Images de page
PDF
ePub

DE MÉDECINE,

DE CHIRURGIE ET DE PHARMACOLOGIE,

PUBLIÉ

Par la Société des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles,

SOUS LA DIRECTION D'UN COMITÉ

COMPOSÉ DE

MM. DIEUDONNÉ, D.-M., Rédacteur principal, Chevalier de l'Ordre de Léopold,

Président de la Société, Membre du Conseil central de salubrité publique et
du Conseil supérieur d'hygiène, Secrétaire de la Commission de statistique

du Brabant, Membre honoraire de l'Académie royale de médecine, etc.
CROCQ, D.-M., Professeur à l'Université de Bruxelles, etc.
JANSSENS, D.-M., médecin de l'Administration communale de Bruxelles,

Membre de la Commission de Statistique du Brabant et de plusieurs Académies

et Sociétés savantes regnicoles et étrangères.
RIEKEN, D.-M., Médecin de S. M. le Roi des Belges, Membre honoraire de

l'Académie royale de médecine de Belgique et de plusieurs Académies et

Sociétés savantes régnicoles et étrangères.
VAN DEN CORPUT, Docteur en médecine, en chirurgie et en accouchements,

pharmacien, Docteur en sciences, Secrétaire de la Société, Membre du Conseil
cent. de salubrité publique, Membre de plusieurs Acad. et Sociétés savantes.

[ocr errors]
[blocks in formation]

BRUXELLES,
LIBRAIRIE MÉDICALE DE A. MANCEAUX,
Imprimeur de l'Académie royale de médecine, Libraire de la Faculté de médecine, etc.,

20, Rue de l'Étuve, 20.

1864

DE MÉDECINE.

(JUILLET 1864.)

I. MÉMOIRES ET OBSERVATIONS.

EXAMEN CRITIQUE DU MÉMOIRE DE M. LE DOCTEUR LIBERMANN, MÉDECIN AIDE-MAJOR

DE PREMIÈRE CLASSE, ATTACHÉ AU CORPS EXPÉDITIONNAIRE DE L'ARMÉE FRANÇAISE EN COCHINCHINE, TOUCHANT LA NON-IDENTITÉ DU CHOLÉRA ASIATIQUE AVEC LES FIÈVRES CHOLÉRIFORMES QUI RÈGNENT DANS cette CONTRÉE DE L’Inde; par le docteur BOURGOGNE père, membre correspondant de la Société, à Condé (Nord). (Suite. — Voir notre cahier de juin, p. 549.)

2me OBSERVATION. — Collen, ouvrier d'administration, 24 ans, constitution robuste, d'un temperament mixte, en Cochinchine depuis le mois de février, a eu, à différentes reprises, des accès de fièvre simple, pendant le courant des mois de juillet et d'août.

Les 18, 19 et 20 septembre, accès de fièvre quotidienne, traité à la caserne par le sulfate de quinine. Ces accès n'ont rien présenté de particulier.

Le 21 sept., à six heures du matin, frissons excessivement vifs, qui durent jusqu'à dix heures du matin. A dix heures, refroidissement complet de la peau; pouls d'une petitesse extrême, cyanose de la face; crampes dans les extrémités supérieures, et le malade est envoyé à l'hôpital, où il arrive à onze heures du matin.

Onze heures du matin. État actuel : peau froide, visqueuse, pouls å 80, petit, filiforme, langue blanche, vomissements et déjections alvines; barre épigastrique sans douleurs rachialgiques; crampes dans les extrémités supérieures seulement, les yeux sont excavés et entourés d'un cercle noirâtre; les lèvres et les gencives sont cyanosées, la face est grippée. — Infusion de tilleul, sinapismes sur les extrémités supérieures; un quart de lavement avec 2 grammes de sulfate de quinine et 40 gouttes de laudanum.

Une heure. – Les crampes ont cessé; les vomissements diminuent et le malade a pu garder son lavement deux heures. La peau devient plus chaude, surtout sur la poitrine et l'abdomen; la rate n'a pas augmenté de volume.

Trois heures. – Les vomissements ont cessé, et la réaction continue.

Cinq heures. - Réaction complèle; transpiration abondante; plus de barre épigastrique; le pouls devient fort, 100 pulsations.

