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qu'au firmament, où il traçoit la marche des astres : Raphaël déployoit dans la peinture une supériorité qui plaçoit ses rivaux au rang de ses élèves; la musique vieillissoit seule dans une longue enfance. Le contre-point n'étoit encore que des points quand le génie de Lulli ouvrit une route nouvelle; on en fit des notes; et la musique, composée sur ses principes, acquit assez de crédit pour exciter l'émulation des étrangers. Quand Lulli vint en France, il y fut regardé comme le dieu de la musique; on n'avoit aucune idée qui pût faire acquérir d'autre perfection que celle qu'on connoissoit. Lulli prit le parti que les artistes devroient toujours prendre lorsqu'ils sont appelés chez l'étranger; il ne changea pas entièrement la musique françoise, il fondit les endroits foibles qui lui parurent susceptibles de réforme, laissant les autres comme il les avoit trouvés : par-là il concilia le génie des deux nations; au lieu de ne faire qu'une musique, il chercha à en perfectionner deux : mais il y avoit trop à faire pour que ce pût être l'ouvrage d'un seul homme; Lulli laissa d'immenses lacunes à remplir. Déja l'Italie commençoit à pressentir que la musique alloit lui donner un nouveau genre d'illustration. Naples élevoit des hôpitaux, que l'on appeloit conservatoires, où l'on apprenoit aux pauvres citoyens à chanter pour l'amour de Dieu. Les fondations de ces hôpitaux étoient des œuvres pies établies pour qu'on chantât la gloire du ciel, et c'est de là que sortirent tous ces musiciens qui exaltèrent si haut les gloires de la terre. Venise eut de semblables établissements. On peut regarder ces hôpitaux comme le berceau de la musique italienne : cependant elle ne fit pas de grands progrès; sa barbarie dura encore : ce ne fut guère qu'au commencement du dix-huitième siècle qu'elle sortit de ce chaos où l'ignorance des âges précédents l'avoit laissée. On peut regarder Perez, Rinaldo, Jumelli, Pulli, Hasse, Teradelias, Galuppi, Durante, Vinci, Porpora, Leonardo, Leo, et quelques autres maîtres qui les avoient précédés, comme les véritables créateurs de la musique italienne. Ils entrèrent facilement dans une carrière où le génie n'avoit rien à détruire pour refaire; c'étoit la première fois qu'on voyoit un art marcher à la perfection sans obstacles qui l'arrêtassent dans sa marche : il ne dégénéra plus tard qu'à force

'étude et de combinaison. Il y avoit près de cent ans qu'on avoit ouvert le théâtre d'opéra en Italie, mais on y chantoit sans musique, on y représentoit sans représentation : c'étoient de mauvaises pièces exécutées par de mauvais acteurs. Ces nouveaux fondateurs changèrent tout le plan du théâtre lyrique. Ce fut un spectacle nouveau de voir des professeurs, sans guide, entrer dans une carrière qu'ils créoient en même temps qu'ils en jetoient les premiers fondements : c'est peut-être parcequ'ils n'avoient pas de guide qu'ils ne s'égarèrent pas. Dans les arts d'imagination, plus on examine, et moins on approche de la perfection. Ces premiers bons maîtres s'attachèrent aux récitatifs : c'étoit là le fort de leur travail, parceque c'étoit là la piéce. Comme l'opéra n'est qu'une tragédie notée, chaque partie du récitatif a une expression analogue au sujet; il varie selon les accidents : chacun de ses endroits étoit lent, vif, gai, pathétique, selon que les évènements de l'intrigue le portoient, de même qu'on le voit aujourd'hui dans la tragédie parlée. Quand il étoit question d'une catastrophe, l'acteur ou l'actrice, par le secours d'une musique simple et peu composée, agitoit les spectateurs, les touchoit, les passionnoit, et faisoit passer dans leur ame l'émotion dont il étoit lui-même rempli; en un mot, le récitatif étoit l'opéra. De là vient cette expression dont les gens de théâtre se servent encore aujourd'hui en Italie : Ho recitato a Milano, vado a recitare a

