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DE MÉDECINE

,

DE CHIRURGIE ET DE PHARMACOLOGIE,

PUBLIÉ

Par la Société des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles,

SOUS LA DIRECTION D'UN COMITÉ

COMPOSÉ DE

MM. DIEUDONNÉ, D.-M., Rédactcur principal, Chevalier de l'Ordre de Léopold,

Président de la Société, Membre du Conseil central de salubrité publique et
du Conseil supérieur d'hygiène, Secrétaire de la Commission de statistique

du Brabant, Membre honoraire de l'Académie royale de médecine, etc.
CROCQ, D.-M., Professeur à l'Université de Bruxelles, etc.
LEROY , Pharmacien du Roi, Collaborateur au Journal de Chimie médicale, de

pharmacie et de toxicologie de Paris, Membre de la Commission médicale pro-
vinciale du Brabant, Correspondant de la Société des Pharmaciens du Nord de

l'Allemagne, de l'Académie royale de médecine de Belgique, etc.
RIEKEN, D.-M., Médecin de S. M. le Roi des Belges, Membre honoraire de

l'Académie royale de médecine de Belgique et de plusicurs Académies et

Sociétés savantes régnicoles et étrangères.
VAN DEN CORPUT, Docteur en médecine, en chirurgic et en accouchements,

pharmacien, Docteur en sciences, Secrétaire de la Société, Membre du Conseil
cent, de salubrité publique, Membre de plusieurs Acad. et Sociétés savantes.

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DE MÉDECINE.

( JUILLET 1861.)

I. MÉMOIRES ET OBSERVATIONS.

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MÉMOIRE SUR UNE ÉPIDÉMIE DE VARIOLE OBSERVÉE DANS LES COMMUNES DE SAINT

JOUIN ET DE COULIMER, PENDANT LES ANNÉES 1857 et 1858; par M. le docteur RAGAINE, médecin vaccinateur cantonal, médecin de l'Hôtel-Dieu et des prisons de Mortagne, membre correspondant de la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles. (Suite. Voir notre cahier de juin, p. 531.)

Étiologie. — Dans la recherche des causes qui ont pu déterminer l'épidémie de variole dont nous nous occupons, notre allention a dû se porter nalurellement sur les changements météorologiques qui se sont produits durant cette période. Mais c'est en vain que nous analyserions toutes les observations que nous avons prises, nous n'y trouverions rien qui puisse rendre compte de la prédisposition pathologique qui existait dans les communes atteintes; nous ne trouvons rien de particulier et d'extraordinaire dans les mois d'août, de septembre, d’octobre et de décembre, mois dans lesquels l'influence épidémique a suivi une marche croissante et a alteint son summum d'intensité.

Les vents d'ouest, qui règnent habituellement dans nos contrées à cette époque, ont été remplacés par les vents de sud et accompagnés d'une élévation de température assez notable et constante et d'une grande sécheresse. Le thermomètre centigrade s'est élevé pendant celle période de temps jusqu'à + 55, et s'est maintenu entre + 28 et + 35 jusqu'au 6 aoûl, époque à laquelle plusieurs orages se sont simultanément manifestés dans plusieurs points de l'arrondissement. Comme il arrive toujours dans de pareils cas, l'atmosphère était les jours précédents, et notamment le 5 août, tellement chargée d'électricité que la respiration était très-pénible. Les pluies, qui toutes furent le résultat des orages, furent très-rares et suivies d'aucun changement dans la température. C'est dans le mois de septembre que nous observions le premier malade.

L'automne n'offrit rien de particulier, la tempéralure se montra assez uniforme, et nous complåmes un grand nombre de beaux jours, un peu froids vers la fin. La moyenne thermométrique a été de + 12 centigrades. C'est en novembre et décembre que l'épidémie atteignit son summum d'intensité.

L'hiver n'a point offert un abaissement de température bien prononcé; les vents d'ouest, nord-ouest et nord-est nous ont donné encore de beaux jours. La moyenne du thermomètre a élé de + 7 centigrades.

Les observations météorologiques que nous venons de signaler ne peuvent pas nous rendre compte de l'influence épidémique, car elles ne sont pas particulières aux communes de Saint-Jouin et de Coulimer, et les localités environnantes, dans lesquelles l'épidémie ne s'est pas manifestée, ont été soumises aux inêmes influences et aux mêmes variations de température.

Si, au contraire, nous examinons attentivement la manière dont la maladie s'est développée, nous voyons que c'est un étranger convalescent de la variole qui en a apporté le premier germe dans la commune de Saint-Jouin. Il est donc impossible de reconnaître aucun autre mode de propagation de l'épidémie que la contagion.

