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vres Bocqueteaux, ne pouvant plus l'endurer, voulurent s'élancer au milieu du feu pour voir tout en un coup la fin de leurs tourmens. Ce fut alors un horrible spectacle de voir ces malheureux arrêtés par leurs chaînes à trois pieds de la mort, et sentant pénétrer lentement ses ongles aigus dans leur chair. Ils poussaient des cris lamentables ; ils crioient : Mon Dieu! Mon Dieu ! en levant leurs mains au ciel et se dressant de toute leur hauteur comme s'ils alloient s'échapper par les airs; et puis, ils retomboient sur leurs chaines et les secouoient et se brisoient les dents à vouloir les mordre ; mais rien n'y faisoit. On attisoit toujours le feu et l'on y jetoit de nouveaux alimens...... Au bout d'une heure, l'un des deux, qui déjà ne crioit plus, s'affaissa tout doucement. L'autre dura quelques minutes de plus ; mais il tomba aussi.

Et le peuple se retira en silence. Il ne lui semblait pas bon qu'on eut ainsi fait rôtir de la chair humaine. Long-temps après on en parloit encore avec grand blâme pour le magistrat, mais non tout haut ni en appert , car il y avoit pour l'autorité une vieille accoutumance de respect qui ne pouvoit pas s'effacer tout d'un coup. N. (G. de Flandre.)

CHARLES-QUINT A cAMBRAI. — Le 2o janvier 154o , six heures au soir, l'empereur Charles-Quint accompagné de deux fils de France, de sept cardinaux et des plus

grands seigneurs de France et d'Es. pagne, arriva à la porte de St.Georges, à Cambrai ; là, il fut harangué par Pierre Briquet , conseiller de la ville. Les rues par où il passa étaient éclairées de trois mille flambeaux, placés à quatre pieds de distance l'un de l'autre. Au milieu de la rue Saint-Georges, les marchands de toilette avaient fait élever un portique romain, offrant la remontrance de la trinité, avec les trois états de la ville en adoration. Au cimetière Saint-Nicolas, les orfèvres, maréchaux , . taillandiers et serruriers, représentèrent l'entrevue de l'Empereur et du roi de France, au port de Marseille. Vers le milieu de la rue des Liniers, on voyait les enfans d'Israël recueillant, au désert, la manne du ciel, et Melchisédech présentant à Abraham le pain et le vin. C'était l'ouvrage des boulangers. A l'angle de la rue des Liniers et de la rue des Rôtisseurs, les orfèvres avaient suspendu une grande . couronne impériale, environnée de cinquante flambeaux d'argent. Les taverniers construisirent , au milieu de la grande place, une tour sur un piédestal carré, aux quatre coins duquel quatre statues d'enfant laissaient couler du vin. Une multitude de torches environnaient cette tour, que surmontait un aigle déployé portant les armoiries de l'Empereur , celles du Roi, du Dauphin, du duc d'Orléans et de l'Evêque de Cambrai. Au coin de la rue de l'Arbre-d'Or, sur un arc de triomphe élevé par les drapiers, on voyait trois jeunes filles richement vêtues, qui figuraient les trois

vertus théologales, la Foi, l'Espérance, la Charité.A l'autre extrêmité de la même rue, un bœuf entier, empalé par une broche, rôtissait devant un feu de joie. C'était une galanterie du corps des bouchers.

Auprès de Saint-Aubert, les tanneurs et les cordonniers avaient retracé l'entrée de l'Empereur à Jérusalem. Devant la porte de cette abbaye s'élevait un nouvel arc de triomphe, décoré de toutes sortes d'armoiries et d'emblêmes; une statue de femme se détachait de ' l'une des colonnes, et jetait du vin par les mamelles.

Enfin, la façade du palais épiscopal était chargée de décorations les plus riches, et offrait l'illumination la plus brillante. Au-dessus de ce portique, on avait placé un orchestre composé de tous les chantres de la cathédrale , qui chantaient moult délicieusement.

Des cérémonies religieuses eurent lieu ensuite; on remarqua que Charles-Quint prit le goupillon et jeta de l'eau bénite aux princes qui l'environnaient. (Notice sur les fètes de Cambrai, par M. Le Glay).

RAIMBEAUCOURT, (ferme de Rimbault) (1), est un joli village bâti au pied et sur les flancs des rians coteaux qui s'élèvent au nord

(1) Du mauvais latin curtis , ferme, maison, château et de Raimbaldus, nom d'homlli t .

de Douai au-dessus de la vallée que traverse le canal de la Deûle. Le panorama qui s'offre à la vue de l'extrêmité de cette commune en allant vers Monchaux est ravissant. On embrasse alors un vaste amphithéâtre bien boisé, et encore plus richement cultivé, au milieu duquel s'élèvent les clochers aigus de nombreux villages répandus dans la plaine ; au-dessus d'eux on apperçoit le beffroi , le clocher et le dôme de Saint-Pierre de Douai ; puis, à l'horison, les monts de Vimy et de Saint-Eloi, ceux d'Oisy et d'Arleux , du Cambrésis, d'Erchin et de Lewarde.

