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LIBERT, ( AUGUSTE ) naquit à

Sebourg, gros village entre Valen

ciennes et Bavai, le 28 janvier 1774 et entra de bonne heure au servi·ce. Plusieurs traits de courage le firent distinguer à l'armée : le 16 germinal an VII, il arrache un de ses camarades des mains de l'enmemi ; le 28 thermidor suivant, il s'empare d'une pièce de canon servie par sept canonniers qu'il met en fuite ou hors de combat, au moment même un fort détachement ennemi l'oblige à quitter sa prise ; quelques jours plus tard, il sauve encore un hussard blessé que les impériaux emmenaient prisonnier. L'année suivante, Libert, se trouvant à la reprise de Mondovi, s'empara de deux officiers Autrichiens et de leur escorte. C'est surtout pendant la campagne de Russie et la malheureuse retraite qui la suivit, que ce militaire intrépide donna des preuves de courage. Lieutenant au 6° régiment de hussards, chevalier de la légion d'honneur, il fit partie de ce fameux Escadron sacré, formé en 1814 de tous les officiers sans troupes. Sa bravoure se signala à Rheims , à Montreau, Craone et Montmirail. Ce militaire, couvert d'honorables blessures, assista à la bataille de Waterloo, et depuis lors s'est retiré du service. Rendu à la vie privée, il est rentré aujourd'hui dans ses foyers où il jouit de l'estime de ses concitoyens. A. D.

DE BERNIÈRES. - NoUvELLEs LETTREs INÉDITEs DE FENELON. Nommé en 1698 intendant du Hainaut, à la place de Daniel François Voysin ; puis intendant de Flandre, lors de la mort de Dreux

Louis Dugué de Bagnols en 17o9, M. de Bernières était par sa place, moins encore que par une heureuse conformité de caractère , en relation intime avec Fénelon. L'illustrearchevêque fait souvent dans

sa correspondance un bel éloge de

cet Intendant. Voici comment il en parle dans une lettre du 24 avril 171o au duc de Chevreuse : « Il se « tue et se ruine à remplir ses de« voirs. Il a de la facilité d'esprit, « des vues, de l'action, de l'expé« rience, du zèle, et il fait certai« nement plus que nul autre ne fe« roit en sa place. »

Le 5 mai suivant , il en parle encore dans des termes analogues. Le 18 février 1712, M. de Bernières se rendit à Paris pour exposer la situation malheureuse de cette frontière, et communiquer ses vues sur ce qu'il y avait à faire. Fénélon lui donna une longue lettre pour le duc de Chevreuse, qu'il priait de lui faire obtenir une audience du Dauphin (le duc de Bourgogne). Dans cette lettre, il fait de nouveau un éloge très-circonstancié de l'Intendant. On est étonné de ne pas trouver les lettres de Fénelon à M de Bernières, dans la correspondance de ce prélat qui vient d'être publiée avec tant de soin , chez Adrien Leclère , à Paris, onze vol. in-8". 1827-1829. Ces lettres existent cependant; j'en ai vu et examiné il y a peu de jours, le recueil autographe. Elles sont au nombre de 8o environ, et presque toutes relatives à des affaires d'intérêt local et de jurisdiction métropolitaine. Puisse cette collection appartenir un jour à laville de Cambrai !

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LES HOMMES ET LES CHOSES.

MAGISTER ( LE ) PLUs sAvANT QUE soN cURÉ, almanach très-chrétien, des plus curieux et de toute nouveauté, composé pour la plus grande gloire de Dieu et del'huma

nité. (Par MM. Paliez fils, Bru

neaux et autres. ) A la Vallée des Cygnes ( Valenciennes), à l'enseigne de la lumière (chez Prignet frères), l'an X de la République Française. In-12 de 4 fes et 142 pages, orné d'une planche.

Telest le titre d'un petit ouvrage anti-religieux tiré, en grande partie, de l'Origine de tous les cultes de Dupuis; son apparition produisit , à Walenciennes, du bruit et du scan dale : un ministre des autels, nommé Carpentier, animé d'un zèle ardent, se transporta, le 25 pluviose, an X, vers minuit, accompagné de plusieurs autres prêtres et ex-religieuses, sur une des places publiques de cetteville, où un exemplaire de cet ouvrage fut solennellement livré aux flammes ; et pendant qu'il brûlait, les ex-religieuses et les prêtres chantaient en chœur des hymnes sacrées. Quelques jours après il sortit des mèmes presses deux acrostiches, non moins impies que le MAGISTER, sur les mots CARPENTIER, JoNGLEUR, INQUISITEUR, et CARPENTIER BRULEUR DE LIvREs. Ces vers furent attribués à un habitant de St-Quentin, alors à Valenciennes.