Torino. Ils ne se servent point du terme chanter, par

cequ'on ne chantoit presque point, et qu'on ne faisoit que réciter : l'ariette ne vint qu'après; je parle de la grande ariette, telle qu'on la chante aujourd'hui. L'acteur employoit tout son talent à dire bien le récitatif : le silence qui régnoit alors au théâtre l'y invitoit. La musique qui suivoit le récitatif étoit simple, dépouillée de notes; l'acteur n'étoit point distrait par des sons étrangers. La partie instrumentale de l'ariette étoit composée d'une ritournelle qui en annonçoit le motif, et qui finissoit au moment que le chanteur commençoit. L'accompagnement étoit avec le clavecin, la basse, un ou deux violons; presque jamais avec le corps de l'orchestre, à moins que ce ne fût avec les sourdines. Il résultoit de ce silence que l'acteur, qui sentoit qu'on l'écoutoit, s'écoutoit luimême, et s'observoit de près. Comme le compositeur ne sortoit point de la nature, et qu'il faisoit la musique pour des hommes, il les faisoit chanter en hommes et non en oiseaux; il n'empruntoit point leur gazouillement pour exprimer les passions humaines :

les sons aigus étoient bannis de la scène. Il résultoit de cette méthode simple et naturelle que l'acteur, chantant commodément et sans efforts, tiroit des sons très harmonieux. Ces sons se répandoient par tout le théâtre; chaque spectateur entendoit l'opéra : l'acteur n'étoit pas obligé de courir après les notes, il en étoit plus le maître de son sujet, ce qui lui donnoit la facilité d'y mettre toutes celles qu'il vouloit. Les compositeurs, qui n'avoient d'autre musique à faire que celle du chant, travailloient les airs dans leurs sujets; ils moduloient chacun par le caractère qui lui étoit propre. La musique de celui ou de celle qu'on appela depuis il primo uomo, la prima donna n'étoit ni plus composée ni plus difficile que celle des autres. Le maître ne faisoit point la musique pour des noms, mais pour la piéce.Si, dans les derniers rôles, il y avoit des endroits qui demandassent une grande expression, il l'y mettoit; car l'opéra étoit pour tous les représentants, et non pour deux ou trois acteurs. Cette émulation de chacun faisoit que la tragédie mise en musique étoit chantée par tous ceux qui la composoient. La Faustina fut peut-être la première qui enfila huit notes d'un seul trait, et fit ce qu'on appela de

puis la volata. Cette volade fut comme l'avant-coureur de la décadence de la musique : la Cozzoni tira des

sons qui surprirent, mais qui ne touchèrent pas; ce

pendant elle acquit une haute réputation, car elle entoit elle-même : avec une voix ingrate, elle se rendit agréable. C'est la première actrice qui a récité bien en chantant mal. Quoique la nature l'eût privée de la beauté, elle forma de grandes passions; ceux qui l'aimèrent furent attachés à elle invinciblement. Lorsqu'une femme laide se fait aimer, on l'aime longtemps, pareequ'elle a des qualités indépendantes de celles de la beauté. Plus de cent autres chanteurs et chanteuses du même temps, qui se surpassèrent les uns les autres, donnèrent une grande vogue à la musique italienne par l'endroit même qui la défiguroit. Leur manière de chanter eut la plus funeste influence : tout le monde voulut chanter comme Farinelli, mais personne ne chanta comme lui; chaque femme voulut imiter la Faustina, et personne ne l'imita : il n'y a eu qu'un Egiptielli. Un grand poëte, qui parut alors, fit peut-être plus pour cet art, sans être musicien, que les maîtres mêmes qui le perfectionnèrent; ce poëte étoit Pietro Metastasio. Il est impossible de mettre plus de douceur, plus d'harmonie qu'il n'en a mis dans ses vers; cette poésie est si heureusement cadencée, qu'on pourroit la chanter sans musique; mais elle est combinée de manière à ce qu'il n'y ait que le module italien qui lui convienne. La musique d'église se perfectionna : le Stabat Mater de Pergolese frappa par son harmonie et la douceur de ses accords; le Vénitien Marcello mit dans les psaumes de David une mélodie qui fit verser des larmes. La musique, n'ayant pas d'autre guide que la nature, dont elle suivoit les heureuses inspirations, tendoit à se perfectionner, lorsqu'un nouvel art l'é

filoit aussi la volade. La Tesi rendit la scène intéres

sante; elle donna de l'expression à la musique, en fai

sant passer dans l'ame des spectateurs ce qu'elle sen

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