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L'évêque partit, la bague au doigt; mais voici bien une autre aventure : en 18.. , dans une solennité religieuse (je ne me souviens plus laquelle) M. Herà fit une entrée à Tournay, monté sur un simple bateau enduit de goudron, humilité toute chrétienne , et qui laisse bien loin derrière elle le vaisseau pompeux et mondain de Cléopâtre. Tout-à-coup monseigneur qui , du pont où il était installé , donnait au bon peuple la satisfaction de contempler ses traits et ses atours épiscopaux, et lui envoyait en fendant l'air de nombreuses bénédictions , s'écria : « J'ai perdu ma bague de Ste.-Waudru. » Une bénédiction donnée avec un zèle trop fervent , avait fait glisser ce bijou du doigt de l'évêque , beaucoup moins gras à ce qu'il paraît que celui de la sainte , et la bague lançée par un mouvement subit dans l'Escaut, s'était ensévelie dans les eaux de ce fleuve. A l'instant vingt bateliers se jettent à l'eau ; on plonge, on replonge, et l'un d'eux reparaît bientôt à la surface tenant la précieuse bague couverte · de boue.Aussitôt d'applaudir, de crier : miracle ! mais l'évèque plus sage se conduisit autrement ; se souvenant qu'il était dans le 1 g° siècle , il trouva la chose toute maturelle ; cependant , son habit ne lui permettant pas de n'attri

buer aucun mérite à la religion en semblable occurence, lorsque le batelier, tout dégoûtant de fange et d'eau , se présenta pour recevoia ce qu'il croyait lui être dû pour sa peine, monseigneur avec une onction toute chrétienne iui donna pour unique salaire...... sa sainte bénédiction ! Cette bague réclamée à l'épiscopat par un des gouverneurs du Hainaut est enfin revenue après avoir ainsi voyagé par terre et par eau, à son premier gîte , où je l'ai contemplée à mon aise ; tout le fruit que j'ai pu retirer de l'examen de cette antiquité révérée, c'est que Sainte Waudru devait avoir une bien laide main, si l'on doit en juger d'après la capacité de son anI18aUl . H. D. FOLLY (Antoine) , né à Catillon , arrondissement de Cambrai , est un des braves que le département du Nord peut revendiquer à bon droit. Etant capitaine à la 65° demi-brigade d'infanterie de ligne, il s'élança l'un des premiers, le 25 mars 1799, dans la ville d'Andria, au royaume de Naples et contribua puissamment à la prise de cette place, ou il reçut une blessure grave. Il n'en était pas encore guéri , qu'il voulut accompagner ses frères d'armes à la prise de Frany; ce fut lui qui dressa la première échelle contre les remparts, et on le vit le premier s'établir sur le parapet. Cet officier, d'une bravoure à toute épreuve ; passa peu après dans le f5° régiment de ligne; il fit la première campagne d'Espagne et fut tué dans ce pays qui recèle les cendres de tant de braves de motre vieille armée. A. D.

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VA-TOST.— Dans le quinzième siècle, vivait à Valenciennes un boulanger connu dans tout le pays comme le plus leste et le plus infatigable marcheur qu'on pût trouver. Il allait à pied, dit d'Outreman , de Valenciennes à Tournai en moins d'une heure et demie, et il n'y a pas moins de sept lieues. Cet homme se nommait Va-tost. C'était sans doute un sobriquet que la vitesse de ses jambes lui avait mérité, comme on appela le fécond peintre Luc Giordano, fa-presto, et comme on appelle gâte-pâte, un mauvais boulanger. D'Outreman ne dit de lui qu'un seul mot, mais nous trouvons dans un manuscrit de Simon Le Boucq une anecdote qui le concerne.

