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faines est encore telie qu'elle existait sous le comte. (Franc-Parleur) FUITE DE DUMOURIEZ. Les plus petits faits nous intéressent lorsque nous pouvons visiter les lieux où ils sont passés, et que surtout nous pouvons nommer pour acteurs des hommes du pays. nous allons parler de Dumouriez et d'un trait de courage qui lui sauva la vie, lors de sa fuite que nous appellerons si l'on veut trahison avec quelques historiens ; les faits que nous retracerons se passèrent non loin de Valenciennes, et les noms que nous allons tirer de l'oubli, appartiennent au pays. Le Moniteur du 9 avril 1795 , contient, de la part des commissaires de la Convention nationale pour les frontières du nord, un rapport daté de Valenciennes, du 4 avril, 3 heures après-midi. Ce rapport est adressé à la Convention, on y lit le passage suivant : « Citoyens, nos collègues, ... . » le traître Dumouriez a été man» qué par le 5° bataillon de l'Yonne » à St.-Amand, il s'est sauvé à la » nage. » — Lorsqu'on veut raconter en détail , les événemens de notre révolution , c'est souvent le Monueur que l'on compile, et souvent aussi on y rencontre des erreurs de faits, qui peuvent entraîner à de graves conséquences. Heureusement ici l'erreur que le Moniteur a fait partager à la plupart des écrivains, n'a aucune portée pour l'histoire, et c'est seulement pour l'exactitude matérielle des faits dont les détails in

téressent notre contrée, et aussi pour rendre honneur à un trait de courage et de dévouement de la part d'une femme, que nous voulons corriger la version fautive du journal officiel.

En 185o , lors de l'élévation de Louis-Philippe au trône, un sieur Audeval, ancien commissaire de guerre, et qui avait été receveur général du département de la Haute-Vienne, pendant la restauration, voulut, comme bien d'autres, se rattacher au pouvoir nouveau. Il adressa au roi un mémoire dans lequel est retracé, mais sous des couleurs tout à sait mensongères, le trait de dévouement qui lui avait sauvé la vie ainsi qu'à Dumouriez en 1795. A en croire ce mémoire, c'est à la générosité, au dévouement , à l'héroïsme du sieur Audeval que le roi doit de vivre aujourd'hui , et cependant quel serait le titre du sieur Audeval à s'approprier un pareil trait de courage? Le croirait-on, le seul titre qu'il ait pu invoquer et dont nous ne voulons pas même chercher à contester l'authenticité, c'est qu'il aurait été propriétaire de la barque, au moyen de laquelle celui qui en fesait le service, sauva, au péril de ses jours, Dumouriez et son état-major, — Une pauvre batelière fit un trait de courage , un autre, plus à portée que lui pour en profiter, en revendique l'honneur : c'est le cours naturel des choses, Slc vos non vobis.

Nous ne savons si le réclamant de 185o a obtenu et gardé le salaire de services qui n'étaient pas les siens, mais ce que nous pouvons garantir, c'est que les faits tels qu'on va les lire , sont de la plus scrupuleuse exactitude, et que les noms que nous allons citer sont lesseuls quel'histoire doive inscrire sur ses tablettes. D'abord, et pour rectifier une première erreur, ce n'est pas, comme le dit le Moniteur, à St.-Amand, que Dumouriez a été manqué par le 5° bataillon de l'Yonne. — Depuis le 1" avril (1795), Dumouriez avait transporté son quartiergénéral aux Boues de St.-Amand. Après avoir fait arrêter les commissaires de la Convention , il avait demandé et obtenu une entrevue avec le prince de Cobourg, pour le 4 avril au matin. Cejourlà, accompagné de son état-major, dont les fils d'Orléans fesaient partie, il fesait route de son quartier-général au lieu du rendez-vous, qui était fixé non loin de Condé. Au milieu de sa course et à peu de distance de la commune de Bruille, Dumouriez rencontre tout à coup deux bataillons dont la présence l'étonne, car il n'a point ordonné leur déplacement ; il veut mettre pied à terre pour écrire l'ordre de les faire retourner, lorsque des cris et des coups de fusil partent du milieu des rangs de ces bataillons ; Dumouriez comprit sans peine ce que ce bruit voulait di1 e, il prit la fuite avec son état-major et se dirigea vers le Hameau de la Boucaude; ce ne fut donc pas à St.-Amand, mais entre St.-Amand et Condé que Dumouriez fût manqué (pour par •eu lieu le 19 octobre 1854. Tout · ce que la magistrature et la ville · de Douai comptent de personnes distinguées, s'était réuni pour rendre les derniers devoirs à cet ex· cellent citoyen. (Mémorial de la Scarpe )

