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Qu'on étudie donc aussi complètement que possible les conditions locales ou individuelles où il y a immunité et qu'on tâche de les analyser de façon à pouvoir fournir des instructions telles que les personnes puissent être mises dans des conditions semblables. Non que je veuille assurément que tous les hommes deviennent fabricants de cigares ou égoutiers; mais on comprend ma pensée.

Une autre question fort grave a été posée par M. Craninx. Je ne discuterai pas la question de la contagion; il faut seulement prendre garde que ce système ne conduise à l'arbitraire, à l'impossible. On vous a raconté comment la cour de SaintPétersbourg aurait été garantie par une garde de 10,000 hommes, mais, comment aussi la cour de Berlin n'avait pas été préservée par l'immense cordon militaire dressé autour d'elle. C'est le cas de rappeler que la garde qui veillait aux barrières du Louvre n'a pas toujours garanti les rois.

Messieurs, lorsqu'il s'agit de sauvegarder la vie des hommes, croyez-moi, c'est à d'autres éléments qu'aux bayonnettes qu'il faut songer. Mais je veux seulement établir ce fait c'est que l'isolement est absolument impossible; car, dans cet ordre d'idées, le médecin serait le premier facteur de la transmission; le médecin ne pourrait donc plus aborder les personnes qu'il a ordinairement autour de lui, les malades qu'il va visiter, sans jeter partout l'effroi ; ceci est très grave.

D'autre part, vous savez combien la question des cordons sanitaires, des quarantaines, des lazarets a été étudiée par les corps savants.

Vous vous rappelez les voyages de M. Pariset en Egypte, pour se rendre compte de la transmission de la peste, les discussions qui de 1844 à 1846 ont occupé l'Académie de médecine de Paris, où M. Chervin et les plus savants hygié

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nistes ont soutenu et fait prévaloir les opinions contraires aux vieux procédés prétendûment préservateurs.

Vous vous rappelez aussi que c'est en 1848 qu'on a supprimé en France les lazarets, qu'on a institué les médecins. sanitaires pour aller aux lieux d'origine étudier la question; vous savez enfin que dans la commission de Constantinople, dont vient de nous entretenir avec tant d'à-propos l'honorable M. Craninx, M. Fauvelle, cité plus loin, est précisément un des plus grands adversaires des cordons sanitaires.

Ainsi plus de quarantaines, de cordons sanitaires, de lazarets; tous ces moyens sont des moyens trompeurs, essentiellement nuisibles aux plus grands intérêts.

Aussi est-il désirable que la Commission qui doit être chargée d'indiquer les vrais principes de prophylactique, apporte, dans l'examen de la question, une grande réserve, et qu'en voulant faire voir le danger, on se garde de jeter l'épouvante et de produire ainsi un mal considérable.

M. Craninx Ce que M. Fossion a dit prouve évidemment qu'il y a un principe sui generis qui se détruit dans certaines conditions. Ainsi les acides détruisent probablement les germes du choléra. Cela prouverait davantage pour la transmissibilité du choléra.

On a contesté l'utilité de dire au peuple que le choléra est transmissible.

démie.

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M, Vleminckx: On a contesté le droit de l'Aca

M. Craninx : M. le Président, je trouve entre autres, dans des rapports, que la Commission supérieure d'hygiène a été beaucoup plus loin que l'Académie et qu'elle a fait savoir positivement que le choléra était transmissible. M. Vieminckx: Elle ne l'a pas dit.

M. Craninx : Je crois qu'il est du devoir de l'Aca

démie de faire entrevoir cette transmissibilité. Cette opinion est aujourd'hui pleinement admise en Allemagne et en Angleterre; elle n'a pas été discutée, en dernier lieu bi en France · ni en Belgique. Mais il y a urgente utilité de l'admettre; en voici la raison. L'expérience a prouvé que toutes les épidémies de choléra ont été importées, et ont été importées, règle générale, dans les îles, dans les ports de mer, en Amérique, etc. Ainsi une des dernières épidémies l'a été à Anvers. Croyez-vous qu'il convient de laisser arriver dans le port d'Anvers ou d'Ostende les navires chargés de cholériques et apporter l'épidémie dans la ville? Je dis que non; je dis qu'il faut une interruption absolue, il faut éloigner ces navires qui ont des malades à bord.