Huit heures. — La transpiration est profuse; le pouls est à 105. Le malade n'éprouve plus de douleur, mais il ressent une faiblesse extrême.

[ocr errors]

[ocr errors]

Onze heures. - La transpiration continue; le pouls est à 85, loujours fort et vibrant.

Une heure du matin. - Peau moile, pouls normal; le malade dort d'un sommeil paisible.

22 sepl., sept heures du matin. – A la visite, elat général bon, mais laiblesse assez grande, langue saburrale, peu de diarrhée. – Potion avec sull. de quinine, éth., op. 1 gr.

Neuf heures. - Nouveau frisson, accès de fièvre sans complication, terminée à six heures du soir.

23 sept., état général bon, appétit, langue normale, pas d'augmentation de la rale. Potion avec sulf. quin., 1 gram. élh. op.

24 sept., même état. Potion avec ext. de quinquina, 4 grammes. Le malade sort guéri le 29 septembre.

Réflexions. Dans cette observation, l'accès cholériforme ne débute pas de la même manière que dans la précédenle, c'est dans le stade de froid, dont la durée est anormale, qu'éclatent les symptômes cholériques, qui se traduisent par

les crampes, la petitesse du pouls, et la slase sanguine, au lieu de commencer, comme d'habitude, par les vomissements et les déjections alvines. Los symptômes cholériques sont également moins marqués; la douleur rachialgique n'existe pas, les crampes sont bornées aux extrémités supérieures; les vomissements et les déjections alvines sont moins fréquents et moins copieux ; l'état du malade ressemble plutót å une forte cholérine qu'à un fort accès de choléra.

· Nous appellerons aussi l'attention, en passant, sur l'état de la langue qui est blanche et saburrale, landis que, dans le précédent, elle était rouge sur les bords et la pointe, sans saburres. Dans tous les cas de fièvre cholériforme graves, nous avons observé cet état particulier de la langue; aucun signe, si pelit qu'il soit, ne doit être négligé comme pronostic.

, Enfin, l'observation 2 est encore curieuse, en ce que le malade presente, dès le lendemain de son accès pernicieux, un accès de fièvre simple très-franc, avec ses trois périodes caractérisées, qui ne laissent aucun doule sur la nature de l'affection de la veille; les accès de fièvre simple qui surviennent après les accès cholériformes sont très-communs, et sont encore un des caractères distinclifs entre le choléra el celte affection » (1).

(1) M. le docteur Libermann a trop généralisé sa pensée, en disant que jamais on ne voit le choléra asiatique (fièvre paludéenne continue) étre précédé, pendant le cours d'une épidémie de choléra, de quelques accès de fièvre plus ou moins simples. Le contraire a été constaté par moi, à diverses reprises, et je rappellerai qu'à la fin de ma lettre à M le professeur Crocq, j'ai rapporté le cas très-curieux d'une femme, dont quelques accès de fièvre furent suivis d'une attaque très-violente de choléra, laquelle attaque, traitée suivant ma méthode, ayant guéri, on vit ensuite reparaître la fièvre intermiltente. Ceci n'est pas plus étonnant, en donnant au choléra asiatique unc origine et une nature paludéennes, que ce qui se passe alors qu'on étudie ce que les pyrétologistes ont rapporté des mutations que peuvent subir les fièvres palustres dans leurs types et leurs formes. Ne voit-on pas les fièvres intermittentes simples prendre plus ou moins brusquement le caractère des fièvres pernicieuses ? « Dans les fièvres paludéennes, dit Sénac, les fails se présentent parfois de manière à déconcerter le médecin le plus habile : rien de Jme OBSERVATION. - Lit no 17. Lamour (F.), âgé de 25 ans, d'une constitution robuste, d'un temperament sanguin, matelot de la compagnie de débarquement å Tio-Leun, a eu, depuis son arrivée en Cochinchine, au mois de février, la dyssenterie, puis une lièvre rémillente, qui a duré quinze jours.

Le fer octobre, en conduisant un convoi à My-Tao, il fut pris d'un accès de fièvre cholériforme très-grave.

