Images de page
PDF
ePub

rique ne se vida point complètement, deux loges grandes comme une tête d'adulte persistèrent. Elles occupaient les deux fosses illiaques, droite et gauche. La malade se remit assez facilement de l'opération, et vers le milieu du mois de décembre, elle retourna à Lovendegem. Avant son départ, j'examinai les rapports de la tumeur avec l'utérus et le bassin; la tumeur était libre de toute adhérence avec la matrice et avec la cavité pelvienne.

Je conseillai à la malade de suivre un traitement tonique et de prendre des ferrugineux, afin de combattre quelque peu l'anémie, dont elle souffrait. De temps à autre, tous les mois à peu près, la malade se présenta chez moi, afin de me permettre de suivre la reproduction de la tumeur. Elle fit aussi de fréquentes visites chez la demoiselle que j'avais opérée d'une affection semblable, et les encouragements qu'elle en reçut, lui firent ardemment désirer la même opération. La jeune malade était contente et réjouie, son découragement s'était complétement dissipé. A chacune de ses visites, elle me demandait de bien vouloir la débarrasser de la tumeur par l'ovariotomie et fixer l'époque de l'opération. La nécessité d'attendre la reproduction du liquide ne parvenait point à calmer son impatience, et les remises successives ne faisaient qu'aiguillonner son désir de se soumettre à l'opération.

Sous l'influence du traitement institué, l'état général s'était notablement amélioré. Vers le mois d'août de cette année (1871), le kyste avait repris un développement suffisant, et je profitai de la présence, à Gand, de mon savant maître et excellent ami M. Spencer Wells, de Londres, pour lui montrer le cas (1). Ce fut dans cette consultation

(1) M. Spencer Wells était venu, au mois d'août à Gand, pour pratiquer l'ovariotomie chez une de mes malades. L'opération fut suivie d'une guérison complète, Le célèbre ovariotomiste anglais m'a promis de présenter la relation de ce cas, à l'Académie royale de médecine de Belgique.

que l'opération. fut décidée; Marie R... fut toute heureuse de cette bonne nouvelle. Avant de procéder à l'opération, je fis un nouvel examen de la tumeur. Le développement était déjà assez grand. A la hauteur de l'ombilic, la circonférence du corps était de 1 mètre 30 centimètres, et de l'appendice xyphoïde aux pubis, je mesure 75 centimètres. De l'épine iliaque supérieure droite à l'ombilic, je compte 44 centimètres, et du côté opposé, la même étendue n'en mesure que 42. Le choc et la fluctuation sont manifestes partout et d'un côté de l'abdomen à l'autre. La tumeur est adhérente aux parois antérieures de l'abdomen en arrière et en bas, il n'existe aucun symptôme d'adhérences. La peau de l'abdomen est tendue sur la tumeur, elle est sillonnée dans les côtés, de grosses veines saillantes. Les parois de l'abdomen sont dématiées en bas et sur les côtés, point d'ascite, aucune trace d'œdème des membres inférieurs. Les règles, qui avaient été régulières pendant toute la période de reproduction du liquide, n'avaient point reparu à la fin du mois d'août, ni à la fin du mois de septembre. Du côté du bassin, il n'existe aucune adhérence, la tumeur est séparée de l'utérus, le pédicule est de longueur moyenne, toutes conditions favorables pour le succès de l'ovariotomie.

L'opération fut pratiquée à Gand, le 11 octobre 1871. M. le professeur Burggraeve et M. le docteur de Moerloose voulurent bien me servir d'aides. Plusieurs médecins, M. le professeur Poirier, MM. Stoops, Pessemier, ainsi que cinq élèves de l'hôpital civil assistèrent à l'opération. Mon ami, le docteur Charles Van Bambeke voulut bien se charger d'administrer l'anesthésique et d'en surveiller les effets. L'anesthésie fut obtenue au moyen de bichlorure de Méthylène (1).

(1) Il m'est permis de me joindre à l'éloge que bon nombre de chirurgiens anglais, et particulièrement M. Spencer Wells, ont fait du bichlorure de Méthylène comme agent anesthésique. Depuis deux ans environ, l'illustre

Cet anesthésique fut administré avec l'appareil du docteur Jünker. Au bout de six à sept minutes d'application de l'appareil, l'anesthésie fut complète. Je fis l'incision de la paroi abdominale sur la ligne médiane et dans une étendue d'environ 10 centimètres. Le kyste se présenta dans l'incision : il était adhérent à toute la surface postérieure de la paroi abdominale antérieure. Les adhérences furent rapidement détachées, et le kyste vidé, attiré au dehors. Aucune autre adhérence n'existait; dans le reste de son étendue, le kyste était libre. Le pédicule, long d'environ 6 centimètres, était membraneux et large de 4 centimètres quelques petits kystes du volume d'une fève, existaient sur la partie supérieure du pédicule au dessous de la tumeur. Le nouveau clamp Spencer Wells, ful appliqué en dessous de ces kystes et la tumeur détachée. Après avoir enlevé le peu de sang qui s'était accumulé dans le petit bassin, je fermai la plaie au moyen de huit points de suture: six points de suture profonde, et deux points de suture superficielles, au dessus du clamp. La plaie fermée et le pansement fait, l'opérée fut placée dans un lit bien chauffé. L'opération, pansement com