A quelle époque de la maladie la contagion s'est-elle montrée principalement? Voici une grave question qui soulève encore aujourd'hui une foule de dissentiments. Il n'est pas douteux que c'est pendant la convalescence que le premier malade a opéré cette transmission, et nous avons trouvé un grand nombre de cas dans lesquels la même remarque s'est parfaitement justifiée. Cependant nous avons vu aussi des cas bien positifs, et nous les avons signalés dans l'historique de l'épidémie, dans lesquels le germe de l'affection a été contracté au début de la période de suppuration et dans le courant de cette même période. Ainsi l'instiluleur de Saint-Jouin ne ferme son école et ne cesse ses travaux qu'au moment où sa variole est arrivée à la suppuration, de même pour sa femme, et cependant c'est à ce foyer que les enfants contractent la maladie pour la plupart. Ces faits viennent prouver une fois de plus que la contagion peut avoir lieu depuis l'ouverture de la pustule jusqu'à la chute entière et complète des croûtes.

C'est ici le lieu de signaler une particularité qui s'est offerte à notre observation dans cette épidémie, qui en a présenté beaucoup d'autres, comme nous l'exposerons par la suite. L'enfant Louveau, transporté de chez les époux Séguré dans le bourg, meurt en arrivant; les premiers individus qui l'ont visité, comme moi, se sont trouvés en présence d'un cadavre, et cependant ils ont contracté les germes de la contagion, de la contagion qui survit même au malade. Qu'à cette occasion il me soit permis de rapporter un fait identique dont je sus témoin à l'hôpital des cliniques dans le service de M. le prosesscur Rostan, dont j'étais l'élève en 1838. Une femme meurt, dans le service, d'une variole confluente qui l'emporte dans la période de suppuration. Le jour de sa mort l'infirmière de service fut visitée par sa seur, forte et superbe fille, qui arrivait le matin même de la province et dans les meilleures conditions de santé, pour se placer comme cuisinière dans une maison de la chaussée d'Antin; l'infirmière se fit aider dans les soins de l'ensevelissement par celle sæur, qui, dès le lendemain, se rendit chez ses nouveaux maitres. Huit jours après son arrivée, celle pauvre fille fut admise dans le service de M. Roslan, présentant les prodromes d'une variole' confluente, elle nous aflirma qu'il n'existait point de cas de variole soit dans son pays, soit dans la maison de la chaussée d'Antin, qu'elle habitait depuis son arrivéc; des renseignements pris de part et d'autre nous permirent de constaler l'exactitude de ces déclarations. La malade portait au bras gauche les marques d'une bonne vaccine, elle était âgée de 26 ans, elle n'avait jamais eu la variole ou la varioloïde. Elle subit une variole confluente à laquelle elle succomba le dixième jour de son admission à l'hospice, présentant tous les symptómes d'une méningite. Du reste, l'autopsie ne put être faite.

Pendant plus de six mois il n'y eut aucun cas de variole dans la salle. Ce fait, quoique isolé, ne nous parait pas moins intéressant à plus d'un point de vue.

Il est encore un point sur lequel nous voulons appeler l'attention, c'est l'influence des saisons sur la marche et la gravité de la maladie. C'est, ainsi que nous l'avons déjà souvent répété, aux mois de novembre et de décembre que l'épidémie a acquis son sunimum d'intensité, tant sous le rapport du nombre que sous celui de la gravité. Est-ce à dire pour cela que nous pensions avec plusieurs auteurs que la variole soit plus commune et plus redoutable en aulomne qu'en toute autre saison? Celle question ne nous semble pas encore bien résolue, et les résultats que nous annonçons, bien que conformes à cette idée, ne nous semblent pas concluants. D'après les observations météorologiques que nous avons consignées au commencement de ce paragraphe, nous nous croyons autorisé à attribuer les résultats à la contagion, et nullement aux conditions climatériques ; nous pensons même que si la contagion s'étail manifestée plus tôt, à l'époque des grandes chaleurs, nous aurions eu encore beaucoup plus de malades. C'est qu'ici il faut différencier les maladies épidémiques des maladies purement sporadiques. Peut-être, et ce n'est même pas prouvé, la variole sporadique est-elle plus fréquente en automne, alors que les fonctions de la peau se trouvent modifiées par l'influence des premiers froids, mais dans les varioles épidémiques, le grand principe reste le même : la chaleur favorise la contagion et le développement des épidémies. Quant au danger plus grand que présente la variole à l'automne, il n'est autre que celui qu'elle présente en hiver, et on pourrait même dire qu'il est moindre, il faut l'attribuer aux variations de lempérature, au froid, et surtout aux imprudences à l'abri desquelles tous nos raisonnements ne sauraient mettre les malades, surtout à la campagne.

Avant de terminer l'étiologie, nous sommes encore forcé d'aborder une question brûlante et encore pleine d'obscurité, c'est la question de la contagion et de l'infection. Nous ne nous lancerons dans aucune discussion à ce sujet, nous dirons simplement ce que nous avons observé. Au début et dans le plus grand nombre des cas, la contagion immédiate a été manifeste, et l'histoire détaillée que nous avons donnée de la maladie en fait foi; presque toujours nous troutvons que l'individu affecté en a pris le germe près d'un autre malade, soit en lui donnant des soins, soit en le visitant, soit en habitant la même chambre pendant un temps plus ou moins long. Plus tard, pendant la seconde période de l'épidémie, celle où elle arrive à sa plus grande intensité, ainsi que vers son déclin, nous avons constaté que quelques individus isolés, vivant éloignés du

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