Le scandale ne devait pas s'arrêter là ; cette brochure n'ayant pas été épuisée dans le cours de l'anX,

on en changea le titre; un calendrier pour l'an XI fut substitué au premier , et l'extrait de Dupuis, ainsi déguisé, parut alors sous le titre suivant : Entretiens sur toutes les religions et particulièrement sur l'origine de la religion chrétienne. Composés d'après les manuscrits et les hiéroglyphes découverts en Egypte par les savans modernes. Almanach pour l'an XI. (18o2 et 18o3.) Valenciennes, Prignet frères.

Ce livre qui en l'an X n'avait excité que l'animadversion de quelques ames pieuses, devint en l'an XI l'objet des poursuites du pouvoir, sans qu'on puisse dire exactement dans quelles proportions la politique et la piété contribuèrent à ces poursuites. Le Pape,

.. ... On ne s'attendait guère, A voir le Pape en cette afl'aire ,

affligé de l'état déplorable dans lequel la religion chrétienne se trouvait en France, consentit à traiter avec la République. Monseigneur Hercule Consalvi, ministre de Sa Sainteté Pie VII, s'entendit avec le seigneur Nicolas Bonaparte , citoyen premier consul, et ils signèrent un concordat le 25 fructidor an IX. Cet événement, suivant le dire de plusieurs , se rattachait, dans les calculs du futur empereur, au grand systême de domination déjà conçu par lui dès cette époque. Sachant bien tout ce que la religion , adroitement utilisée, peut prêter de secours et de force à la puissance, il releva les autels; et, dans sa vaste prévoyance, songeant déjà, peut-être, à faire des soldats de l'église militante une des troupes auxiliaires de son ambition, il tendit la main aux prêtres pros-crits.

Les autorités surveillées par un tel maître durent naturellement seconder ses actions et imiter son exemple. Une loi avait été rendue le 18 germinal, an X, en exécution du Concordat, loi qui ne permettait plus le doute sur les intentions politico-religieuses de Bonaparte. Ce fut peu de temps après, que le citoyen Dieudonné, préset du département du Nord, crut devoir prendre, contre les Entretiens sur toutes les religions, l'arrêté suivant :

« Arrêté du préfet, relatif à la « publication et à la saisie d'un ou« vrage imprimé à Valenciennes, « tendant à anéantir et tourner en « ridicule les principaux dogmes » de la religion chrétienne. »

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consolans de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'ame ;

» Qu'il dirige particulièrement ses efforts contre la religion Chrétienne, et embrasse dans la même proscription tous ses ministres ;

« Qu'il s'attache à déverser la calomnie et le mépris sur le Souverain pontife de cette religion, auquel toutes les puissances de l'Europe accordent les égards dus à son caractère et à ses vertus ;

« Que, dans plusieurs passages, il se fait comme un plaisir de fouler aux pieds la morale la moins austère, et de mettre les propos les plus licencieux dans la bouche d'un des personnages qu'il fait parler ; · « Considérant qu'au moment ou le gouvernement emploie tous ses efforts pour rétablir en France, l'exercice de la religion chrétienne ; lorsqu'il conclut avec le Souverain pontise, et à la face de l'Europe, une convention que réclamaient et la politique et la morale ; korsque de toutes les parties de la République le Premier Consul reçoit les félicitations et les actions de grâces des citoyens de toutes les religions pour ce nouveau bienfait ; on ne peut voir dans l'ouvrage qui vient d'être signalé, qu'une tentative audacieuse pour exciter l'opposition et la résistance aux lois bienfaisantes sur le libre exercice des cultes et notamment à celle du 18 germinal an X; »

« ARRÊTE : « 1°. Il est défendu de réimprimer, vendre débiter ou distribuer, dans le département du Nord,l'ouvrage imprimé chez les frères Prignet, à Valenciennes, intitulé.Entretiens, etc.

« 2° A la réception du présent arrêté , le Maire de Valenciennes, assisté du Commissaire de police, se transportera chez les frères Prignet, y fera briser les planches et les formes qui pourraient servir encore à l'impression de cet ouvrage; il saisira tous les exemplaires imprimés et les fera transporter à la mairie, ou ils resteront sous le scellé jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.

« La mème saisie aura lieu chez tous les autres libraires, commissionnaires, marchands, débitans ou colporteurs de la même ville, qui qui en auront des exemplaires.

« 5° Les Sous-préfets, les Maires et Commissaires de police , dans les autres communes du département, sont également chargés de faire les mêmes recherches et saisies chez les imprimeurs, libraires, marchands et colporteurs.

