des renseignemens qui m'ont été fournis , que pour propager une erreur contre laquelle l'expérience des naturalistes s'élève depuis long-temps.

La coïncidence de la grossesse de la femme Vangave et l'impression de terreur que lui fit éprouver l'albinos italienne est un fait. Je me me charge point d'en tirer des conséquences.

Le jeune albinos d'Esquermes est l'aîné de cinq enfans ; sa mère est une petite femme brune, vive

« VorigeDoorgaan »