On parle de la difficulté ; je suis le premier à le reconnaître pour le commerce, pour l'industrie, pour les chemins de fer. Sans doute on ne peut empêcher les voyageurs d'arriver et de partir. Mais dites-leur le choléra règne à Anvers et si vous n'avez pas besoin d'y aller, abstenez-vous en. Si vous n'avez pas besoin d'aller voir madame une telle qui a le choléra, n'y allez pas. De cette façon vous éviterez beaucoup de malheurs.

M. Vleminckx : Vous voyez où nous conduit cette doctrine de la transmissibilité qu'on veut que nous proclamions. Elle va beaucoup plus loin que cela. Elle va jusqu'à prétendre que le choléra ne peut pas se développer spontanément en Belgique.

M. Crocq': Pas du tout.

M. Craninx : C'est positif.

- M. Vleminckx : Qu'il ne peut pas s'y présenter s'il n'est apporté.

On a soutenu la même chose pour la peste bovine. On a dit: La peste bovine ne peut pas se montrer chez nous, s'il

n'y a pas eu transmission. » Et maintenant il est démontré à l'évidence qu'elle naît sur place.

M. Thiernesse: Non! non!

— M. Vleminckx : Je rappellerai le fait qui s'est produit dans la province d'Auvers. Il n'y avait cu communication ni de personnes, ni de bêtes, ni de choses; la peste bovine s'y est néanmoins déclarée. Alors nous vous avons demandé d'expliquer comment cela s'était fait; vous avez rẻpondu vous-même que vous n'en saviez rien.

Oui, il est aujourd'hui prouvé que la peste bovine peut se développer sur place, et M. Crocq vient de répondre à M. Craninx que le choléra pouvait se développer de la même manière. N'allez donc pas dire qu'il n'y aura pas de cholera, si vous l'arrêtez par un cordon sanitaire, puisqu'il peut éclater avec comme sans le dit cordon.

D'un autre côté, le reproche que vient de faire M. Craninx au Conseil supérieur d'hygiène d'avoir admis la contagion, est un peu subtil. Non, le Conseil supérieur d'hygiène n'a pas dit d'une façon positive et ex cathedra que le choléra est contagieux; mais il s'est conduit comme s'il l'était. C'est ce que j'engage encore l'Académie à faire.

M. Craninx : C'est tout ce que je demande.

— M. Vleminckx: Il ne faut pas proclamer de principe, mais, dans le doute et en matière d'instruction, conduisez-vous comme s'il l'était, Voilà la recommandation que je ferai à la Commission que vous devez nommer.

M. Craninx : J'atteindrai ainsi le but que j'ai en vue.

La discussion sera continuée dans la prochaine séance.

L'Académie se forme en comité secret à une heure et

quart.

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M. le Secrétaire donne lecture du procès-verbal du comité secret tenu le 14 décembre, dans lequel l'Académie a procédé aux élections d'un membre titulaire, d'un membre honoraire belge, de sept membres honoraires étrangers, de trois correspondants belges et de quatre correspondants étrangers.

Ont été nommés :

1° Membre titulaire de la sixième Section: M. Modeste Foelen, médecin vétérinaire à Saint-trond;

2o Membre honoraire belge: M. Is. Kupfferschlaeger, professeur à la Faculté des sciences de l'Université de Liége;

3o Membres honoraires étrangers MM. les docteurs E. Brown-Séquard et A. Dechambre, à Paris; F.-C: Donders, à Utrecht; L. Laussedat, à Bruxelles; M. Schultze, à Bonn; J. Skoda, à Vienne et A. Tardieu, à Paris;

4° Correspondants belges: M. le docteur V. Deneffe. professeur à l'Université de Gand; M. J.-B. Derache, professeur à l'Ecole de médecine vétérinaire de l'Etat à Cureghem, et M. le docteur E. Masoin, professeur à l'Université de Louvain;

5° Correspondants étrangers M. le docteur J.-A. Boogaard, professeur à l'Université de Leyde; M. F.-C. Hekmeijer, professeur à l'Ecole de médecine vétérinaire d'Utrecht; M. le docteur A. Heynsius, professeur à l'Université de Leyde et M. le docteur H. Snellen, professeur de clinique ophthalmologique à l'Université d'Utrecht.

M. Thiernesse rappelle qu'il a présenté, dans la séance du 30 novembre dernier, quelques observations à propos de la rédaction du procès-verbal de la réunion d'octobre en ce qui

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