Images de page
PDF
ePub
[ocr errors]

individu, comment se fait-il qu'il n'ait pas éclaté à Lyon et dans d'autres localités, où il y a tant de relations journalières et où il y a tant de contacts d'homme à homme? Certes, il y a là une grande difficulté. Mais, comme je le disais tantôt, le choléra est produit très-vraisemblablement par un germe. Pour que ce germe se féconde, il faut certaines conditions atmosphériques ou telluriques. Il se peut que ces conditions manquent dans certaines localités et que le choléra ne puisse s'y développer.

Il en est de même de l'immunité personnelle. Nous savons que les hommes faibles, mal nourris, logeant dans des endroits bas et humides, sont surtout exposés à être atteints du choléra; il n'en est pas moins vrai que le choléra peut se développer chez les individus qui se trouvent dans de meilleures conditions. Ainsi parmi les médecins qui sont en contact journalier avec les cholériques, il y en a qui sont atteints; il y en a d'autres qui n'ont pas éprouvé la moindre influence du principe morbide.

M. le Président : Le plus grand nombre.

M. Craninx : Il y a donc une certaine immunité personnelle qui fait que, quoique exposé aux émanations des matières fécales, en contact continuel avec les malades, vous n'êtes pas atteint de la maladie.

Que conclure de ces considérations?

C'est que, comme on vous l'a dit, il faut inscrire en tête des moyens prophylactiques que le choléra est transmissible. On a craint d'effrayer les populations; comme vous l'a dit M. Crocq, il ne faut pas effrayer, il faut dire la vérité et celui qui est averti prendra ses précautions. Lorsqu'on saura que le cholera peut se transmettre dans telles ou telles conditions spéciales, on évitera de se placer dans ces conditions; on

évitera, par exemple, les visites inutiles, les excès de tout gente, etc., etc.

Il y a certes d'autres prescriptions prophylactiques à faire, et sous ce rapport il existe un travail qui a passé par l'Académie, qui a passé aussi par le Conseil supérieur d'hygiène, et qu'il serait je crois, utile de revoir et de modifier dans quelques-unes de ses parties.

Ainsi il est dit au no 1: « Faire entretenir la voie publique, les marchés, les halles, dans un état constant de propreté et de salubrité. » Je crois qu'il manque à cet article un point important. L'expérience a prouvé que dans toutes les villes, dans tous les endroits, con me on le disait tout à l'heure, ce sont surtout les habitations situées dans le voisinage des rivières ou sur les canaux, dans les impasses, qui sont les premières atteintes. Il est donc important de recommander surtout la salubrité de ces points aux administrations publiques.

« Ordonner l'assainissement des locaux où les ouvriers, où les pauvres logent en nombre. »

[ocr errors]

J'ai très-souvent entendu des plaintes à cet égard, à l'époque des épidémies, quelles qu'elles fussent. Il est prouvé que les logements des ouvriers sont mal surveillés; ainsi on cite des logements où dix, douze, quinze personnes logent dans un espace très-étroit. L'expérience a prouvé que les ouvriers qui travaillent dans les grandes villes, viennent prendre des maladies dans ces habitations, et qu'ils transportent ensuite ces maladies et notamment la fièvre typhoïde dans leurs familles et dans les localités où celles-ci résident. Je vois à l'art. 5: « Renoncer pendant l'épidémie, à l'usage des légumes. »

Je crois que cette prescription est inutile, qu'il faut la retrancher. Comme on le dit du reste dans un autre article

du même conseil, on fait bien, en temps de choléra, de vivre régulièrement, sainement, comme on a l'habitude de vivre. Je crois même qu'il est dangereux de changer sa manière de vivre.

A l'art. 6, on dit à propos des boissons: « Quand on a chaud, mêler à l'eau pure qui est la plus saine des boissons, un peu de genièvre ou d'eau-de-vie.» Je crois que cet article est dangereux. L'expérience a prouvé, entre autre à Anvers, que presque tous ceux qui avaient fait usage de boissons alcooliques, succombaient, quel que fut le mode de traitement qu'on employait. Je crois donc qu'il faut rayer ces mots genièvre ou eau-de-vie.