ler le style du Moniteur) par les deux bataillons de l'Yonne.

Dans leur course rapide , Dumouriez et son état-major eurent bientôt atteint les rives de l'Escaut, mais ce ne fût point non plus à la nage qu'ils le traversèrent. Là, et en face du hameau de la Boucaude, se rencontrait une longue étendue de rivière sans écluse , sans pont , et quelques barques, stationnant çà et là , à des intervalles assez éloignés , étaient le seul moyen de passer d'une rive à l'autre. Dumouriez s'était arrêté vis-à-vis d'une de ces barques qui était amarrée à la rive opposée , il demandait passage à grands cris : le danger était pressent ; pour Dumouriez et sa suite il y allait de la vie ; d'un autre côté, le conducteur de la barque (Gaspard Mixte est son nom), effrayé par la fusillade qu'il avait entendue, calculait que son dévouement pourrait lui coûter cher, et il restait sourd à la voix qui l'appelait, cependant ce que la froide raison ne permit pas au batelier d'exécuter, la générosité le fit faire à une femme, Bernardine Dehourt, plus humaine peutêtre que son mari, ou du moins généreuse sans calcul, détacha la barque, la poussa vers l'autre rive, et recueillit Dumouriez et son étatmajor. Dumouriez alors n'était pas encore en sûreté, il ne pouvait l'être que dans le camp des autrichiens, et Bernardine qui ne voulait pas rendre un service à demi, devint le premier guide de ceux qu'elle avait sauvés. Gaspard Mixte à son tour mit la main à

l'œuvre, et craignant peut-être que sa barque ne devînt pour lui accusatrice, ou guidé, croyonsle, par la pensée plus noble que si sa barque venait d'ètre une planche de salut pour des malheureux, elle ne devait plus trahir leur malheur , il se hâta de la couler à fond. Les hommes seuls avaient traversé l'Escaut, les chevaux étaient resté abandonnés sur le rivage. Bientôt les deux bataillons qui poursuivaient Dumouriez, arrivèrent au lieu ou s'était effectué le passage : ils crient, ils appellent, on leur dit que ceux qu'ils cherchent se sont sauvés à la nage, et l'abandon des chevaux qu'ils trouvent sans maîtres sur la rive, les confirme dans cette opinion. Tel est l'origine du passage écrit dans le Moniteur : ils se sont sauvés à la nage.

Mais suivons un instant Dumouriez dans sa marche , achevons pour nous, ce que l'histoire qui ne voit que les faits généraux, ne peut dire : rappelons chemin fesant les noms de quelques guides qui menèrent Dumouriez et sa suite à bon port ; disons surtout ce qu'est devenue la batelière qui a sauvé avec Dumouriez le duc de Chartres de 1795, qui porte aujourd'hui le beau titre de roi des français.

Bernardine Dehourt , dont l'histoir doit conserver le nom , ( car il faut qu'ici bas même, le courage trouve quelque part sa récompense ) accompagna ses passagers jusqu'à la distance de deux cens pas environ de l'Escaut ; là, un nouveau guide, nommé

Jacques Heulle, encore vivant aujourd'hui et qui habite Mortagne , consentit, après quelques sollicitations, à conduire Dumouriez jusqu'au village de Wiers, et à Wiers enfin, ce fut un nom mé Leclercq qui fut son guide jusqu'à Bury, près Péruwelz ou se trouvait le camp autrichien.