C'était en 1475, Charles le méraire, duc de Bourgogne, avait mis le siége devant Nuys ou Neuss, petite ville sur le Rhin dans l'électorat de Cologne. Le roi de Hongrie lui avait promis, par l'intermédiaire d'un ambassadeur, son assistance dans cette entreprise et dans la guerre contre l'empereur d'Allemagne ; mais jusqu'alors on ne le voyait pas s'avancer. Le duc de Bourgogne manifestait le désir de lui envoyer un exprès porteur de lettres : malheureusement la route n'était pas sûre, et d'ailleurs, disait Charles le Téméraire, quand pourrions - nous avoir des réponses ? « Lors le sieur de Boussu se leva et dit : qu'il y avait en Valenciennes un coureur qui s'acquitterait de ce message en très

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« Ecrites en notre tente et logis » devant Nuys le quatorzième de » juin 1475. : « CHARLEs. »

Le roi, bon prince quoique allié peu sûr, dit à Va-tost : « Messagier, mon ami votre duc, m'écrit que je ne lui ai pas tenu ma promesse, il dit vérité; sachez que je ne l'ai pu faire, car les Turcs m'ont toujours fait guerre depuis ce temps; mais on va écrire à votre maître de nos affaires et, en attendant, mon ami, faites bonne chère, car vous devez être bien fatigué, et je ne comprends point comment vous êtes venu en si peu de temps. » Va-tost répondit qu'il ne lui en challait nullement, et qu'il désirait qu'on l'expédiât promptement, ce qui eut lieu. Au moment du départ, le roi lui fit compter deux cents ducats que le boulanger refusa fièrement, disant que son maître en avait assez pour le contenter ; de quoi le roi fut grandement étonné ; ces sortes de refus étant très-peu usités alors comme aujourd'hui.

Va-tost, également revenu en six jours devant Nuys, s'adressa au seigneur , de Maingoval et à sire Olivier de la Marche qui le condui

sirent devant Monseigneur. A son aspect il s'agenouilla. Le duc lui ayant permis de se relever,Va-tost prit sa lettre et, après l'avoir baisée, la remit à son maître qui apprit par là l'excusance du roi de Hongrie, lequel priait le duc de vouloir se contenter pour le moment, l'assurant que, ses affaires contre les Turcs une fois terminées il lui prouverait l'intérèt qu'il portait à sa cause. Charles, branlant la tête , demanda au messager s'il avait aperçu desTurcs en Hongrie. Va-tost répondit : « Cher sire, il me fut dit que le roi leur avait livré bataille six jours avant mon arrivée et que les Turcs l'avaient pérdue ; j'ai même vu de leurs dépouilles et armures. Le sire de Boussu fit observer que ces réponses étaient d'accord avec la lettre du roi, et chacun de complimenter et de cajoler notre Valenciennois.

Le duc le faisant approcher près de sa personne, le prit par la main en lui disant qu'il n'avait jamais ouï parler d'un messager de son espèce et qu'il serait bien récompensé. Lors Va-tost répondit subitement : « Je ne suis pas difficile : je demande pour récompense d'avoir le droit de pêcher à la ligne ès viviers, fossés, rivières et étangs sans que nul puisse me reprendre. » A cette demande, le duc Charles partit d'un grand éclat de rire , et ainsi firent, nul excepté, tous les seigneurs présents, la plupart gros pêcheurs en eau trouble. - Je t'accorde volontiers ta demande, dit Charles le Téméraire,

et de plus tu seras renté sur notre qu'autrefois, lorsque l'on exécuSalle de Valenciennes. - Ma re- tait, par la corde, un criminel , si quête étant octroyée, répliqua le la corde venait à se rompre, le paboulanger désintéressé, je ne veux tient obtenait grâce de la vie.Je plus rien n'est pour mes dépenses ne crois pas que cette exception à et le tems passé en route. — Pour la rigueur des lois pénales ai jaen finir, dit Charles, qu'on comp- mais été écrite dans aucun code : te à l'instant cent écus d'or à ce mais qu'il y en ait eu des exemples, bon serviteur. - Grand merci, on ne saurait le révoquer en doucher sire, cria Va-tost, et, après te; j'en citerai un, qui appartient avoir pris son or, il s'en revint les- à une époque un peu éloignée à la te et joyeux à Valenciennes. vérité ; il se rapporte aux premiers tems de l'insurrection des Pays-Bas

Voilà ce que raconte un de nos contre Philippe II.

anciens écrivains , sur l'extraordinaire célérité de Va-tost. Des Des insurgés avaient été pris en jambes aussi agiles seraient, par le Frise en 1567. Marguerite de Partemps qui court, et dans un siècle me envoya sur les lieux des comqui marche, un objet d'envie et missaires de Bruxelles, accompaun moyen de fortune pour bien des gnés du prévôt de la cour, pour les gens ! Elles furent considérées alors juger, et faire exécuter ceux qui comme une merveille. Simon Le seraient trouvés coupables. Dans