ovariotomiste anglais a complétement renoncé à l'emploi du chloroforme, il ne se sert plus que du bichlorure de Méthylène. Les principaux avantages du nouvel anesthésique sont d'amener l'anesthésie régulièrement sans aucune, excitation, et surtout, qualité précieuse pour l'ovariotomiste, de provoquer beaucoup plus rarement des vomissements. Keith, l'ovariotomiste d'Edimbourg, a également abandonné le chloroforme, dans ses opérations d'ovariotomie; il se sert comme agent anesthésique de l'éther méthyl-téhylique de Richardson.

Il serait intéressant de faire une étude comparative de la valeur des différentes substances anesthésiques introduites par le docteur Richardson. Nous nous proposons d'entamer un jour ce sujet. Pour le moment, nous voulons seulement appeler l'attention des chirurgiens belges sur le bichlorure de Méthylène, peu ou point employé en Belgique. Le fréquent usage que j'ai fait depuis deux ans de ce produit, tant dans ma pratique privée que dans mon service à l'hôpital civil, et les bons résultats que j'en ai obteuus, m'autorisent à en recommander l'emploi à mes confrères. Ils seront bien vite convaincus que le bichiorure de Méthylène est bien supérieur au chloroforme comme substance anesthésique.

pris, avait duré environ vingt-cinq minutes. Dix-huit grammes de bichlorure de Méthylène furent employés.

:

Après l'opération, le choc fut intense: le pouls resta petit, inégal pendant environ trois heures. Le collapsus était des plus inquiétants, et un instant je crus mon opérée perdue. Elle même le sentait ; elle disait qu'elle allait mourir. Un traitement stimulant des plus énergiques fut mis en œuvre et j'eus la satisfaction de voir mon intervention couronnée de succès. Au bout de trois heures, le pouls se releva, la chaleur revint et vers les cinq heures de l'après-midi, l'opérée était en pleine transpiration. A neuf heures du soir, le pouls était à 120 et la température à 38°8.

Depuis lors, aucun symptôme inquiétant ne vint entraver la marche vers la guérison. Les fils furent retirés au sixième jour au huitième, un petit abcès superficiel se forma en dessous du pédicule. Je l'ouvris au moyen d'une lancette, il s'en écoula environ une cuillerée à café de pus. Le clamp fut détaché au douzième jour, et la malade sortit dix jours après, au vingt et unième jour.

Aujourd'hui, la santé de la jeune demoiselle est excellente. La figure fraîche et jeune contraste singulièrement avec le facies maigre et tiré que, la malade avait avant l'opération. La malade a repris de l'embonpoint, la pâleur et l'anémie ont disparu. Cette jeune fille fut complètement sauvée par l'ovariotomie condamnée par plusieurs médecins, elle retrouva par cette opération la santé et la vie, qui, à vingt-et-un ans, lui avaient paru perdues sans espoir.

2. KYSTE multiloculaire de l'ovaire droit.

Ovariotomie.

Guérison; par M. le docteur HAMOIR, de Namur.

Le manuel opératoire de l'ovariolomie a été rapporté dans diverses publications et dans ces derniers temps, M. le docteur Boddaert, de Gand, en faisant part du premier succès obtenu par la chirurgie belge, nous a donné une relation complète du procédé employé par lui.

L'observation que je vais rapporter n'aurait donc d'intéressant que le fait de la guérison, si je n'avais à communiquer au corps médical, quelques modifications apportées dans le procédé opératoire. Ces modifications sont dues au docteur Stilling, de Cassel, qui a opéré la jeune personne qui fait le sujet de cette observation.

La comtesse M. V. D. B., âgée de 24 ans, d'un tempérament nerveux est issue de parents très-sains qui jouissent encore aujourd'hui d'une excellente santé, quoique la mère ait atteint sa 60° année et le père sa 71o.

Elle fut réglée à l'âge de 15 ans et quelque temps avant sa menstruation, à la suite d'une violente émotion, elle fut prise de vomissements. Ces vomissements qui se reproduisaient deux à trois fois le jour ont duré six ans et ils ne cessèrent qu'à la suite d'un voyage qu'elle fit en Angleterre. A son retour, qui eut lieu au mois de juillet 1869, elle jouissait d'une excellente santé.

Vers la fin d'août de la même année, elle s'aperçut que son ventre se développait, mais c'était encore si peu marqué qu'elle attribuait ce gonflement à de l'embonpoint, d'autant plus qu'elle n'en éprouvait aucun malaise.

Ce n'est qu'au mois de septembre 1870, à la suite d'une varioloïde et d'une fièvre muqueuse qui, sans interruption, la retinrent sept semaines au lit que le volume du ventre

« PrécédentContinuer »