C'est sans doute à cause de son heureuse position qu'Agnès, fille du châtelain de Douai, abbesse des Prés, avait voulu avoir à Raimbeaucourt les terres de son domaine qu'elle y acheta en 1243 , car la difficulté de communiquer à Douai avec Raimbeaucourt était grande alors, il fallait faire un détour de plusieurs lieues pour y arriver à cause des marais impraticables qui régnaient entre les coteaux et la ville de Douai.

Jean d'Avesnes, héritier présomptif du comté de Haynaut, petit-fils de Marguerite comtesse de Flandre, habita Raimbeaucourt en attendant la mort de son ayeule avec plusieurs seigneurs du pays ; car il nous reste de lui un acte dressé chez le curé de Raimbeaucourt le mardi devant la Chandeleur (1 février 1284), par lequel il approuve la cession faite par Jean de Chastillon , comte de Blois et seigneur d'Avesnes à Gui de Chastillon , comte de St.-Pol, des terres de Leuze et d'Escanaffe. Cet acte est revêtu des sceaux de plusieurs seigneurs, ses vassaux qui se trouvaient avec lui , tels que Wautier d'Antoing, seigneur de Belonne, Nicole de Lallaing, le sénéchal de Hordaing, le sieur de Waziers, Aliaume de Villers, Hellin son frère, Grar d'Iwuy, Henri Delmotte , Grar d'Ecaillon , le sieur de Masny, chevaliers ; Pierre de Lens et Robert d'Attiches, écuyers.

Cette terre a appartenu aux maisons de Rouvroi, St.-Simon , de Contay et d'Aubermont. Elle fut érigée en baronie par Philippe IV, roi d'Espagne, en 1659, en faveur de Charles-Ignace d'Aubermont, seigneur de Raimbeaucourt, son petit-fils. Charles d'Aubermont, mort sans enfans, à Bruxelles en 169..., prenait le titre de comte de Raimbeaucourt.

Il y avait autrefois un pélerinage fort suivi à Raimbeaucourt; on y venait du Hainaut, du Cambrésis, de la Flandre et de l'Artois.Ilse faisait en l'honneur de Saint-Maur. On y vendait des jarretières contre la crampe.

Le prévôt de la cathédrale d'Arras et le curé du lieu en étaient les décimateurs. La dîme se percevait à Raimbeaucourt à raison de sept au cent, mais elle n'était point due pour le trèfle et les carottes.

Ainsi que nous l'avons dit, ce village est dans une situation tout-àfait agréable, les terres y sont en

général bonnes et bien cultivées. On y voit de belles prairies, des bois , des courans d'eau, plusieurs maisons de campagne. Il a considérablement gagné depuis quelques années à cause des pavés qu'on y a construits, de l'établissement de la route de Phalempin, et surtout par la bonne administration du maire, M. Dupuis, dont le zèle et les bonnes intentions sont d'autant plus louables qu'elles sont rehaussées par une modestie et une simplicité toutes patriarcales. — Raimbeaucourt fait un commerce considérable d'allumettes de chanvre souf

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« .... Chacun admirait et louait ce petit mannekin , mais surtout les Hollandais qui n'ont point, ou du moins fort peu de pareils jets d'eau dans leur pays. Ha ! mon cher cœur, disait certain Amstellodamois à sa femme, admirez un peu ce petit doucereux ; voici un croustilleux mannekin ; regardezbien le plaisant jet-d'eau qu'il jette. - Oui , dit la femme , si nous avions un pareil pisseur chez nous , je ne voudrais pas faire d'autre goce de ma vie. Certes, répliqua le mari, si je le pourrais (sic) transporter à Amsterdam tel qu'il est là, nous serions riches à jamais nous et toute notre famille , je vendrais son eau au prix du vin. »

(1) Voyez Hommes et Choses, p. 19o.

