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nouissement, & nous la vimes en état de se ré: tablir peu à peu. Tout ceci se passa sans qu'. aucun domestique s'apperçût de rien. Le len. demain je voulus prendre congé pour conti. nuer mon voyage; mais l'un & l'autre me firent tant d'instances pour m'arrêter, & d'une maniere fi preffante, qu'il me fallut condescendre à leur volonté. Je restai encore trois semaines avec eux, pendant lesquelles l'embonpoint revint à la femme, la joye au mari, la parole aux domestiques, & la parure aux jardins ; après quoi je continuai mon chemin, fans rencontre ni bonne ni mau. vaise avanture.

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Protecteurs de mon toit rustique,

C'est à vous qu'aujourd'hui j'écris.
Vous, qui sous ce foyer antique
Bravez le falte de Paris,
Et la mollefle Aliatique
Des Alcoves & des Lambris,
Soyez les seuls dépositaires
De mes Vers sérieux, ou fous;
Que mes Ouvrages solitaires,
Se dérobant aux yeux vulgaires,
Ne s'éloignent jamais de vous.
J'espérois que l'affreux Borée
Respecteroit nos jeunes fleurs,
Et que l'haleine tempérée
Du Dieu qui prévient les chaleurs,
Rendroit à la Terre éplorée
Et ses parfums & ses couleurs.
Mais les Nymphes & leurs Compagnes
Cherchent les abris des buissons :

L'hiver descendu des montagnes.
Tome VI.

S

Sout

Et que inės Chants toujours nouveaux
Mêlent la raison des Socrates
Au badinage des Saphos.
Mais qu'une Sagesse stérile
N'occupe jamais mes loisirs;
Que toujours ma Muse fertile
Imite, en variant son stile,
Le vol inconstant des Zephirs;
Et qu'elle abandonne l'utile,
S'il est séparé des plaisirs.
Favorable à ce beau délire,
Grand Rouseau vole à mon secours,
Pour remplir ce qu'un Dieu m'inspire,
Réunis en ce jour la Lyre,
Et le Lut badin des Amours :'
Soutien-moi , prête-moi tes alles,
Guide mon vol audacieux
Jusqu'à ces voûtes éternelles
Où l'Astre qui parcourt les cieux,
Darde ses flammes immortelles
Sur les ténebres de ces lieux.
Je lis, j'admire tes Ouvrages:
L'Esprit de l'Etre Créateur
Semble verser sur tes images
Toute la force & fa grandeur ;
Mais ne croi pas que vil Flateur
Je deshonore mes suffrages
En mendiant ceux de l'Auteur.'
Vous le savez, Dieux domestiques,
Mon ftile n'est point infecté
Par le fiel amer des Critiques,
Ni par le nectar apprêté

Des

Des longs & froids panegyriques. Sous les yeux de la Vérité, J'adresse au Prince des Lyriques Cet éloge que m'ont dicté Le goût, l'estime, & l'équité. Rousseau, conduit par Polymnie, Fit passer dans nos Vers François Ces fons nombreux, cette harmonie, Qui donne la vie & la voix Aux airs qu'enfante le génie. Lui seul, avec sévérité, Sous les contraintes de la rime, Fit naire l'ordre & la clarté; Et par le concours unanime D'une heureuse fécondité Unie aux travaux de la lime, Sa Muse avec rapidité S'élevant jusques au sublime Vola vers l'Immortalité. Que la Renommée & l'Histoire Gravent à jamais sur l'airain, Cet hymne digne de mémoire, Où Rousseau, la flamme à la main, Chasse du Temple de la Gloire Les Destructeurs du Genre humain, Et sous les yeux de la Victoire Ebranle leur Trône incertain. Tels sont les accens de fa Lyre. Mais quel feu, quels nouveaux attraits, Lorsque Bacchus & la Satyre, Dans un vin petillant & frais Trempent la pointe de ses traits !

En vain, de la gloire ennemie,
La Haine répand en tout lieu,
Que la Muse enfin avilie
N'est plus cette Muse chérie
De Duffé, La Fare, & Chaulieu :
Malgré les arrêts de l'Envie ,
S'il revenoit dans la patrie,
Il en seroit encor le Dieu.
Les travaux de notre jeune age
Sont toujours les plus éclatans:
Les graces qui font leur partage,
Les sauvent des rides du tems.
Moins la rore compte d'instans,
Plus elle s'assure l'hommage
Des autres filles du Printemps.
Répons-moi, célébre V***,
Qu'est devenu ce coloris,
Ce nombre, ce beau caractere,
Qui inarquoit tes premiers écrits,
Quand ta plume vive & légere
Peignoit la joye enfant des Ris,
Le vin faillant dans la fougere,
Les regards malins de Cypris,
Et tous les secrets de Cythere?
Alors, de l'héroïque épris,
Tu célébrois la violence
Des seize Tyrans de Paris,
Et la généreuse clémence
Du plus vaillant de nos Henris.
Alors, la sublime Eloquence
Te pénétroit de ses chaleurs :
Les graces & la véhémence

Se

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