Le 13 octobre, fièvre quotidienne; le 14 et le 15, également la fièvre survient

plus insidicux, ajoute-t-il, que ces maladies.... « llæc omnia aleo inexspectata variè oriuntur, decurrunt et recedunt ; leve habent aliquandò initium et aliquandò grave; est ubi stalim tanta sil corum vis, ut idiopathica videantur, id est à febre intermittente omnino aliena, sed suum tandem prodere solent ingenium, in eo quod post certum tempus leventur ul plurimum, et paroxysmorum more incedant; remanent intercà graviores aut leviores reliquiæ in variis ægris, alii stupidi et veluti attoniti, alii rerum omnium immemores sunt, etc.)

En ce qui concerne les types dans les fièvres niarématiques, les mutations les plus singulières ont également lieu : sous l'influence de diverses circonstances, mais principalement à propos des médications qu'on leur oppose, ou de la négligence qu'on apporte à les traiter, telle fièvre intermittente devient rémittente ou continue; telle autre, qui présentait dès le principe le type rémittent, ou même une parfaite continuité, perdant, à l'aide d'une médication methodique, ces types dangereux pour prendre le type intermittent, vient dessiller les yeux du médecin qui, d'abord, avait cru, si la pyrexie est continue, surtout, avoir affaire à une fièvre de toute autre nature qu'une fièvre palustre. C'est, lorsqu'on manque de justesse dans son diagnostic, en pareille circonstance, qu'on peut commettre les fautes les plus compromettantes, et décimer les malades.

Si je n'avais pas craint de donner trop d'extension à cette note, il m'eût été facile de démontrer qu'en ce qui concerne la fièvre dite ardente (causus) des fautes très-regrettables, touchant l’étiologie, et, par suite, le diagnostic et la thérapeutique de cette maladie, ont été faites par les hommes les plus éminents, et je citerai, entre autres, Hotfmann, Boerhaave, et son illustre commentateur Van Swieten. La nature paludéenne de celle pyrexie réioittente leur a constamment échappé, et par suite de cette erreur, son véritable traitement n'a pas été saisi par eux. La fièvre ardente bien connue et bien décrite par Hippocrate, Celse et Arélée, était une des pyrexies palustres qui causaient tant de ravages dans la Grèce et la campagne de Rome. Les médecins modernes eurent aussi l'occasion de l'étudier, et Boerhaave en parle ainsi dans ses aphorismes : « Quas inter causos, sive ardens dicta febris merelur singulatim discuti ob frequentiam, discrimen, sunandi lubo

rem.

Van Swieten a consacré 38 pages de son admirable ouvrage à commenter cet aphorisme. Chose bizarre! à chaque instant Van Swieten constate les liens intimes qui rattachent la fièvre ardente aux fièvres paludéennes de différents types, et pas une seule fois il ne profite des analogies puissantes qu'il a dans les mains : il semble, en vérité, que l'ombre du grand professeur de Leyde, sous l'influence des causes qu'il a assignées à la fièvre ardente, tienne captive l'intelligence de son commentateur; car, comment ne pas admettre la véritable nature, la nature paludéenne de la fièvre ardente, après avoir écrit les lignes suivantes : « Ubi ergo fobres intermillentes, quotidiana el tertiana imprimis, prolongatis vel et duplicatis parorismis, nullum lempus a febre liberum relinquunt, possunt in febrem ardentem et periculosissimum mutari. » (Van Swieten, op. cit., page 247, Febris ardens.) Dans d'autres passages de son commentaire, Van Swieten nous montre la fièvre ardente naissant sous l'influence des mêmes conditions atmosphériques que les fièvres intermittentes, puis la fièvre ardente perlant une partie de son intoxication première, et se décomposant en fièvre quotidienne tierce, etc. : « Legitimus causus intermiltentium febrium est vera congenies, » a dit Sénac, qui avait parfaitement saisi ce que ces maladies à types différents offraient de rapprochements à faire dans la pratique, et cela, malgré la différence qu'elles offrent dans leur symptomatologie.

Je finis, en citant les lignes suivantes écrites par Pierre Frank, et qui trouvent ici parfailement leur place : Quousque tandem morborum vestis magis quàm natura considerabitur? Et quo jure demùm, ob vana symptomatum studia, morborum nomina patientur tim, el, quæ ad hæc ipsa dirigitur curalio, confusionem el injuriam? »

« PrécédentContinuer »