Boucq et d'Outreman n'avaient pas connu Va-tost; mais Georges Chastellain, surnommé le très-élégant, et Jean Molinet, qui florissaient à la même époque que lui et qui furent

le nombre, il y en eut sept qui furent condamnés à mort ; les autres l'avaient été au bannissement, aux galères ou à d'autres peines. De ces sept condamnés, un seul voulut

tous deux enterrés à Valenciennes, écouter le confesseur qu'on leur où ils avaient passé une partie de - envoya et lorsque l'on procéda à leurvie, n'ont pas hésité à le placer l'exécution de celui-là , la corde dans la Récollection des merveilles se rompit, ce qui fut regardé comadvenues en leur temps : voici ce me un miracle et lui valut sa grâqu'on y lit en style assez barbare : ce. Mais laissons rapporter les par, ticularités du fait aux commissaires eux-mêmes; le style du temps - leur donnera plus d'intérêt encore: « Et, quant est de l'exécution susdicte, écrivaient-ils à Marguerite de Parme (1), n'avons voulu obmectre d'advertir vostre Alteze que, lejour précédent, nous envoy

J'ai veu en Vallenciennes,
Quand droit là me tournay,
Va-tost faire des siennes
Et aller à Tournay
En moins d'heure et demie
Sans cheval ou jument ;
C'estoit chose ennomye,
Force ou grand radement.

A. L.

LE PENDU SAUVÉ PAR MIRACLE. — C'est une idée généralement répandue parmi le peuple,

(1) Cette lettre, datée de Harlingen le 9 juillet 1567, existe en original aux Archives du Royaume, à Bruxelles.

asInes du soir aux patients vng frere mineur confesseur, pour les confesser, instruire et admonester du salut de leurs ames, à quoy la plus part me vollut entendre , et neantmoings respondirent que, le matin , ensuyvant , ilz en diroient leur intention; mais, le matin venu, ledit confesseur n'a rien proufficté, quelles bonnes remonstrances qui leur | fist, et me voullurent entendre à la confession, excepté vng nommé Goossen Kinpperdollinck, lequel, apres avoir esté mocqué toutte la nuict des autres patients, s'est donné du matin à la confession en toutte devotion , mesmes prié le sainct sacrement de l'aultel luy estre donné en la foy et forme de nostre anchienne religion catholicque ; et ledit confesseur (voyant la bonne devotion du prisonnier, et pour estre le temps de l'execution sy · proche) luy remonstroit que Dieu prendroit sa bonne intention pour ' le faict, et que librement il se pou· voit commectre un tel estat à la # m isericorde de Dieu : surquoy le' dit prisonnier lui respondit et pria tres-instamment le sainct sacrament luy estre donné, et que à icelle fin ledit confesseur voulsist celebrer messe, laquelle il desiroit aussy oyr avant sa mort, comme : il a faict à genoulx flexis (2), récepvant par grande dévotion le St. sacrament.Quoy faict, et persistant en bonne devotion, il s'est submis à la justice, et est amené au gibbet le dernier de touts; et apres estre monté l'eschelle, la corde au

(a) Flexis, fl chis.

col, estant deboutte, mesmes ayant pendu ung bon espace, pensans touts qu'il estoit mort et estranglé par la force du bourreau dont il avait à icelle fin vsé, advint qu'il sembloit au prevost, par quelque mouvement et signe exterieur, qu'il n'estoit point encores mort, dont le prevost dict au bourreau qu'il luy passerait encores vne foys sur les mains pour le faire court : ce que le bourreau sist et du premier coup se rompit la corde, et tomba le patient à terre, tenant vne partye de la hart (3) au col, la reste demeurant au gibbet, comme trenchée d'ung coutteau, avecques vne admiration de tous assistans. Et, aprez quelque peu de temps, revint le patient à son sens et congnoissance, et pria tout begguant (4) grâce à Dieu et au prevost, laquelle ne luy a esté refusée, pour ce que la justice estoit faicte, et que miraculeusement il en est delibvré, comme aussy le bruyct en est avant tout le pays. » Les réflexions dont les commis

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