Aujourd'hui le duc de Chartres est devenu Roi des Français; Mixte , le batelier, est mort depuis longtems; sa femme a convolé en secondes nôces avec un ancien militaire ; elle habite ac tuellement le village de Chàteaul'Abbaye, non loin des lieux témoims de son dévoûment : mais Bernardine , aujourd'hui presqu'octogénaire, est bien malheureuse, car elle n'a plus sa barque qui était toujours pour elle, comme elle l'avait été une fois pour d'autres, la seule planche de salut : une écluse, celle de Rodignies s'est élevée près de la Boucaude, et la barque de Bernardine n'a plus eu de passagers.

A. E. D.

LES AIGUILLETTES. Le duc d'Albe, pour se venger de l'a

· bandon d'un corps considérable

de belges, donna ordre que tout individu de ce corps, de quelque grade qu'il fût, serait pendu. Ces braves, pour toute réponse, firent dire au duc qu'à l'avenir , afin de faciliter l'exécution , ils porteraient au col une corde et un clou. Ces troupes s'étant distinguées, la corde devint une marque d'honneur et bientôt fût remplacée par des aiguillettes.

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(") Par erreur typographique, la dernière livraison des HoMMEs ET DEs CHosEs porte une seconde fois le chiffre XVIII au lieu de celui de XIX qu'elle devrait avoir.Le relieur ou le brocheur suppléera à cette omission en ne s'attachant, dans le rangement des ca

hiers , qu'à leur pagination qui est exacte.

M. Corne, président du tribumal civil de Douai , a prononcé sur sa tombe le discours suivant :

« Encore une tombe qui s'ouvre! Encore un débris qui s'en va de cette génératiou qui a vu et fait de grandes choses !

» Né à Arras en 1756. M. LenT glet entra de bonne heure au barreau, noble carrière ou se préparaient alors, sans le savoir, pour une scène plus haute, de beaux talens, et des dévouemens admirables.

» La révolution française le saisit jeune encore, avec son âme chaude, son patriotisme énergique, et un esprit d'une candeur à voir le monde politique au travers de beaucoup d'illusions. Il se précipita avec une foi ardente vers cet avenir de liberté et de bonheur, dont il croyait sa patrie prête à jouir...... Trois ans à peine écoulés, il luttait avec une douloureuse énergie, et aux périls de ses jours, contre les hommes qui par leurs excès avaient entaché l'œuvre d'une glorieuse régénération.Mais son courage survécut à ses illusions détruites. Il n'abandonna pas son pays dans les mauvais jours, et sous le directoire il siégea comme repré· sentant du Pas-de-Calais, au conoseil des anciens.

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» Au 18 brumaire, quand un soldat victorieux vint , au nom de la gloire, étouffer la liberté, lorsque déjà le dictateur tenait le conseil des anciens muet sous ses baïonnettes, et essayait par le prestige de sa parole de justifier sa révolte contre les lois , tout-àcoup il fut interrompu par une voix indignée qui lui cria : « Et la constitution !... » Cette voix devant laquelle le vainqueur de l'Italie et de l'Egypte s'arrêta un moment déconcerté, cette voix, recueillie par l'histoire comme un trait de courage civil, c'était celle de M. Lenglet.

Il y eut alors de magnifiques récompenses offertes aux consciences faciles. Le sénat s'ouvrit pour ceux qui se convertirent à la puissance du jour. M. Lenglet pouvait y entrer; mais il s'éloigna avec quelques républicains sincères, portant au fond de l'âme le deuil de la liberté opprimée.

» Cependant son caractère avait été jugé par l'homme au puissant coup-d'œil, et qui avait l'âme assez haute pour respecter partout la conscience, et mettre tout mérite à sa place. Nommé bientôt vice-président au tribunal d'appel de Douai, M. Lenglet transporta dans la magistrature des vertus qui ne trouvaient plus à s'exercer sur la scène politique.

» Ces vertus, je ne les retracerai point ici avec détail. Le deuil public qui éclate en ces funérailles dit assez quel fut l'homme, quel fut le magistrat. M. Lenglet semblait un homme d'un autre

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