L'honorable M. Crocq a proposé de publier tous les conseils préventifs que l'Académie trouverait utile d'indiquer. Je me rallie entièrement à cette manière de voir. Je crois qu'il faut, le plus possible, répandre les conseils préventifs, que le Gouvernement ferait bien de publier lous ceux que-l'Académie et le Conseil supérieur d'hygiène trouvent bon de répandre et même de les faire insérer dans les journaux. Jusqu'à présent, ces conseils n'ont été soumis qu'aux administrations publiques. Je voudrais que tous ceux qui s'occupent d'hygiène, que tous ceux qui ont des relations. avec les pauvres et les malheureux, fussent porteurs de ces mêmes prescriptions.

--M. Sovet : Je n'ai qu'un mot à dire sur les dernières observations de l'honorable M. Craninx:

Publier pour le peuple des conseils hygiéniques en temps ordinaire, c'est jeter son papier et son encre, parce qu'on ne les lira pas.

Voici la marche que nous avons adoptée dans notre canton, lors de la dernière épidémie. Nous avons fait imprimer sur une simple feuille, les conseils principaux de la prophy

Jaxie, ce qui a coûté très-peu; les bourgmestres des communes se sont fait inscrire pour un nombre d'exemplaires égal au nombre des familles ; ainsi on a lu dans chaque maison les conseils hygiéniques et les premiers moyens à employer contre la cholérine et contre le choléra confirmé. Donner les conseils au moment où ils sont nécessaires, c'est le seulmoyen de rendre attentives les personnes auxquelles on les destine.

M. Craninx : Je crois qu'il serait bien qu'une Commission fût nommée pour revoir les prescriptions anciennes. - M. le Président : C'est la proposition de M. Crocq. M. Kuborn : Les faits observés dans diverses localités viennent parfaitement corroborer ce que vous a dit M. Sovet relativement à l'influence des matières fécales versées dans les cours d'eau et les petits ruisseaux. J'ajouterai que dans les avis hygiéniques à transmettre aux administrations communales, aux personnes intéressées, aux journaux, il y a lieu de formuler des prescriptions concernant les égouts. Depuis les dernières instructions, la prophylaxie du choléra a fait beaucoup de chemin. Il est aujourd'hui bien avéré que partout où les égouts recevaient les matières fécales dans les villes atteintes par le choléra, les rues situées sur le parcours de ces égouts étaient les plus infectées. Cela rentre dans les idées qui viennent d'être exprimées par MM. Craninx et Sovet. Si je prends la parole à ce propos, c'est que je voudrais savoir s'il a été donné suite au rapport fait par une Commission spéciale relativement à l'institution des conseils d'hygiène ou de tels autres corps qui pourraient les remplacer. L'Académie a voté les conclusions de ce rapport. Je crains fort que le projet ne soit resté à l'état de lettre morte. C'est, me paraît-il le moment de revenir à la charge et d'insister pour que l'on fasse quelque chose et pour que

[ocr errors]

nous ne soyons pas pris au dépourvu, si l'épidémie vient nous envahir de nouveau.

M. le Président : Tout d'abord nous allons composer la Commission qui doit reviser les instructions qui ont été données tant par l'Académie que par le Conseil supérieur d'hygiène sur le choléra.

En second lieu, je répondrai à l'honorable M. Kuborn que le rapport adopté par l'Académie sur l'organisation de l'hygiène en Belgique, a été envoyé à M. le Ministre de l'Intérieur et qu'à l'heure qu'il est, le Conseil supérieur d'hygiène s'occupe du travail de l'Académie soit pour l'adopter, soit pour y apporter toutes les améliorations qui, d'après son sentiment, seraient jugées nécessaires.

Quelqu'un demande-t-il encore la parole?

M. Lefebvre : Je ne m'attendais pas à ce que la discussion se terminât aujourd'hui et je ne me suis pas préparé. Si la discussion est continuée à la prochaine séance, je demanderai à être inscrit.

A l'occasion de ce que vous a dit M. Craninx d'une commission qui s'était réunie à Constantinople, je demanderai à M. le Président ce qui est advenu du rapport d'une de nos Commissions, à propos de l'envoi d'un médecin en Orient pour prendre part aux travaux d'une Commission chargée de prendre des mesures contre la peste.

M. le Président : Le rapport a été envoyé au Gouvernement, mais je ne puis fournir aucun éclaircissement sur la suite qui y a été donnée.

Si j'ai pu vous donner tout à l'heure des renseignements relativement au rapport dont a parlé M. Kuborn, c'est que je fais partie du Conseil supérieur d'hygiène et que je sais ce qui s'y passe.

[ocr errors][merged small][ocr errors]
« PrécédentContinuer »