« Il se trouva parmi ces spectateurs certains railleurs, tant étudians qu'autres, qui disaient aux étrangers : quand vous retournerez en votre pays, et que vous parlerez de ce manneken-pis, on vous demandera si vous l'avez salué, et si vous répondez que non , on ne vous croira pas et on soutiendra que vous ne l'avez pas vu ; car c'est une espêce de coûtume, qu'on lui porte honneur. Sur quoi on en voyait plusieurs qui suivaient aussitôt leur conseil, et qui saluèrent le drole de mannekin. Les fillettes, demoiselles , même les cloppies, ce sont les filles dévotes, saluaient et faisaient des révérences si profondes que c'était un plaisir de les voir. Aussi y en a-t-il plusieurs du pays et de Bruxelles même, qui ne manqueront jamais de saluer ce manneken-pis en passant. »

Extrait de l'ouvrage intitulé : « Vénérable histoire du très-saint Sacrement de miracle, composée en flamand par Pierre de Cafmeyer prétre et chanoine de l'église collégiale de Sts. Michel et Gudule, et traduite en français par G. D. B. [ George de Backer ]. Bruxelles, chez George de Backer, 172o, avec privilége et approbation. In-sol°, figures, pages 26 et 27. »

Pour donner une idée du bon gout des flamands, il suffira de dire que , pendant le jubilé de 172o, [c'est dans la relation de ce jubilé que se trouvent les passages qu'on vient de lire], ils avaient flanqué le pauvre manneken-pisse de quatre grandes figures , peintes sur bois, représentant la force , la

prudence, la constance, et l'abondance , attributs choisis , comme on le voit, avec un goût exquis. Les curieux peuvent voir cette curieuse fontaine avec ses ornemens de 172o, dans l'ouvrage cité; le candide Cafmeyer, prêtre et chanoine, n'a pas manqué de la faire graver, sans doute pour l'édification des cloppies, comme il les ap

pelle. H. D.

LESTROIS RÉLIGIEUSES DE CAMBRAI. — Le fait que nous allons rapporter ici est à la connaissance de milliers d'individus; et quoiqu'il soit déjà vieux de quarante années, aucune voix ne s'élèvera contre l'authenticité de notre récit. Du reste, nous en empruntons tous les détails à la lettre qu'un ecclésiastique, captif dans les prisons de la terreur, écrivait, en 1794, à l'un de ses paI'eIlS,

Cambrai, juillet.....

« Ecoutez ce qui s'est passé dans cette ville, le 8 thermidor an II, comme ils disent, et louez Dieu, mon cher parent; la miséricorde suprême nous annonce de meilleurs jours.

» Le 8 thermidor, dès le matin , une foule considérable de nouveaux détenus avait été conduite à la prison de Cambrai, et cependant l'accusateur public , nommé Cambrière , attendait encore d'autres victimes ; mais n'ayant plus de cachots où les mettre, il avait ordonné que ce jour-là

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» Les religieuses n'étaient vêtues que de robes noires, car on avait arraché de dessus leur tête le voile blanc dont elles étaient enveloppées. Lorsqu'elles furent montées sur l'échafaud, toutes les trois s'agenouillèrent, et il se fit un grand silence dans la foule qui les environnait , tant il y avait de ferveur dans leur prière et de majesté sur leur visage. La plus vieille des trois, Magdelaine Fontaine, âgée de soixante-onze ans, se releva , en criant avec force : « Chrétiens, » écoutez-moi ; nous sommes les » dernières victimes de la terreur ; » Dieu vous l'annonce par ma voix. » Demain la persécution aura ces

» sé ; l'échafaud sera détruit, et » les autels de Jésus se relèveront » glorieux ! » Au même instant un bruit sourd se fit entendre , c'était le couteau qui venait d'abattre la tête de Jeanne Gérard. Thérèse Simon la suivit, et après elle, la sainte femme qui venait de prophétiser apporta sa tête à la hache.

» La prédiction de sœur Magdelaine Fontaine fournit à Lebon, à Cambrière et à leurs complices un inépuisable sujet de plaisanteries ; mais le surlendemain de la mort de cette sainte femme, pâles et consternés, ils ont appris la révolution du 9 thermidor , qui brisait leurs pouvoirs et les menace de l'échafaud ou tant de leurs victimes ont péri. Que Dieu leur épargne ce châtiment ! »

(G. de Cambrai.)

LA CHANDELLE D'ARRAS. Tradition populaire. — L'an 1 1 o5 , au tems du comte Robert dit lejeune (ou de Jérusalem), fils de Robert I°r surnommé le Frison , la Vierge Marie apparut en accoustrement blanc, dans la cathédrale, à deux Jouvenceaux, lesquels ordinairement étaient accoutumés de jouer d'aucuns instrumens de musique, dont ils se sçavoient ayder devant l'image de NostreDame , et leur présenta une chandelle de cire qu'elle tenoit en sa main, laquelle a toujours esté depuis, et est encore conservée en grande honneur et solemnité ; et ores qu'elle soit souvent allumée , l'on maintient qu'elle ne se dimimue aucunement ; et c'est cette

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