« 4° Tous les fonctionnaires publics désignés dans les articles précédens sont chargés de l'exécution du présent arrêté, et de le faire publier et afficher, et d'en rendre compte au préset.

« Fait en préfecture à Douai, le 26 vendémiaire an XI de la République. — Le préfet : Dieudonné. Par le préfet, le secrétaire-général de préfecture, Gautier, »

Cet arrêté offre quelqu'attrait à la curiosité, et méritait, comme document historique, d'être reproduit en entier. On est surpris et involontairement touché en y lisant ces paroles de protection données alors au Catholicisme et à ses ministres. Ce respect renouvellé envers un culte et des hommes dix ans persécutés nous plairait, ne fût-ce que par ce qu'il a d'inaccoutumé pour l'époque, et encore comme paraissant venir de bien loin ; mais , ce qui vaut mieux pour l'humanité, il nous plaît surtout par suite de notre sympathie pour le malheur.

• Nous terminerons ce que nous avions à dire du Magister ou des Entretiens par une courte observation à l'adresse de ceux de nos lecteurs qui aiment à trouver dans les productions de la presse, quelque soit leur exiguité, des traces monumentales de nos mœurs : nous pensons que cet extrait de Dupuis est le premier livre poursuivi et saisi en France, sous le gouvernement dirigé par Bonaparte , au moins pour des motifs puisés dans la morale et la religion ; et cette circonstance donne à ce petit ouvrage, devenu rare sans que personne s'en plaigne , un genre d'intérêt que l'histoire littéraire ne dédaignera pas de signaler.

LA CROIX AUX CEPS. Il existait jadis sur le marché de Valenciennes , une grande croix en grès à laquelle on parvenait par plusieurs marches en pierre; les degrès de cette croix, dont l'origine remontait à une époque immémoriale, servaient de sièges à une multitude d'hommes de peine, qui attendaient de l'ouvrage; espèce de Lazzaroni du Nord, que l'on désignait en patois, par l'antique surnom de L'ost del Crox, pouvant être traduit par la Bande de lacroix. S'il faut en croire les traditions populaires de Valenciennes, ce pieux monument, aujourd'hui disparu, devait son existence à un fait digne d'être rapporté. Deux habitans de Valenciennes partirent un jour ensemble pour un voyage de long cours ; après un espace de temps considérable , l'un d'eux revint et me put donner de nouvelles satisfesantes de son compagnon. Soupçonné de lui avoir ôté la vie en route, il fut dénoncé aux magistrats par les parens et amis de l'absent ; on l'appliqua à la question ordinaire et extraordinaire , et n'ayant pu supporter de si cruelles douleurs, il avoua tout ce qu'on voulut. La dessus le magistrat le condamna à être pendu et étranglé jusqu'à ce que mort s'en suive, aux fourches patibulaires du moulin du Rolleur.Voilà qu'au moment ou le patient était conduit au lieu du supplice, son compagnon devoyage arrive tout-à-coup et montre évidemment par sa seule présence, l'innocence du condamné ; tout le peuple de Valenciennes croit alors (ce que peut-être beaucoup de nos lecteurs pensent aussi) que le patient va obtenir sa grâce ; il n'en

est rien : les magistrats de ce temps étaient de ces gens qui se croient infaillibles, et qu'un amour-propre démésuré empêche souvent d'avouer qu'ils se sont trompés, même quand l'erreur est évidente; ils s'appuyèrent sur le respect dû à la chose jugée , et ordonnèrent de passer outre. L'exécution se fit au milieu d'un grand tumulte des bourgeois , qui en portèrent plainte au souverain. Le Prince fut très scandalisé de la manière dont on rendait la justice en son nom , et crut devoir faire un exemple. « Il « condamnales juges, dit l'Histoi« re, à despendre le pendart, le « baiser à la bouche, le porter sur « leurs épaules, et après luy avoir « donné sépulture honorable, sai« re dresser des grandes croix en « perron en tous les endroicts, ou « le Prévost et les Eschevins au« raient deu se reposer portans le « susdit pendart : et delà en avant « tous les ans, la veille de St. Pier« re-aux-liens, porter sept cierges « de sept livres chacun en l'église « de St.- Pierre sur le marché, et « autant en l'églisede St. Jean , la « veille de St. Nicolas sixième de « décembre, et les y laisserallumez « depuis les premières vespres des« dites veilles, jusques aux deuxies« mes du jour suivant; et ce, pour « amende honorable et perpétuel« le. » Telle est l'origine qu'on donne aux croix de pierres élevées jadis, à Valenciennes, sur la route du Rolleur, au coin de la rue de Mons et sur la grande place ; cette dernière reçut le nom de croix aux

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